François : Xavier, bienvenue à Temps d'arrêt pour une quatrième fois.
Xavier : Merci de m'accueillir pour une quatrième fois, François.
François : Ça me fait plaisir. La raison pour laquelle tu es là, il y en a plusieurs. Mais la numéro un, c'est parce que tu as publié un deuxième livre. On va en discuter, on va approfondir ça. Mais aussi, je veux amener les gens qui nous écoutent à prendre conscience de tout le travail que tu as fait. Tu es une des personnes dans le réseau du sport québécois que j'admire parce que tu as deux livres de publiés, tu as fait un doctorat en éducation. Mais t'es aussi un praticien-académique — c'est moi qui te mets une étiquette, si tu ne l'aimes pas, tu me le dis, on l'enlève sans problème. Mais t'as des expériences avec succès comme préparateur physique, t'es rigoureux. Là t'as un nouveau rôle avec l'Université de Sherbrooke, tu continues d'être présent sur le terrain comme préparateur physique. Tout ça ensemble m'amène à cette quatrième participation-là, qui bien entendu a été déclenchée par le fait que t'aies un nouveau livre — ben je veux qu'on en parle.
Et d'ailleurs, je veux souligner qu'un conseiller au développement des entraîneurs m'a dit que ton premier livre avait été très utile et éclairant dans le sens que ça donnait vraiment un recueil que certains conseillers au développement des entraîneurs pouvaient utiliser avec les entraîneurs pour vraiment approfondir tous les concepts fondamentaux qui étaient utiles dans leur pratique — ou qu'ils devaient considérer dans leur pratique, c'est probablement une meilleure façon de le dire. Ça, pour moi, c'est la preuve de ton impact réel. Mais ce qui me fascine et que je suis curieux de savoir, Xavier, qu'est-ce qui te garde motivé à faire tout ça?
Xavier : C'est la curiosité, c'est la volonté d'en apprendre davantage. C'est pas nécessairement une optique de toujours accumuler plus de connaissances, c'est des fois de faire des liens entre différentes thématiques ou différents concepts théoriques, d'aller explorer ça. Je pense que la curiosité est une qualité qui doit être entretenue. Des fois, quand tu as deux, trois jeunes enfants, garder cette curiosité-là vivante, c'est important, autant chez les jeunes que chez des gens comme nous. De ne pas se limiter à ne faire qu'une seule chose — de faire moins que de la préparation physique. Je ne m'en cache pas que j'ai eu des expériences dans le passé où je travaillais avec un seul sport, puis qu'à un moment donné, ça devient redondant. Je suis dans le mois de janvier, je fais ça. Je suis rendu au mois d'avril, on est vers la fin de la saison. C'est la même chose qui se reproduit. Tu viens dans une... ça devient monotone un petit peu. D'avoir plusieurs projets, d'être curieux, d'explorer différents sujets, comment ça peut être intégré dans ma pratique — je pense que c'est rafraîchissant et ça te garde on the edge, si on peut dire. J'ai toujours... garder un pied sur le terrain et la tête dans les livres aussi, c'est un mariage super stimulant pour moi. D'essayer des trucs, voir ce qui a fonctionné, voir ce qui fonctionne un petit peu moins bien, passer d'un milieu d'intervention à un autre, faire ces expérimentations-là, c'est très enrichissant.
François : Certainement. Quand tu parles de curiosité, moi, ça me renvoie rapidement à ce qu'un de mes collègues mentionnait — c'était l'épisode 125, Joël Guérette, qui parlait de la valeur de poser des questions. C'est comme si à chaque fois que tu découvres ou que tu apprends quelque chose de nouveau, il y a une nouvelle question qui se manifeste. Souvent, avec ma conjointe, on se dit tout le temps : plus on en apprend, plus on réalise qu'on ne sait rien. Plus on réalise qu'on en a beaucoup à apprendre là-dedans.
Mais là, justement, dans ta réponse, tu as renvoyé à quelque chose que tu m'as partagé en pré-enregistrement — comme quoi la notion d'expérience était importante pour toi. Tu me dis que les différentes expériences nourrissent un peu tes questions, nourrissent ta curiosité, t'amènent à faire des réalisations que tu peux transférer d'un domaine à l'autre. Puis moi, j'aimerais justement que tu me parles un peu de ce que ça représente, l'expérience. C'est quoi le rôle que ça joue dans le développement professionnel d'un coach, d'un préparateur physique? Comment doit-on considérer ça?
