#152 : La professionnalisation, les initiatives du Pôle Sports, et les enjeux du système sportif avec Eric Brunelle, Ph.D.

Baladodiffusion
May 25, 2026

Dans cet épisode, nous explorons la professionnalisation du système sportif québécois avec Éric Brunel. Nous discutons des défis liés à la structure du sport au Québec, du développement des organisations sportives, ainsi que des stratégies concrètes pour bâtir un système plus performant, durable et reconnu.

Notes & sources

Notes de l'épisode :

08:19 L'Importance de l'Accompagnement dans le Sport
20:01 L'Impact de la Crise COVID sur le Sport
33:39 L'apprentissage autonome et collectif dans le sport
42:19 Défis du système sportif canadien
52:33 Normes et parcours de formation pour les entraîneurs
58:17 Volonté de changement et transformation dans le milieu sportif

Transcription

François : Épisode 152 — La professionnalisation, les initiatives du Pôle Sport et les enjeux du système sportif avec Éric Brunel, PhD.

Bonjour tout le monde et bienvenue à Temps d'arrêt avec Coach Frank, présenté par Madore Hamel. Je suis votre animateur François Rodrigue et mon intention avec ce balado est de déconstruire l'art et la science du coaching. En tant que docteur en coaching, j'ai la chance d'accompagner des entraîneurs professionnels et d'analyser la science à chaque semaine. Ce podcast est donc ma façon de vous amener au cœur de mon travail en décomposant les stratégies que j'aborde avec des entraîneurs, ou bien en interviewant des experts qui mènent des études scientifiques en lien avec le coaching ou le leadership sportif.

Parce qu'aujourd'hui, on discute des initiatives du sport et surtout du mouvement de professionnalisation du milieu sportif et des enjeux qui y sont rattachés, avec Éric Brunel, qui est professeur titulaire au HEC Montréal et directeur fondateur du Pôle Sport. Ses champs d'expertise couvrent le management du sport, le leadership et le e-leadership, qu'il enseigne autant dans les milieux sportifs que des affaires depuis plus de 25 ans. Récipiendaire de plusieurs distinctions dont le Prix Estra Mainville en 2018 et 2025 pour son rayonnement exceptionnel, il est co-auteur de trois livres dont Paroles de PDG, qui a reçu le Prix Roger-Charbonneau. Il est également auteur ou co-auteur de plus de 75 articles scientifiques et professionnels. Sur le plan administratif, il a dirigé la revue Gestion pendant plusieurs années, pilotant sa refonte complète, avant de créer les programmes de management du sport au HEC Montréal.

Au-delà de ses réalisations, pour moi, c'est son habileté à exprimer ses idées avec clarté et à mobiliser la communauté qui m'a amené à l'inviter pour une deuxième fois sur le balado. Lors de l'épisode 46 avec Éric, on avait parlé abondamment de l'exercice du leadership. Comme vous allez le sentir dès le départ, on change de registre pour cette fois-ci, parce que pour cet épisode, on discute davantage de ce qui s'est passé récemment au Pôle Sport, du mouvement de professionnalisation, du mandat qu'on essaie d'accomplir, des changements qu'on veut voir dans la société, ainsi que des enjeux qui traversent actuellement notre système sportif.

Si ces questions-là te parlent au niveau du leadership sportif ou du coaching, je t'invite à t'abonner au balado ou à l'infolettre via le site web coachfrankphd.com. À tous les auditeurs et auditrices fidèles, je vous invite également à me suivre sur les médias sociaux. On partage des trucs et des ressources utiles en lien autant avec nos invités que les travaux que j'ai le plaisir de faire dans mes différents projets.

Avant de débuter, je précise que ce podcast est indépendant de mon rôle de professeur en kinésiologie à l'Université du Québec en Outaouais. Comme je prends les conflits d'intérêts très au sérieux, je vous invite à consulter la page concernant mes engagements professionnels sur mon site web coachfrankphd.com pour en savoir plus. Sur ce, bon podcast. Éric, bon retour à Temps d'arrêt, c'est ta deuxième fois, et j'espère que l'épisode 46 a été un bon souvenir dans ton parcours professionnel.

Éric : Ça a changé ma vie, il y a un avant et après Temps d'arrêt. Non, mais plus sérieusement, c'est une belle expérience en soi. C'est toujours le fun d'être avec Coach Frank. Ça me fait plaisir d'être là une deuxième fois. C'est-tu la première fois pour toi d'avoir le même invité une deuxième fois?

François : On a peut-être cinq ou six personnes qui sont revenues une deuxième fois, parce que les choses évoluent, on s'intéresse aux projets. Moi, je sais que la première conversation qu'on avait eue — les gens qui ne l'ont pas écoutée, je vous invite à le faire. Moi, je l'ai écoutée en préparation. Tu parlais beaucoup de l'exercice du leadership, la tête, le courage, le cœur et toutes ces composantes-là. Puis on va parler, oui, de leadership un peu aujourd'hui parce qu'on parle du système sportif, mais pas de comment on exerce le leadership. On va surtout parler des initiatives et un peu du système.

Mais avant ça, comme je le fais habituellement, j'aime ça que les gens apprennent à connaître la personne à qui on parle avant de rentrer dans le vif du sujet. La dernière fois quand on s'est parlé en dehors des ondes, tu me disais que tu te trouvais sur ton X en ce moment. Puis j'ai une coach avec laquelle j'ai travaillé dans le passé qui disait ça, qu'elle se trouvait sur son X. Et je sentais que dans tous les projets qu'elle faisait au quotidien, elle avançait. C'est le fun de voir des gens qui sont vraiment épanouis dans ce qu'ils font, passionnés par ça. Je me sens un peu comme ça moi aussi en ce moment, mais j'aimerais t'entendre — tu dis que tu te trouves sur ton X, qu'est-ce qui te fait dire ça en ce moment?

Éric : C'est une bonne question. Je me sens vraiment sur mon X. Je pense qu'il faut commencer il y a longtemps, quand j'étais jeune. Moi, j'étais un peu innocent quand j'étais jeune. J'étais profondément convaincu qu'un jour j'allais changer le monde. Ça m'a toujours habité. Puis à un moment, on vieillit. On se rend compte que changer le monde, c'est peut-être difficile, mais qu'on peut contribuer à faire avancer les causes, à faire avancer des gens, des organisations.