Xavier : C'est une des expériences que j'ai eues et qui a été révélatrice un peu. C'est d'avoir travaillé il y a quelques années avec une athlète en basketball en fauteuil roulant. Je n'ai jamais été le genre de personne à me concentrer que dans un seul sport où je suis confortable. Dès que j'ai quitté le Vert et Or en tant que préparateur physique il y a quelques années, j'ai commencé à travailler avec d'autres sports. Je me suis investi dans le hockey, avec l'athlétisme, avec du patinage de vitesse. Ça amène une diversité de contenu. Ça amène aussi une diversité de relations humaines. Ce ne sont pas les mêmes individus, ce ne sont pas les mêmes personnalités. C'est quand cette opportunité-là de travailler avec cette athlète en basketball en fauteuil roulant s'est présentée — je ne suis pas le genre de personne qui recule à cause de ne pas avoir eu de vécu ou de ne pas avoir d'expérience avec ce sport-là, avec des athlètes au niveau paralympique.
Pendant que je faisais ces programmes de préparation physique, j'essayais de me mettre un peu à sa place. C'est quoi de vivre avec un handicap. Ça a été un moment où je me suis dit : j'ai des connaissances à propos d'un sport ou à propos de différentes disciplines en lien avec les sciences du sport, mais j'ai aucune idée du vécu de cette personne-là. J'ai aucune idée de ce qu'elle vit au quotidien, de c'est quoi qu'elle veut atteindre comme objectif.
C'est depuis ce moment-là que j'essaie de me mettre dans des situations où j'essaie de revivre un petit peu le contexte au quotidien de ces athlètes-là. Je vais essayer des trucs, est-ce que ça fonctionne ou non, je vais leur demander des rétroactions — est-ce que si on essaie ça, est-ce que ça fonctionne, c'est quoi les ressentis. Tout ça nourrit un peu mon processus réflexif de comment est-ce que j'améliore, comment est-ce que je peux faire une différence dans la performance sportive de ces athlètes-là. Si j'avais pas la volonté de rechercher ces expériences-là, je serais resté confortable. Mais pour être en mesure de me dépasser, il faut que j'aille dans des situations inconfortables.
François : Et ce que j'entends, c'est que tu étais prêt à essayer un peu les choses, puis tu as adapté ton coaching. Mais justement, parle-moi du moment où est-ce que tu as réalisé que tu ne comprenais pas vraiment c'est quoi, parce que tu travailles avec cette personne-là. Il y a sûrement eu un moment frappant où tu t'es dit : OK, j'ai aucune idée de c'est quoi vivre avec ça.
Xavier : Oui. J'étais assis dans ma cuisine. J'essayais de faire des exercices. Je me disais que si je n'avais pas eu l'usage de mes jambes, si je faisais tel exercice, je devrais être capable. Si je me positionne de telle manière. J'avais préparé le programme, quand je lui ai remis et qu'on a révisé le programme, elle me dit : « Ben, tel exercice, de cette manière-là, je peux le faire. De la manière que tu l'as écrit, je peux pas le faire parce que je tombe, je perds l'équilibre tout de suite. » Je suis comme : « OK. » Même si j'avais essayé de me mettre à ta place, je n'y suis pas parvenu.
C'est juste là, cette expérience-là et ce moment de réalisation. Il y a des moments où, comme coach, je peux pas uniquement me fier à mes connaissances professionnelles, mais il faut que je sois capable d'aller créer un lien avec cette personne-là, qu'elle soit capable de me donner de l'information qui va m'être utile pour qu'on puisse co-construire le programme d'entraînement ensemble. Ça a été comme un moment. Et après ça, c'est comme... Je garde toujours ça dans mon bagage : les connaissances à propos des athlètes et les connaissances de ton sport ou de qui tu es.
François : C'est intéressant parce que le lien de causalité — je ne sais pas si ça va être bien utilisé, mais je vais laisser les gens juger pour eux-mêmes — le lien de causalité que je vois, c'est que tu as créé le lien avec la personne, ce qui t'a permis d'avoir une discussion, des échanges, une co-construction, d'avoir de l'information qui t'a permis de faire des adaptations, d'ajuster. Tandis que si t'étais arrivé juste avec le programme, elle te l'aurait dit parce qu'il y a un enjeu de sécurité — elle serait tombée de sa chaise. Mais il y a un enjeu d'équilibre qu'on ne peut pas comprendre parce que toi tu peux prendre tes jambes pour te stabiliser, alors que l'athlète, elle ne peut pas.
Et là, moi, tu m'amènes à une question parce que c'est quelque chose qui me fascine pour plein de raisons — dont une dans mon milieu universitaire parce que c'est au centre de notre programme — mais deux aussi, parce que je pense que c'est ton élément-clé pour être un bon entraîneur : adapter son coaching. Si je te renvoie ça, tu me parles de : OK, j'ai créé un lien avec l'athlète, j'ai discuté avec cette athlète-là, on a modifié. Mais comment tu dirais que tu as adapté ton coaching pour être efficace avec elle?
Xavier : Ça n'a pas été une relation professionnelle de très longue durée, pour la simple et bonne raison que cette athlète-là est décédée quelques mois après le début de notre collaboration. Ça a été assez tragique. C'est arrivé dans l'espace de 24 heures. Décédée subitement.
Mais les apprentissages que j'ai eus pendant cette collaboration-là, j'en parle encore aujourd'hui, puis ça s'est resté gravé. J'étais comme... Avoir fait les choses différemment... Comment je pourrais dire ça? Ça a été une expérience hautement formatrice, d'avoir pu interagir avec elle, d'avoir pu poser des questions, d'essayer de comprendre sa réalité. C'est là des fois qu'il faut que tu crées cette relation interpersonnelle, il faut que tu crées ce lien de confiance. Ça fait partie d'un coaching efficace. Tu ne vas pas juste voir la personne qui a le plus de connaissances professionnelles, tu ne veux pas juste voir le kingpin en physiologie de l'exercice. Tu veux développer un coaching holistique.
Connecter avec cette personne-là. Tu veux être en mesure qu'elle améliore ses compétences. Après ça, c'est tout l'aspect humain. C'est quelque chose que je vais garder dans mon bagage professionnel pendant le reste de ma carrière. Ça a été un événement marquant et je me souviens très bien des réalisations que ça m'a fait prendre sur le plan professionnel. C'est pas juste d'écrire un programme et de le donner. C'est d'échanger avec cette personne-là. C'est quoi les petits ajustements qu'on doit lui apporter? Parce que justement, je ne suis pas dans ta position. Je n'ai aucunement les mêmes sensations, le même feeling. J'ai aucune idée. Des fois, c'est la même chose quand tu commences à travailler avec des athlètes féminines. Nous deux étant des hommes, on n'a aucune idée, par exemple, de l'aspect menstruel et tout ça. Mais il faut que j'aie ces connaissances-là — il faut que je sois capable de les aborder d'une manière qui tient compte de l'âge de ces athlètes-là, de la relation de confiance qui a été créée. Pour moi, ces connaissances embodied, si on peut dire, deviennent super importantes à considérer dans un coaching efficace.
François : Je te dirais que oui, d'un, je suis désolé, de deux, je ne m'attendais pas à ça aujourd'hui. Ça a dû tellement être formateur, comme tu dis, comme expérience du côté du coaching adapté, mais aussi tu as les réalisations humaines avec toute l'épopée qu'il y a du début à la fin. Puis je peux voir comment est-ce que c'est quelque chose que tu vas amener pour le reste de ta vie en bout de ligne.
Et puis, tu as fait l'analogie : on est les deux des hommes, puis il y a des choses qu'on ne comprendra pas. Je vais partir de ça et je vais te ramener à un entraîneur de basketball qui coache des athlètes. Moi, la réalisation que j'ai faite, et qui a été éveillée par ce que tu viens de dire, si c'est le bon terme, c'est les grossesses. Ma conjointe a eu trois grossesses, j'ai trois filles. En fait, on devrait dire quatre grossesses, mais on en a eu trois qui ont été à terme. J'ai réalisé pendant la troisième — bien sûr, on va dire que j'ai réalisé en retard — j'ai fait comme : « Hey, c'est beaucoup. » Trois fois neuf mois à porter un bébé, plus trois fois neuf mois en moyenne à allaiter. Si mes calculs sont bons, ça fait 54 mois où ton corps sert à faire vivre une autre personne, ultimement. Et là, le point de dire : un, on a le rôle facile relativement. Deux — je ne veux pas aller dans la gestion familiale, c'est pas le but du balado aujourd'hui — mais j'ai pris du temps à me mettre dans la perspective de comprendre que je ne comprends pas, en réalité.