Et depuis que je me suis attaqué à aider — parce que c'est vraiment ça qui m'anime — à aider le milieu du sport, qui honnêtement en a besoin, de toutes sortes de manières, à chaque jour je vois des messages, je vois des gens qui se sont épanouis, qui ont grandi. De sentir que je peux contribuer à tout ça, c'est hyper valorisant. C'est hyper stimulant de voir qu'on peut avoir de l'impact pour vrai. Il en reste tellement à faire. Mais c'est facile de se perdre. Quand on prend un petit moment de pause et qu'on se dit : « Regarde, ça va faire bientôt 10 ans qu'on est vraiment impliqués, et on est capable d'évaluer un peu les retombées » — je me dis : ah oui, c'est sûr que je ne changerai pas le monde pour vrai, mais je vais quand même avoir contribué un peu. Ça me rend heureux de savoir que je peux faire une différence et aider des gens.

François : Ce que j'entends, c'est une personne qui a trouvé une cause, puis là, elle se réveille le matin et elle est vraiment animée par cette cause-là. Ça fait plusieurs liens avec ce que tu viens de dire. Moi, j'en discutais avec un de mes amis, comment il voulait changer un aspect de la province dans certains domaines — je vais garder ça privé. Mais je disais : tu sais, commençons par changer notre quartier, notre communauté, notre ville, et éventuellement, si on veut changer le monde en changeant le Québec ou en contribuant à changer une partie du Québec, bien, ça fait avancer les choses, et on bâtit quelque chose, tout le monde ensemble.

Éric : J'ai un exemple concret, et on va sûrement en parler aujourd'hui. Quand j'ai eu l'idée de construire le Pôle Sport et de faire toute une offre d'accompagnement pour les fédérations sportives et les organismes du sport, la première réaction n'était pas très positive — étonnant. Les gens du milieu étaient plus dans un mode sceptique, dans un mode « qu'est-ce qu'il veut ». Aujourd'hui, pas plus tard que cette semaine, il y a plein de gens qui nous appellent, qui aimeraient faire un projet avec nous. Eux ont des projets, eux ont des sujets, ils comprennent la valeur d'avoir une université qui vient aider. C'est juste ce changement de paradigme-là. Pour moi, c'est le jour et la nuit. C'est ça — une personne à la fois, un quartier à la fois. Ça donne le goût de croire qu'on s'en va dans la bonne direction.

François : Et où est-ce qu'on a un impact, même sans qu'on s'en rende compte, les gens voient la valeur de ce qu'on fait, et ça, c'est vraiment riche, ça aide justement à garder le momentum. Et là, on va en parler directement. Mais avant, parle-moi plus de la genèse et du développement du Pôle Sport dans les dernières années, parce que ça fait un lien vers le sujet clé de ce que je veux qu'on aborde. Justement, le Pôle Sport vient de vivre tout un mois — ici je fais référence au mois d'avril 2026. On avait l'événement avec Julien Brisebois, le DG du Lightning de Tampa Bay, qui vient faire un tour, qui part des messages. Mais durant la même journée, dans les journées autour de ça, on a eu aussi la remise des attestations pour trois parcours — les Essentiels du DG sportif, DG+, et le parcours La Relève, si je ne m'abuse. Parle-moi un peu de tout ça. Qu'est-ce que ça représente pour toi, autant l'événement avec Julien Brisebois que la remise des attestations?

Éric : J'ajouterais notre 200e diplômé dans nos programmes au HEC Montréal en management du sport. Moi, ce qui me rend le plus heureux et fier dans cet événement-là, c'est que quand on a créé ce mouvement-là, un des premiers réflexes que j'ai eu, c'était d'aller voir les gens du milieu. Moi, je ne viens pas du milieu du sport. J'aime le sport, j'ai pratiqué toutes sortes de sports, mais je n'ai jamais fait les Olympiques, je n'ai jamais gagné ma vie par le sport. J'avais une espèce d'innocence ou d'ignorance optimale, j'ai envie de dire. Je ne savais pas assez de choses pour oser, mais j'en savais assez pour pouvoir aider.

Mon premier réflexe, c'était de bien m'entourer de personnes du milieu. Dans ma conception, j'allais voir Richard Lejeune, qui était à l'époque à l'Impact. J'allais voir les Alouettes — à l'époque, c'était Patrick Boivin. Et ainsi de suite. On avait Soccer Québec, les Olympiques canadiens, la Formule 1, le tennis — à peu près toutes les organisations nommées. On était une trentaine, je les avais invités à déjeuner, ils ont tous dit oui à mon invitation, on était autour de la table.

Et là, c'est mon ami Richard Lejeune qui me dit : « Tu te rends compte, moi, ça va faire près de 40 ans que je suis dans le milieu du sport, et c'est la première fois qu'on est tous réunis ensemble — autant le sport professionnel que le sport organisé, que le sport spectacle olympique. Ça fait du bien d'être dans la famille du sport. Et toi, comme universitaire, tu réussis à faire ça. »

Et quand on a fait l'événement avec Julien Brisebois, ma plus grande fierté, c'était ça. C'était de voir — bon, premièrement, il y avait 300 sièges dans l'amphithéâtre, on a refusé quand même pas mal de monde — c'était de voir l'enthousiasme des gens du milieu, de tous les horizons. On avait autant des gens du sport spectacle que du sport organisé et du sport récréatif, tous là, plusieurs étudiants. C'était vraiment cette idée-là du point de jonction pour célébrer. Célébrer, quand on veut faire grandir un milieu, c'est important de reconnaître qui on est et de dire qu'on est important. Le sport, c'est pas une petite affaire. Et là, on soulignait ça. Et là, on avait comme le summum — on a Julien Brisebois, probablement un de ceux qui, en matière de gestion du sport, incarne tout ce que je viens de dire, qui vient nous partager son expérience et ses réflexions. C'était pour moi comme un apothéose. Tout ça a été réuni pendant quelques heures. J'ai l'impression que je me pince encore.