Mais le lien avec ton histoire, ça m'a fait réaliser qu'il y a plein d'aspects de la vie qu'on pense qu'on comprend, mais on comprend pas, jusqu'à temps qu'on prenne le temps de se mettre dans les souliers d'une autre personne. Par exemple, tu peux avoir été un joueur de hockey professionnel dans les années 90. Mais est-ce qu'on comprend vraiment c'est quoi être un joueur de hockey junior ou universitaire aujourd'hui, quand il n'y avait pas de médias sociaux à l'époque et que quand tu manquais ton tir de pénalité, tu faisais un mauvais dégagement, tu faisais un revirement, ça ne te suivait pas jusqu'à la maison? Parce que quand tu scrollais Instagram sur ton téléphone, t'avais pas 40 messages de personnes qui te disent que t'as fait une mauvaise job. Puis ça, j'ai parlé avec une personne qui a un certain âge, puis elle avait dit : « Hey Frank, avant que tu m'en parles, je n'avais pas réalisé que les problèmes se passaient soit à l'école, soit à l'aréna, et ils restaient là. Ils te suivaient pas à la maison sur ton téléphone. »
Mon point avec ce long détour-là, c'est de dire : même si on a vécu une expérience qu'on pense être exactement pareille — j'ai joué au hockey dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, j'ai été professionnel — même si c'est 15 ans plus tard, c'est pas la même expérience. Et là, c'est important de se mettre dans les souliers des gens pour voir que, oui, ça a l'air similaire en surface, mais il y a des grosses différences qui affectent toute l'expérience qui est vécue.
Xavier : Ça fait beaucoup écho à ce que tu dis. Ça a été un des points qui a été abordé lors de l'activité en lien avec le lancement du livre. Un des professionnels du CDE qui était là faisait exactement cette mention. Quand tu as des entraîneurs qui reviennent coacher — eux autres vont souvent, c'est un des pièges, entraîner comment ils ont été coachés. Mais c'est pas la même réalité, c'est pas les mêmes attentes, c'est pas les mêmes jeunes, c'est pas la même génération. Il ne faut pas non plus avoir une perspective où ils sont soft ou des choses comme ça. Ce sont des gens différents, les attentes sont différentes, les pressions sociales qu'ils vont subir sont différentes aussi.
C'est là, après ça, l'importance d'avoir un certain vécu, mais après ça, d'être capable de prendre un pas de recul, de développer une pensée critique, de développer tes connaissances intrapersonnelles. Ça fait partie d'un coaching efficace. Et on revient un petit peu à : c'est pas juste ce que tu sais, c'est pas juste tes connaissances professionnelles, ça englobe quelque chose qui est beaucoup plus large.
C'est après ça que tu dis : OK. Il y a vraiment cet aspect que certains entraîneurs sont en mesure de coacher à différents niveaux, même des fois de passer d'un groupe d'âge à un autre, ou d'un sexe à un autre. Il y a peut-être une certaine composante qui est en lien avec leur connaissance professionnelle. Ultimement, c'est peut-être plus pour l'aspect humain. Sont-ils capables de bien communiquer? Sont-ils capables d'avoir une intelligence émotionnelle qui est adaptée aux groupes qui sont devant eux?
J'avais vu un petit clip vidéo il y a quelques semaines. C'était des commentateurs ou des experts associés au monde du football européen. Ils discutaient sur la principale ou la plus grande qualité de Sir Alex Ferguson quand il était à Manchester United. Les gens autour de la table disaient qu'il n'était pas le plus grand tacticien, mais que c'était un man-manager, c'était un gestionnaire d'êtres humains. C'était ça qui faisait sa force. Je pense que peut-être Greg Popovich, pour avoir lu quelques ouvrages sur la NBA, ressemble à ce type d'entraîneurs-là — très humain, va mettre beaucoup l'accent sur les connaissances interpersonnelles, ses connaissances intrapersonnelles. Et puis, l'aspect plus pointu associé à son sport, il va peut-être le déléguer vers ses entraîneurs adjoints. Peut-être que ces adjoints-là, s'ils ont des ambitions de devenir entraîneurs-chefs, ultimement vont devoir mettre de côté un petit peu ces connaissances professionnelles-là pour avoir plus d'énergie sur le développement davantage de leur connaissance interpersonnelle et intrapersonnelle.
François : Ben oui, puis les X et les O, c'est important. C'est peut-être tant d'en avoir un minimum pour comprendre ce qui se passe. Mais après ça, quand tu arrives à un certain niveau, c'est la vision, c'est la cohésion, c'est l'unité de ton équipe qui va amener tout le monde à travailler dans le même sens. Puis justement, j'en parlais à la radio la semaine passée. Si tu as tellement bien bâti la cohésion dans ton équipe que lorsqu'un joueur fait une erreur, tout le monde fait la même erreur en même temps, en bout de ligne tu t'en sors mieux qu'avoir fait l'appel idéal et que tout le monde soit un peu disparate là-dessus. Et ça, pour moi, ça vient de la cohésion.
Et là, tu as ramené justement l'activité de lancement de ton livre qui était hier. Je trouve ça intéressant que tu aies amené ça une coche plus loin. Et là, je te ramènerais peut-être en arrière dans ta propre expérience d'écriture d'un deuxième livre. Parle-moi du moment où est-ce que tu as décidé d'aller de l'avant avec un deuxième. Parce que dans la vie de bien des personnes, d'en avoir fait un, c'est suffisant. Mais tu as décidé d'aller de l'avant avec un deuxième livre.
Xavier : Un des articles marquants pour ça, c'est celui que tu as co-écrit avec Wade Gilbert et Pierre Trudel. Où est-ce que vous faisiez, où est-ce que vous discutiez ensemble des niveaux des entraîneurs — de débutants à intermédiaires à avancés — puis par la suite de l'évolution des différentes situations d'apprentissage. C'est que tu avais une situation d'apprentissage qui est principalement formelle au départ ou assistée. Par la suite, c'est vers du non-assisté. Mais après ça, les entraîneurs experts ou les entraîneurs innovateurs vont davantage privilégier des situations d'apprentissage plus sociales, de manière non formelle.
C'est là qu'est venue un peu l'idée qu'on pourrait faire une suite. Parce que le premier livre s'adressait plutôt aux entraîneurs débutants ou aux parents bénévoles. Mais par la suite, c'était comme : OK, allons-y pour progresser. Là, on s'adresse à quel type d'entraîneur? Et par la suite, éventuellement, le projet serait d'en avoir un troisième qui se pencherait davantage sur ce que les entraîneurs considérés comme des innovateurs vont faire, en période de pré-saison ou pendant la saison, en lien avec les différents thèmes qu'on aura abordés dans les deux ouvrages précédents.
Puis après ça, mon coauteur Mathieu avait proposé, pour le deuxième ouvrage, d'interviewer des coachs, d'interviewer des personnes de terrain, pour savoir un peu quelles sont leurs expériences ou s'ils avaient deux à trois conseils à donner. Fait que là, on a rajouté une section à la fin de chaque chapitre qui s'appelle Sur le terrain. Ça a été justement un processus de se demander comment on peut s'adresser à un lectorat différent, tout en continuant dans la même logique d'avoir dix thèmes, dix chapitres. On visait dix pages, mais je me suis donné la petite liberté d'aller un petit peu au-delà de ce nombre-là. Puis après ça, le projet a suivi son cours.
François : Merci de faire référence à l'article. Cet article-là, au départ, je n'avais pas réalisé l'envergure qu'il aurait. Autant que t'es coauteur avec Pierre et Wade, bien entendu, c'est de grands auteurs dans le domaine. Mais de voir comment il parle à plein de personnes sous différents angles — on a les comportements des innovateurs, t'as les trois différents contextes, t'as l'histoire de Tom, t'as l'évolution, l'identité d'un coach. Tout ça ensemble qui est un modèle conceptuel, en vrai, mais qui donne du sens aux gens qui sont sur le terrain.
Et ça, c'est tout à l'éloge aussi de Pierre Trudel — que la plupart des gens doivent connaître, sinon je les invite à revisiter certains épisodes — des fois, la valeur d'un modèle, c'est le sens qu'il fait aux gens qui l'utilisent en bout de ligne. Oui, la validité théorique, c'est important, la validité scientifique, c'est important, mais si ça fait du sens aux gens sur le terrain, c'est bien.