François : Tu sais, là on a ce crescendo-là, cette apothéose que tu viens de mentionner, qui vient après plusieurs années de travail, puis aussi de rencontrer des embûches. Ce que j'entends là-dedans, et j'en parlais justement avec une collègue hier, c'est que quand on va amener des gens de différents milieux à travailler ensemble, c'est pas juste comme « viens, on va travailler ensemble ». C'est comme : c'est quoi le projet sur lequel on va travailler? En apprentissage social, on parle d'un artefact, on parle d'une planification annuelle en coaching. La planification annuelle devient un prétexte pour discuter de quelque chose, échanger des idées, construire des choses.

C'est un peu ça que tu me décrivais avec l'événement au départ. Justement, tu me disais tout à l'heure qu'il y a eu quelques embûches, que ça n'a pas nécessairement été facile. Est-ce que tu peux me parler un peu de ces défis-là que tu as eus au départ? Parce qu'on rassemble ces gens-là dans la même salle, tout le monde est enthousiaste. Mais une fois qu'on est là, il faut passer à l'action, parce que ça, des fois, c'est la partie la plus difficile, dans l'entrepreneuriat ou l'intrapreneuriat, si on veut.

Éric : Tout le monde était d'accord qu'on voulait profiter du momentum et construire quelque chose, mais l'objectif c'est d'avoir de la pertinence. On peut pas être contre la tarte aux pommes, mais si on mange juste de la tarte aux pommes, on finit par avoir mal au cœur. Se réunir juste pour se réunir n'était plus assez. Il fallait trouver une manière d'être pertinent et d'aider.

Il y avait tellement de besoins, François, ça allait vraiment dans toutes les directions. On était obligé de débroussailler et de travailler beaucoup en co-construction avec les milieux. On était obligé de prioriser des choses aussi. Ça, c'était un gros enjeu. Aujourd'hui, on est en relation avec tout le monde, mais je dirais que c'est à géométrie variable. Il y avait des milieux qui avaient plus besoin d'aide, qui étaient plus prêts à ce qu'on vienne les aider. Je pense, par exemple, au monde des fédérations sportives — c'était pas mal les premiers à lever la main et à vouloir travailler avec nous, à voir si on pouvait les aider.

Ça nous a amené à toutes sortes d'initiatives. Par exemple, l'Espace DG, où aujourd'hui on a créé une communauté des organisations sportives financées par la Direction du sport, du loisir et de l'activité physique du Québec, qui sont pour la plupart des OBNL avec peu de ressources — peu d'argent mais aussi peu de temps — qui ont des besoins énormes mais qui ont aussi des réalités très particulières. On a été obligé de construire, d'innover des approches de formation qui étaient adaptées à cette réalité-là. Et trouver la réponse à ça, c'était un réel défi. Le réflexe d'un universitaire, c'est de dire : « Venez trois heures par semaine en classe, on va faire un cours. » Ça peut fonctionner pour certains, mais c'est pas la meilleure approche pour des milieux où les DG n'ont tout simplement pas le temps ni les ressources. Il faut trouver des approches qui vont être adaptées et qui vont répondre à des besoins au bon moment. C'est pas juste le contenu, c'est aussi le timing.

Tout ça nous a obligés à développer, j'ai envie de dire, un laboratoire d'innovation pédagogique adapté à la réalité du sport. Cette idée-là de nous obliger à construire des réponses nouvelles, ça, c'était un gros chantier. Le deuxième chantier que j'ai envie de partager, François — et c'est une évidence pour les gens qui sont dans le sport — c'est qu'il faut reconnaître que le sport n'est pas reconnu à sa juste valeur dans la société en général.

Quand on a eu la crise COVID, avec quelques collègues on a fait une étude, et les gens qui nous parlaient nous disaient : « Je me fais dire, tu travailles à Soccer Québec, qu'est-ce que tu fais l'hiver? » Comme si c'est une activité, un loisir. Il y a une mauvaise compréhension, une incompréhension de ce que c'est le sport, qui crée toutes sortes de distorsions et de problématiques. On est encore confronté à ça. On a besoin d'éduquer la population générale, mais aussi les gens du sport. Il y a des chicanes internes qui nuisent à la cause. On a un déficit de plateaux énorme au Québec. Quand l'activité physique, le loisir et le sport compétitif se battent pour les mêmes plateaux, au lieu de se réunir pour en avoir plus, on est en chicane. Et on a de la difficulté à se rassembler pour réussir à défendre le sport. C'est sûr, ça, ce sont des embûches régulières.

François : Ton analogie de la tarte aux pommes — ce que j'entends, c'est qu'au lieu de se battre pour la pointe de tarte, c'est comme : on va faire une plus grosse tarte. Je pense que ça ressemble vraiment à l'idée.

Ce que tu dis par rapport au manque de reconnaissance, moi le classique, c'est un entraîneur de hockey à Mané — il me parle et il me dit qu'il parlait avec des personnes qui lui avaient dit : « OK, mais en dehors des pratiques, tu fais quoi? » Puis lui, il part à rire. Excuse-moi, mais tu le sais très bien, Éric, pas besoin de le faire — les gens qui nous écoutent le savent très bien aussi. Il ne manque pas de job en dehors des pratiques.

Mais là, je veux revenir un petit peu en arrière sur ce que tu as dit. On parlait de projet rassembleur, tu as parlé de comment tu avais réussi à identifier la pertinence. Comment t'y es-tu pris? Parce que je me mets dans la peau d'une personne qui est en tête d'un projet sportif, d'une organisation, et qui veut partir un nouveau projet. Comment tu t'y prends pour identifier la pertinence, ou pour aider les gens à comprendre la pertinence du projet que toi tu vois? Parce que des fois, on a une cause en tête, on voit le « pourquoi », on voit la différence que ça pourrait faire — mais comment réussir à le véhiculer, et qu'est-ce qu'une personne qui a un projet à lancer pourrait faire concrètement?

Éric : Premièrement, quand on est une université à la base, c'est un avantage. Il existe des programmes en management du sport à peu près partout dans le monde, même dans le reste du Canada, mais il n'y en avait pas au Québec. Donc les gens du milieu disaient : ça nous aiderait d'avoir un vrai programme de formation universitaire qui donne des diplômes, qui reconnaît le fait qu'on a acquis les bonnes connaissances, qui donne des diplômes, ça veut dire aussi de la reconnaissance sociale — c'est une profession qui existe. Et à HEC, c'est quand même une grande école de calibre international, parmi les meilleures au monde, qui s'intéresse à ça. Tout le monde était d'accord pour dire qu'on avait besoin d'un programme. On avait déjà un point de convergence.

Mais je pense que ça n'aurait pas été assez, François. On a été chanceux à quelque part — il y a eu une crise, la crise COVID. Et durant la crise COVID, le sport au complet a été mis sur pause. Nous, on a fait une enquête pour évaluer l'impact. C'était un tremblement de terre de 8 sur 10. Les résultats nous disaient que ça faisait reculer le sport de 5 à 10 ans, que ça allait créer toutes sortes de problématiques. Bien, notre réflexe, c'était de dire : c'est peut-être le temps de faire la démonstration de notre utilité et de notre pertinence.

On a fait deux enquêtes qui ont, je pense, contribué énormément à faire cette démonstration-là. On a évalué l'impact de la COVID, et c'est là qu'on a découvert que dans le milieu, toutes les organisations, même celles qui sont plus riches, disaient : la crise COVID nous démontre qu'on a vraiment un déficit de compétences et de connaissances. 90 % des répondants qu'on a rencontrés nous disaient : on se rend compte qu'on ne les a pas tant qu'on pensait. On a besoin d'apprendre, et on voit ce que les autres secteurs font — la culture, le tourisme. On voyait qu'eux étaient mieux organisés, qu'ils savaient mieux comment faire. Et là, il y a eu cette prise de conscience. Et après ça, on a fait une deuxième enquête sur comment on peut accompagner les milieux pour grandir. C'est là qu'est arrivé le concept de professionnaliser le sport et tout le mouvement de professionnalisation.

Cette enquête-là nous a permis de structurer une démarche, de prioriser, d'essayer d'évaluer comment on pourrait s'y prendre, parce qu'on ne pouvait pas tout faire tout d'un coup. On a déjà réussi à construire cet esprit organique. Notre rôle, c'est — oui, on a beaucoup de connaissances qu'on peut partager — mais ce qu'on veut, c'est amener les gens à nous dire de quoi ils ont besoin qu'on leur parle. Si on veut qu'ils nous écoutent, il faut avoir ce dialogue-là. Cette co-construction-là, pour nous, est hyper importante. Tout ça a été fait en collaboration avec les gens du milieu.

François : C'est intéressant. Si je fais un petit récap pour les gens que ça intéresse — et moi personnellement ça m'intéresse — ce que j'entends, c'est qu'au départ tu identifies un écart dans le système. Après ça, on a une crise. La crise est souvent un moteur de changement — je ne veux pas rentrer dans les modèles de gestion du changement, mais on en parle souvent. Ensuite, tu es allé chercher des données qui sont venues sous-tendre un peu les opportunités que toi tu avais identifiées dans le système. Et puis, tu as impliqué les parties prenantes là-dedans.

On connaît les deux ensemble Benoît Séguin, qui a parlé abondamment, et Mylène Leroux qui parle abondamment de gestion des parties prenantes — c'était un sujet au cœur de ma maîtrise. Justement, quand on implique les parties prenantes, on cible mieux son projet, mais c'est beaucoup plus facile de co-construire quelque chose. Ça, des fois, je pense qu'en tant que gestionnaire ou leader sportif, il ne faut pas sous-estimer l'importance d'engager toutes les parties prenantes. On ne peut pas juste partir avec notre projet dans notre vase clos que peut être la fédération ou notre organisation si on veut amener un changement.

Mais là, tu me parlais justement du deuxième chantier tout à l'heure, qui était la reconnaissance du sport. Est-ce que c'est un peu de là que vient la nécessité d'aller vers la professionnalisation? Parce qu'une des choses qu'on voulait discuter aujourd'hui, c'était définir la professionnalisation. Ça vient un peu du manque de reconnaissance, si je comprends bien — corrige-moi là.

Éric : Oui, c'est un des éléments, François. Je pense que ça vaut la peine de faire un pas de recul et de mieux expliquer c'est quoi, la professionnalisation. Déjà, la professionnalisation, il faut savoir que c'est un concept qui peut être complexe — on est plus dans le gris que dans le noir ou blanc.

Il y a différentes manières de comprendre c'est quoi la professionnalisation. La reconnaissance en fait partie, mais souvent on va parler de l'approche sociologique. C'est-à-dire qu'il va y avoir cette idée qu'une activité ou un loisir va se transformer dans une profession reconnue. C'est cette idée de profession reconnue. D'un point de vue social, ça veut dire qu'on n'aurait plus de gens qui diraient à un entraîneur de hockey : « Qu'est-ce que tu fais le reste du temps en dehors de tes pratiques? » Il y a cette connaissance du métier qui va être socialement reconnue et valorisée par la société. Ça sous-tend de bien comprendre les activités professionnelles. Ça fait quoi, un DG de fédération? Ça fait quoi, un entraîneur? Ça fait quoi, un arbitre?

Il y a aussi toute la notion de statut social. Je suis un gestionnaire du sport, ce n'est pas juste être un gestionnaire d'une binerie. Il y a cette reconnaissance du statut social qui vient avec une pratique, des savoirs, des compétences, et qu'on peut apprendre pour accéder à cette profession. C'est comme une manière de concevoir la professionnalisation — cette reconnaissance qu'il existe vraiment le métier, et que ce métier-là vient avec son lot de choses à faire.

La deuxième approche, j'ai envie de dire, c'est comme la suite logique — une approche qu'on pourrait dire institutionnelle. C'est-à-dire qu'on reconnaît tellement la profession qu'il faut la normer. On va définir les bonnes pratiques pour être entraîneur, et ça va venir avec beaucoup de... Souvent, on va mettre ça dans la logique des ordres professionnels. Être médecin, être avocat, être comptable, ça vient avec toutes sortes de critères sur comment pratiquer le métier. C'est la normalisation, mais aussi toute l'évaluation de est-ce que oui ou non je fais bien ce travail-là, l'accès à la profession, les normes pour y accéder. Dans le sport, on est loin de ça actuellement.