Mais là, tu as un peu fait la job d'animateur pour moi, ça me permet d'aller dans quelques éléments. Tu référais aux commentaires et aux chapitres. C'est peut-être quoi, mettons, les deux, trois commentaires sur le terrain qui ressortent à tes yeux, que tu trouves qu'on devrait partager avec l'ensemble de la communauté? Tu as eu dix commentaires dans l'ensemble de différents aspects — il en a un qui t'a marqué en particulier par la contribution de ce qui a été dit, de ce que les entraîneurs devraient retenir.
Xavier : C'est un peu difficile d'en cibler deux ou trois parce que chaque collaborateur a partagé un peu son vécu en fonction de son contexte et de son expertise. Ce qui est super dans ces collaborations-là, c'est la diversité.
Jean-Benoît Jubinville, avec son bagage comme enseignant, et comment le coaching est avant tout un élément humain et social. De s'assurer que ça reste au cœur des interactions que tu vas avoir comme entraîneur avec les athlètes que tu vas encadrer. Après ça, Pat Rimbaud sur comment construire une équipe championne — c'est par étapes, après ça c'est de mettre des valeurs claires et non négociables à un certain point, puis de mettre en place une culture d'équipe qui va être solide.
Par la suite, Rachel Béliveau — je ne pouvais pas passer à côté d'avoir une entraîneur qui avait été sur l'équipe nationale de volleyball, avec une carrière par la suite de 35 ans à la même université, à l'Université McGill. Comment elle a fait pendant 35 ans pour prendre un programme, l'amener où il est, rester compétitive, et aussi de faire sa place dans un monde d'hommes, au niveau du sport, du coaching, au niveau universitaire. Quand elle a commencé, le nombre de femmes qui devaient être dans une position similaire devait être très minime. Ça revenait à avoir une vision, de mettre les choses en place — c'était un processus.
Après ça, ta contribution aussi, c'était encore une fois sur l'apprentissage social, l'accompagnement des entraîneurs. Souvent, on met beaucoup de pression à ces entraîneurs-là pour être en mesure de tout faire. On accorde beaucoup d'importance aussi à la santé mentale des athlètes, mais très peu à la santé mentale des entraîneurs. D'être capable d'avoir une personne qui peut t'accompagner, qui peut répondre à tes questions, qui peut parfois aussi partager les soucis que tu peux avoir en fonction des situations que tu rencontres. T'es capable de gérer le stress, t'es capable de gérer ton temps aussi — c'est très prenant comme métier. T'es capable de naviguer toute la complexité, l'aspect chaotique du coaching. C'est quelque chose de super important.
Ultimement, si je résume : c'est une intervention sur le terrain, c'est un processus, c'est un processus social qui est basé sur des valeurs humaines. Ultimement aussi, ça va être très prenant, mais il faut que quelqu'un soit dans ton coin pour être capable de t'épauler.
François : Quand tu parles d'avoir quelqu'un dans ton coin, un concept qui me vient à l'esprit en ce moment, en lien avec la mission Artémis II qui a fait le tour de la Lune pour ceux qui n'étaient pas sur Terre, tu parlais de ça, l'astronaute Christina Koch — si je dis bien son nom — elle parlait de ce que ça leur avait aidé à réaliser c'était quoi avoir un crew.
On la sollicitait souvent, on disait : « Hey, parle-nous un peu de c'est quoi faire partie d'un crew. » Puis là, j'ai utilisé le terme « équipage », mais quand je dis « équipage », je renvoie vraiment à l'idée d'un crew. Puis ça m'a fait penser un peu aux entraîneurs, de se dire : « Hey, c'est quoi ton crew? » Et tu sais, ton crew, pour moi, ton équipage, c'est les quatre à cinq personnes qui sont dans ton coin au quotidien. Et je pense que ce que tu viens de dire là — c'est un processus social, un, parce qu'on est toujours en interaction avec les autres. Mais aussi, toi, si tu veux optimiser ta performance puis naviguer la complexité du travail, il faut que tu sois soucieux de ton équipage, puis de qui tu as dans ton coin.