Là, on a un nouveau programme universitaire. Peut-être qu'un jour, ça deviendra un critère d'embauche, puis on dira qu'il y a une certaine forme de normalisation par les compétences acquises. Mais on n'a pas non plus de diplôme en coaching — il y a le Programme national de certification, mais on n'a pas de baccalauréat, de maîtrise. Dans certains pays, c'est le cas. Il existe des formations qui mènent à la profession, comme en intervention sportive à l'Université Laval. Mais c'est plus large.

Et la troisième perspective, qui est vraiment une perspective qu'on pourrait dire organisationnelle, c'est qu'on va valoriser un professionnel parce qu'il y a de la valeur à la performance, à l'excellence. C'est cette logique-là d'améliorer les pratiques, de faire mieux. Et faire mieux, on traduit souvent ça en signe de caisse — mais faire mieux, ça peut être pour mieux protéger nos jeunes. Ça peut être pour gagner des victoires. Ça peut être pour faire plus de cohésion d'équipe.

La notion de performance, c'est cette idée de s'améliorer constamment et continuellement, et qu'on va reconnaître la valeur au point où on va embaucher des professionnels. On sait que dans le sport actuellement, c'est un grand défi parce que tout le monde trouve que ça coûte trop cher d'avoir des jeunes qui vont faire du sport. On ne veut pas payer ceux qui nous les entraînent, on ne veut pas payer les organisations qui encadrent tout ça. Donc on a un grand défi à faire reconnaître la valeur. Elle est réelle, elle existe, la valeur. C'est juste que culturellement, on n'est pas encore tout à fait là.

Donc, ce sont les trois manières de concevoir la professionnalisation. Et ça, c'est important de le comprendre parce que c'est pas juste de former des gens professionnalisés. On a l'impression qu'on va professionnaliser en leur donnant un cours. Non, c'est beaucoup plus large que ça. C'est toute la reconnaissance sociale, c'est la culture de l'amélioration continue, c'est une intention, c'est une identité. Et quand on comprend la complexité de ça, si on veut changer les choses, c'est pas juste de dire « on fait un cours et c'est réglé ». On a un système sur lequel on doit travailler, un système complexe — dans notre cas, c'est l'industrie du sport. Et accompagner l'industrie, ça veut dire accompagner des organisations, accompagner l'industrie elle-même, et aussi des individus. Je travaille à tous ces niveaux-là.

François : Oui, ça me parle beaucoup la partie où tu parlais de la professionnalisation d'une perspective organisationnelle, où on s'amène à faire mieux. Et comme tu parlais de protéger nos gens — j'imagine que ça s'entendait aussi dans le sens de protéger les athlètes parce qu'on a un bon encadrement. Mais pour moi, et c'est très proche de mon cœur, c'est de protéger les professionnels qui y opèrent — les entraîneurs, les DG. Toi puis moi, on en a entendu des dizaines d'histoires de personnes qui se donnent corps et âme, jour et nuit, semaine, fin de semaine, pour la cause de leur sport parce qu'elles les habitent. Et l'espèce de dicton que j'entends encore, c'est : « Si tu veux qu'on augmente ton salaire, il va falloir augmenter la facture des athlètes. » En fait, c'est les athlètes qui vont payer ton salaire. Je suis comme : OK, là tu es en train de culpabiliser une personne qui essaie de faire de son mieux, qui travaille plusieurs heures par semaine, plusieurs semaines pour 3 000 dollars par année. Est-ce que c'est la bonne approche? Alors qu'on a des bacs en intervention sportive, des bacs en kinésiologie, le Diplôme avancé d'entraîneur de l'INS qui touche à la formation des entraîneurs d'un niveau très poussé, encadré, sérieux — tout ça.

Éric : Et ça, François, c'est un cercle vicieux, c'est l'œuf ou la poule. Le fait qu'on ait des conditions qui ne sont pas à la hauteur va faire que ça va être très difficile d'attirer du talent, des gens qui vont être capables d'être plus performants, donc de générer plus de performances. Donc plus de performances va amener plus de reconnaissance, de la valeur ajoutée d'un entraîneur. Puis plus de valeur, plus d'acceptation à payer plus.

Et le fait aussi qu'on ait des conditions assez précaires dans le milieu du sport, c'est un retard à récupérer. Quand on est en mode survie, quand on a besoin de manger, c'est bien difficile de vouloir élever le niveau de l'hélicoptère et d'avoir une réflexion sur comment créer des coalitions pour faire du lobby, pour défendre l'importance du métier. Donc il y a quelque chose de très pernicieux dans tout ça.

Ce que tu exprimes, François, on le voit pour les entraîneurs, on le voit pour les arbitres, on le voit pour tous les acteurs du milieu, les gestionnaires. La passion a ses limites. La passion, c'est pas de la performance, c'est juste du désir. Ça veut pas dire que tu es qualifié pour le faire. Tout ça fait partie de l'enjeu. La professionnalisation, c'est tout ça mis ensemble.

François : Comment est-ce qu'on change ça? Parce que je nous dis maintenant : OK, là on le sait que s'il y a des changements à faire — ce qu'on vient de dire là, c'est important de le nommer. Comme les psychologues diraient, on veut nommer les choses pour... Elles existent, elles sont là. Mais comment est-ce qu'on fait avancer la situation? Comment est-ce qu'on change les choses? Comment est-ce qu'on arrive justement à cette professionnalisation-là?

Éric : Oui, et ça, c'est la grande question. La mauvaise nouvelle, c'est qu'il n'y a pas de recette magique avec une baguette qu'on arrive et on règle le problème. On le sait que ça va prendre du temps, on le sait. On le sait que c'est un processus de transformation sociale, organisationnelle et individuelle. Mais le mouvement des gens qui s'enclenchent — c'est ça qui est le fun avec l'histoire du sport, c'est qu'on commence même à le mesurer.

Il y a trois axes qu'il faut absolument faire grandir, et on ne peut pas se concentrer seulement sur un des trois. Le premier, c'est toute la notion d'apprentissage. Apprendre, ça veut pas dire seulement sur les bancs d'école. Apprendre, ça peut vouloir dire apprendre par les pairs, apprendre de manière autonome. Par exemple, un des trucs qu'on a fait au Pôle, on a développé un coffre à outils. J'ai une rencontre avec mon conseil d'administration, je ne sais pas comment gérer par orientations — j'ai besoin d'aide. C'est là que j'en ai besoin. C'est ce qu'on appelle l'apprentissage autonome. C'est toute la notion d'apprentissage aussi collectif, les groupes de communauté de pratique. Apprendre, ça fait partie d'un des leviers pour lesquels il faut mettre en place des mesures. Ça peut passer par de la formation. Les diplômes universitaires ont leur rôle. Les universités dans les sociétés jouent un rôle déterminant dans les mouvements de professionnalisation.

C'est pas pour rien — c'est qu'elles offrent des occasions d'apprentissage structuré et structurant pour les organisations et le secteur. Ça, c'est le premier axe. Mais on peut former les gens, mais si on n'a pas la cible atteinte — si on ne sait pas c'est quoi l'excellence, c'est quoi un bon gestionnaire du sport, c'est quoi un bon entraîneur, c'est quoi un bon arbitre — on a besoin aussi d'avoir cette idée de cible d'excellence, de normes, d'encadrement qui va guider l'apprentissage.

Et ça, ça peut vouloir dire... Bon, on voit que le gouvernement a pris de belles initiatives sur le code de gouvernance. C'est un moyen de professionnaliser. Ça dicte des normes à respecter. Le PILS, le protecteur des athlètes, avec tous les codes sur le sport sécuritaire — on est dans cette logique-là. On veut protéger la pratique et faire élever le niveau de jeu, donc professionnaliser. Ça passe aussi par des guides.

Nous, on est en train de développer un cadre de référence sur c'est quoi un bon DG — c'était le fruit d'un projet de recherche, et ça nous permet de nous orienter et de nous guider vers ce qu'on devrait développer et prioriser dans notre développement. L'encadrement, la normalisation, ça passe par de la recherche. Parce que c'est pas parce qu'aujourd'hui on est bon qu'on va être bon encore dans trois, quatre, cinq ans. Donc, il faut constamment revoir ces cadres-là. Et ça, c'est investir dans de la recherche, dans de l'innovation, dans du développement de connaissances.

Et puis le troisième, c'est qu'on a beau avoir les meilleures normes, les meilleures pratiques, les connaître, savoir comment les développer — encore faut-il reconnaître les gens qui atteignent ces normes-là. Et les reconnaître, ça peut vouloir dire bravo, mais c'est aussi valoriser. Ça veut dire défendre. On le voit dans plein de professions — les ordres professionnels font du lobby dans les médias pour dire que les infirmières et les infirmiers, c'est important au Québec. Il faut faire reconnaître l'importance de ce qu'on fait — pas seulement auprès de ceux qui le font, des professionnels ou des pratiquants, mais aussi auprès des autres acteurs de la société.

Là-dessus, il y a beaucoup de choses à faire en sport. On a à la reconnaître nous-mêmes, l'excellence, mais auprès de la société en général, on a aussi des devoirs à faire.

Ces trois axes-là, un ne peut pas aller sans l'autre. On a besoin autant de former les gens, de leur permettre d'apprendre, de leur dire quoi apprendre et comment l'apprendre, que de reconnaître. Ces trois niveaux-là, ce sont des morceaux du même casse-tête. Ça va ensemble. Il faut travailler sur les individus — on a souvent ce réflexe-là. Mais pas seulement sur les individus. Il faut aussi travailler sur les organisations. Les organisations ont besoin de développer une culture, une identité, des processus, des systèmes administratifs, des pratiques qui vont élever le niveau de jeu, de sorte que quand des nouvelles personnes vont arriver dans l'organisation, ils vont s'inscrire dans quelque chose qui va leur permettre d'être plus professionnels et de faire de meilleures pratiques.

Et les organisations seules, c'est pas suffisant. On a besoin de s'entraider d'une organisation à l'autre. C'est le rôle, par exemple dans le monde des affaires, des chambres de commerce. Il y a des points de jonction, des points de rencontre, des partages. Nous, au Pôle Sport, on a créé des communautés d'échanges, on a créé des points de jonction. C'est là qu'on veut avoir du benchmarking. Et tout ça, il faut travailler sur ces neuf sphères-là — ces trois niveaux d'action et ces trois niveaux d'intervention — pour réussir à professionnaliser. Et un seul bloc n'est pas suffisant. La formation, c'est une bonne chose, mais tout le reste est tout autant important.

François : Oui, ils se nourrissent l'un l'autre. Il y a plusieurs éléments sur lesquels je veux rebondir dans ce que tu as dit. Bon, on a l'axe apprentissage, l'axe normes, et l'axe reconnaissance. Dans les normes, je pense, si je ne m'abuse, tu as fait un commentaire sur se projeter dans trois, quatre, cinq ans — à quoi ça va ressembler, être un bon DG. Et ça fait un lien avec une présentation qu'il y avait eu, et il y a un article qui vient de sortir sur ce sujet — sur un entraîneur couronné de succès, Pablo Lasso. Pour être clair, longue histoire courte, on ne parle pas de Ted Lasso, il n'a aucun lien.

Éric : J'allais faire le gag.

François : La référence qu'il utilise, Pablo Lasso, en réfléchissant à son coaching — et c'est l'auteur Sergio Larrosa-Bertrán qui l'aborde — c'est de future-proof son coaching, de penser à ce dont tu vas avoir besoin dans trois, quatre, cinq ans pour être un bon entraîneur. Il y a un parallèle ici avec ce que tu viens de dire. C'est quoi, être un bon DG des Alouettes de Montréal — ou d'une fédération sportive québécoise — et dans trois ans, est-ce que ça va être les mêmes habiletés? Est-ce que l'organisation va être rendue au même point?

Et puis, quand tu parlais de l'efficacité d'un individu, ce qui me revenait à l'esprit, c'est que tu es aussi efficace que ta structure. Parce que des fois, tu peux être dans une chaise dans ton organisation, mais parce que la culture et les processus et les niveaux d'approbation que tu as besoin, le niveau de pouvoir qui ne te permettra pas de créer les changements que tu veux faire — il faut tout le temps que ça passe par l'approbation de la personne en haut — et là on a un frein au changement, à l'amélioration des choses.

Plusieurs éléments là-dedans. Je pense que si on veut avoir de bons entraîneurs, de bons DG, des bonnes personnes qui restent, la reconnaissance, pour moi, c'est tellement clé. Et on ne parle pas ici de « j'ai 340 000 abonnés sur Instagram » — je le nomme en caricature pour que les gens comprennent bien. C'est que les gens se sentent reconnus dans leur travail, et ça passe par les conditions, puis par plein de choses, si je ne m'abuse.