C'est important parce que ça peut être très solitaire comme emploi. Tu as dit « prenant » — puis ça, c'est peu dire. C'est solitaire, mais si tu as un crew, tu as un équipage. Et un équipage, ça peut être, pour plusieurs entraîneurs, la conjointe ou le conjoint. Pour d'autres, ça va être un conseiller au développement des entraîneurs que tu as dans ton coin. Ça peut être un autre entraîneur que tu as dans ton coin. Mais des fois, le DG ou le directeur général ne peut pas être dans ton coin, de par la dynamique organisationnelle, le timing des contrats, ces choses-là. Des fois, ça va être l'entraîneur de la défensive si t'es au football, parce que tu as une bonne chimie avec l'entraîneur de l'offensive, puis vous êtes capables de vous relancer. Mais moi, ce que j'inviterais les entraîneurs à faire, c'est d'identifier justement ces trois à quatre éléments de ton crew, de ton équipage.
François : C'est une réalisation que je faisais justement aujourd'hui en préparation. Pour revenir à la complexité que tu as nommée, une chose intéressante que tu mentionnes dans l'avant-propos — qui va aussi dans le sens où le sport s'en va — c'est que tu es un auteur qui dit essentiellement que les gens n'ont pas besoin de plus de données. Ils ont besoin de meilleures idées. Moi, je suis curieux de savoir qu'est-ce que ça veut dire concrètement pour un coach. Parce que dans la complexité, on ajoute des données, on ajoute de la technologie, on ajoute des intervenants, on ajoute plein de choses. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement pour un entraîneur selon toi? Et qui devrait se sentir concerné par ce message?
Xavier : L'exemple ou l'anecdote qui vient en tête, c'était quelque chose qui était partagé par un entraîneur sud-africain, Rassie Erasmus — ou Pally Hopton, selon la personne qui t'a rapporté l'anecdote. Il mentionnait que dans un des processus d'embauche qu'il avait vécu, il avait été interviewé pour un poste avec une équipe de cricket, probablement une équipe professionnelle en Inde ou en Asie du Sud-Est. Sur le comité, il y avait Sir Clive Woodward, qui a été le sélectionneur de l'équipe anglaise de rugby quand ils ont gagné la Coupe du monde en 2003. Puis ça a été quelqu'un qui a été réputé pour amener des experts à travailler avec lui — un expert au niveau de l'entraînement, de la vision, les préparateurs physiques. Donc toutes ces experts-là peuvent arriver avec leurs connaissances, leurs expertises, peut-être leur technologie, puis les données qui vont être associées avec ces technologies-là.
Comme entraîneur, si t'es un chef d'orchestre, ça peut être assez facile de te sentir un peu inondé de données au quotidien. Ça, c'est sans compter les gens des communications qui peuvent te faire ton briefing au quotidien, ou quand tu regardes les médias sociaux, ou que t'es interpellé par les gens dans la rue.
Quand il a passé son processus d'entrevue, il s'est fait poser la question : « C'est qui qui est dans ton staff? » Cet entraîneur-là a dit : « Personne. Moi, j'ai juste besoin des athlètes, des joueurs dans l'équipe. Je vais avoir plus d'avantage d'accès à toute l'expérience de ces joueurs-là. C'est tout ce que j'ai besoin. Je n'ai pas besoin d'un préparateur physique qui vient se greffer au groupe, d'un nutritionniste et tout ça. » Après ça, tu dis que c'est une relation de coaching, tu évolues dans un univers social, c'est dynamique, complexe. Et si tu es capable de présenter une vision à ces joueurs-là, à laquelle ils adhèrent, que le projet que tu leur proposes est motivant, qui implique leur curiosité et qu'ils décident d'embarquer — tu n'as pas besoin d'avoir toutes ces données-là. Tu as réussi à mettre dans leur tête une idée de ce qui est possible d'atteindre. Après ça, tu mets en place des expériences, tu mets en place différentes thématiques pour réussir à atteindre ton objectif.
Pour moi, si je remets le coach en son rôle de chef d'orchestre, qui va créer des expériences, un environnement, et qui a besoin d'avoir avec lui le buy-in des joueurs — j'ai peut-être besoin de moins de données que je pense. Si je suis capable d'avoir des interactions honnêtes et authentiques au quotidien avec eux, je suis plus dans cette prémisse-là.