Éric : La reconnaissance, tu l'as bien dit, c'est des conditions salariales, des conditions de travail. Si on veut que des gens restent, on est mieux d'avoir un environnement de travail positif dans lequel les gens vont s'épanouir. S'ils s'épanouissent, là tu viens de faire le cercle — ils vont rester, vont s'investir plus, vont être mobilisés et vont créer de belles choses.

C'est là que les universités peuvent jouer un rôle déterminant. Le Pôle Sport, on est un centre de transfert et de recherche du HEC Montréal. On coche à peu près sur tous ces niveaux-là. Le fait d'être une université, c'est au cœur de notre mission — l'apprentissage. On est là pour ça. On peut aider sur de la formation, sur différentes méthodologies d'apprentissage. On est là aussi pour l'encadrement, la normalisation. Quand tu dis de se projeter dans l'avenir, c'est la recherche, c'est voir les tendances, c'est la reconnaissance et la valorisation. Le simple fait de reconnaître que c'est une profession et qu'on va faire des programmes de maîtrise maintenant pour dire « Venez étudier, vous allez avoir accès à la profession » — ça crée un lieu neutre. Parce que l'université, elle appartient à la société. C'est un lieu neutre dans lequel on va pouvoir réussir à faire de la professionnalisation dans le sport.

On va pouvoir aider à répondre à ces trois niveaux d'intervention — autant au niveau des individus, des organisations, voire même du secteur. Et je pense que c'était ça le point de départ, François. En partant, on pouvait cocher sur beaucoup de cases. Et quand on a dit « on y va, on se lance, on le fait pour vrai », le véhicule, on l'appelait le Pôle Sport, parce que ça permettait d'accéder à tous ces leviers-là.

François : Certainement. Et là, tu me parlais de neuf champs d'action que tu avais déclinés trois par trois. Lequel est le plus sous-estimé selon toi? Sous-estimé dans le sens où on ne se rend pas compte à quel point c'est important et urgent — pour reprendre la matrice d'Eisenhower — de faire un changement dans ce volet-là.

Éric : En fait, les neuf sont tous autant importants, mais c'est sûr qu'il y en a qui tirent un peu plus en avant. Actuellement, un des défis qu'on observe dans le milieu, c'est un peu cette idée-là de reconnaissance et de valorisation. Notre système sportif — on l'a vu dans le rapport sur l'avenir du sport au Canada — il date des années. Ça date des Jeux olympiques, ça fait 50 ans qu'on n'a pas eu de remise en question. À chaque fois qu'il y avait une nouvelle solution, au lieu de réfléchir au système, on ajoutait une nouvelle organisation, ce qui fait qu'aujourd'hui on a un nombre incalculable d'organisations qui ont tous des centres de pouvoir. Chaque organisation est autonome avec des conseils d'administration indépendants. Il n'y a pas de cohérence, pas de coordination. Et tout ça crée toutes sortes de problématiques énormes juste de par la structure.

Donc, quand tu dis peut-être le plus criant, j'ai l'impression qu'on mûrit collectivement pour avoir une réflexion sur ce qu'on devrait être et ce qu'on devrait faire pour nous assurer d'avoir des conditions gagnantes — pour réussir à continuer à nous professionnaliser, à nous améliorer et à grandir. C'est un méchant défi qui nous attend.

François : Si on faisait le miroir — pour prendre une expression — qu'est-ce qu'on devrait être?

Éric : Le rapport, moi, je l'aime beaucoup parce qu'on a fait des découvertes, mais il ne donne pas de réponse. C'est juste qu'on a maintenant un véhicule qui nous dit clairement qu'il y a des enjeux. Je trouve ça dommage que dans le rapport, on n'ait pas plus mis en valeur les aspects positifs, parce qu'il y en a. On comprend que la commande était à la suite de ce qui s'est passé à Hockey Canada — on dénonçait des problématiques de vices de gouvernance et d'abus dans le sport. C'est sûr que le mandat était un peu teinté. Mais j'ai l'impression que ce rapport-là va nous donner, en tout cas j'espère, le momentum pour réfléchir à ce qu'on devrait devenir.

On sait des choses par contre. On ne pas la solution précise, mais on sait qu'il y a trop d'organisations. On sait que notre milieu repose trop sur du bénévolat. Il y a des limites aux bénévoles, surtout sur des conseils d'administration. Un conseil d'administration composé de bénévoles — si on prend n'importe quel sport avec 12 associations régionales, un lien avec la fédération nationale mais aucun pouvoir sur la fédération provinciale ni sur les associations régionales, et encore moins sur les clubs — et puis chacun de ces 200 clubs, ces 12 associations régionales, la fédération, chacun ont des conseils d'administration bénévoles indépendants. Réalises-tu l'ampleur du défi pour trouver une cohérence dans tout ça? C'est clair qu'on va avoir besoin de faire du ménage, de fusionner des organisations, de restructurer des choses, de repenser aussi à des mécanismes de coordination.

Dans le rapport, on parlait d'une société d'État qui coordonnerait le sport au Canada. Oui, c'est bien. Mais le Canada n'a pas de juridiction sur le provincial et le régional. Tu vois qu'il va y avoir toutes sortes d'enjeux pareils. C'est pour ça que c'est très difficile d'avoir la réponse. Mais une chose est certaine, c'est que le statu quo n'est pas tenable. Je peux comprendre la résistance — personne n'est content de changer. Mais quand ça veut dire perdre sa job, ça peut être difficile à accepter.

François : Et que ton organisation à toi disparaisse, que là ce soit une autre organisation qui prenne la place, et là ça amène de l'incertitude et il faut trouver sa nouvelle place là-dedans. Je suis content que tu aies parlé du volet des conseils d'administration. Dans la position où je suis, on me sollicite à gauche et à droite pour les conseils d'administration. Mais j'ai juste une question rapide — tu me parlais de professionnaliser le conseil d'administration ou de revoir un peu les structures. Est-ce que c'est normal qu'on demande à des gens de faire une implication d'environ trois heures par mois bénévolement pour un conseil d'administration? Je trouve que c'est quand même lourd. Et ici, l'organisation que j'ai en tête, c'est une organisation régionale qui a peut-être 125 athlètes au grand maximum. Et là, on a un conseil d'administration de 13 personnes bénévoles — honnêtement, avec moi comme père de trois jeunes enfants, avec ma conjointe dans un métier qui demande soirs et fins de semaine, même chose pour moi, c'est quand même intense.

Éric : Oui, et ça, c'est pas juste propre au sport. Le monde des organismes à but non lucratif, les organismes à développement social ou durable, même le monde artistique, on le voit. C'est le propre de beaucoup de milieux où on a de la difficulté à comprendre la gouvernance — cette espèce d'indépendance pour réfléchir à la stratégie et au devenir, versus les opérations. Le rôle d'un conseil d'administration, théoriquement, ce n'est pas de faire de l'intervention directe. Au contraire, ce serait de se dégager des opérations. Mais la réalité des OBNL qui n'ont pas de ressources, comment on fait pour aller chercher de l'aide? Souvent, le réflexe est là. Et ça crée toutes sortes de conflits d'intérêts. Et quand tout devient gris, ça devient difficile de vraiment bien jouer son rôle de gouvernance. Ça fait partie du ménage qu'on a à faire.

François : Dernière question avant de te laisser aller, Éric. Merci beaucoup pour ton temps, tes réflexions, de nous avoir partagé ta vision. Le but, c'est de jaser de ça. Je pense que n'importe qui qui aura écouté la conversation jusqu'à maintenant va comprendre que c'est de réfléchir à où est-ce qu'on est par rapport au système, comment est-ce qu'on peut avancer, quels sont les grands chantiers, et que tout le monde soit conscient. Parce que je crois fortement dans l'importance de nommer les choses pour que la pression puisse les adresser et les améliorer.

Autant on a nommé quelques points à améliorer — qu'est-ce qui te rend le plus optimiste en ce moment par rapport à l'état actuel du système sportif québécois, du système dans lequel on fonctionne? Qu'est-ce que tu trouves le plus encourageant?

Éric : Ça va faire quoi, une douzaine d'années que je suis là-dedans. J'ai jamais vu autant d'appétit pour que les choses changent et s'améliorent. Des passionnés qui comprennent que c'est pas en donnant 10 heures de plus qu'ils vont être meilleurs, mais c'est peut-être en réorganisant, en pensant autrement. Je vois un engouement des gens du milieu pour améliorer les choses.

C'est sûr qu'il va y avoir l'effet « pas dans ma cour », la résistance à la transformation. Et la vision de où on veut aller n'est pas encore claire, pas encore super définie. Il reste des choses à déterminer. Mais j'ai jamais autant ressenti cette volonté-là de le faire. Et c'est le point de départ de toutes les transformations. Je sens qu'il y a aussi une évolution dans la compréhension de ce que ça veut dire, de ce que ça implique.

Au départ, il y avait des gens qui avaient compris qu'on pouvait les aider en accompagnant, en offrant des connaissances, en jouant notre rôle de recherche. Maintenant, c'est eux qui viennent vers nous — ça veut dire qu'ils ont développé un appétit pour en avoir plus. Et ça, pour moi, c'est hyper positif, parce que ça veut dire qu'on est en droit d'y croire. Les acteurs les plus importants, ceux qui vont vivre et amener la transformation, c'est des gens du milieu. Et là, on sent que c'est en train de se passer. Il y a un momentum. Il faut le saisir, ce momentum. Où ça va aboutir tout ça? C'est dur à dire aujourd'hui. Mais au moins on sait qu'on va faire quelque chose. On peut, on va le faire, on est en train de le faire.

François : Je vois la même chose au niveau de l'appétit. Je vois des gens qui veulent collaborer. Il y a tellement d'initiatives qui partent à gauche et à droite — que ce soit le Pôle Sport, que ce soit le balado qui contribue à sa façon à amener des gens à changer leur façon de voir.

Et ce que tu as dit là renvoie à ce que l'invité de l'épisode 149, Vincent Huard Pelletier, avait mentionné — il disait qu'on était dûs pour des états généraux pour voir où est-ce qu'on veut s'en aller. C'est un peu ça que j'entends dans ce que tu me dis. Je ne sais pas si c'est le bon terme, « états généraux », mais l'idée de vraiment établir une vision commune, et qu'après ça, on travaille délibérément vers où on s'en va, pas juste : « OK, voici la prochaine initiative, puis on embarque là-dedans. » Ça, je pense que c'est nécessaire.

Éric, merci beaucoup pour ta sagesse. Je te laisse peut-être le mot de la fin. Si des gens ont des questions et veulent en savoir plus sur vos initiatives, comment est-ce qu'ils peuvent te rejoindre?

Éric : Par courriel, c'est probablement le meilleur moyen dans mon cas. Le mot de la fin — merci François de continuer à mettre en valeur et à parler de plein de sujets. Ton balado, c'est une bonne chose. Il faut continuer. C'est une invitation à tout le monde d'embrasser le mouvement. Je pense que chaque personne, chaque petit caillou va faire une différence dans la construction de ce qu'on essaie de faire. Ça serait peut-être ça, le mot de la fin.

François : Superbe. Merci Éric. On va mettre ton courriel dans la description de l'épisode. Et à tout le monde, je vous dis à la prochaine pour un autre épisode de Temps d'arrêt. À toutes les auditrices et tous les auditeurs, merci d'avoir été là. Et vous qui êtes passionnés par le sport et qui cherchez constamment à atteindre l'excellence, j'ai une invitation exclusive pour vous. À tous les mois, j'envoie une infolettre que vous trouverez nulle part ailleurs. À l'intérieur, vous avez accès prioritaire aux conclusions de mes recherches, aux articles les plus percutants que j'ai consultés récemment, à mes réflexions, aux idées avant-gardistes que j'explore — que ce soit sur l'intégration de l'intelligence artificielle dans le sport, dans le coaching ou bien dans les nouvelles méthodes d'enseignement et de pédagogie. C'est comme avoir une conversation privilégiée avec moi et mes collègues qui produisent du bon contenu, où je vous guide à travers les idées qui façonnent l'avenir du coaching et du sport avant que ce soit répandu.

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