François : Ce que tu dis là me parle parce que rassembler les gens autour d'un projet — rassembler autour d'une vision, de quelque chose que tu bâtis, que tu construis, vers lequel tu avances pour que les gens se sentent concernés par la cause — c'est un élément essentiel pour engager les gens dans une pratique délibérée. Mais ce que tu proposes, ça va un peu à l'encontre des courants modernes — il en a plus des spécialistes, et toutes les équipes devraient avoir un biomécanicien. Des fois, trop c'est comme pas assez. Ce que tu proposes, est-ce qu'on devrait épurer un peu le processus du coach et de l'environnement?
Xavier : Je vais te donner un autre exemple. Il y a quelques années, quand j'étais responsable de la préparation physique avec l'équipe de football ici au Vert et Or, on avait considéré l'intégration d'un logiciel qui nous aiderait à automatiser un peu la création des programmes d'entraînement. Tu te dis en plus : je vais pouvoir rentrer mes données dans la plateforme, je vais pouvoir faire du suivi. Puis on ne l'a jamais fait.
En fait, quand j'étais là, on ne l'a pas fait à cause d'un seul commentaire d'un des capitaines qui dit : « Si on a les programmes sur nos téléphones et qu'on doit rentrer les charges qu'on utilise, les gars vont être individualistes, ils vont être sur leur téléphone dans la salle de musculation. On est bien avec papier-crayon, ça garde ces interactions-là. »
Dans mes programmes, je vais en faire moins, mais je vais essayer de responsabiliser les athlètes pour qu'ils prennent en charge cette habitude-là, de faire des suivis eux-mêmes, de le faire par écrit. Je peux avoir toutes les données — des données de sauts, des données de quantification, la perception d'effort et tout ça — mais ultimement, c'est aussi valide si j'ai une conversation avec la personne qui me dit comment elle se sent, pendant la séance, qui me dit : « Regarde, je me sens un petit peu moins bien aujourd'hui. » Je n'ai pas nécessairement besoin de plus de données. Mais si j'ai cette relation-là avec cette personne-là, j'ai l'information dont j'ai besoin.
François : Et tu vois, tu parlais de l'automatisation, ça m'a renvoyé tout de suite à l'intelligence artificielle. Et j'ai l'impression, ton histoire semble valider un peu mon impression — puis j'aimerais que tu me corriges et que tu commentes là-dessus évidemment. Ça va être de plus en plus facile d'avoir des idées. Pas nécessairement des idées avec un grand I — des idées qui sont régurgitées par l'algorithme, des idées génériques. Et je ne suis pas en train de dire que je suis contre les idées générées par l'IA, je l'utilise à tous les jours ou presque. Mais mon point avec ça, c'est que ça va être facile d'avoir des idées, mais des fois, ce qui va être le plus important chez l'entraîneur, ça va être de discerner les conséquences positives et négatives de l'idée que tu as eue.
Et le lien avec ça, c'est que ça semble être une bonne idée de dire : on va mettre les programmes automatisés sur le téléphone. Mais comme un de mes collègues aime le dire, c'est une fausse bonne idée. Sens que comme ça a l'air d'une bonne idée, mais quand tu y penses, ça ne fait pas de sens. Bravo aux capitaines, un, d'avoir dénoté ça. Et je peux très bien le voir : oui, OK, ça va être sur leur téléphone, ça va être individualiste, ça va être ouvrir des applications qui n'ont pas rapport. Ça va diminuer la culture. Mais c'est là que je pense que la valeur de l'entraîneur-chef — puis ça va m'amener à ma prochaine question, Xavier — ça va être de discerner, en fonction de son expérience, puis en fonction de ses connaissances théoriques, c'est quoi les conséquences positives et négatives de toutes ces idées-là. Parce que générer des idées avec ChatGPT, Claude ou Gemini, ce n'est pas un enjeu. Générer des idées qui sont prises à gauche et à droite non plus.
C'est là que tu me parlais au départ de la notion d'expérience, puis de la valeur de l'expérientiel. Mais moi, je suis curieux de t'entendre — comment est-ce qu'un coach doit naviguer l'empirique et les connaissances expérientielles? Parce que d'un côté, il y a une prolifération de la science, des données, des connaissances scientifiques, et du contenu. Il y en a à gauche, puis à droite. Et des initiatives pour le développement des entraîneurs, il y en a à gauche, puis à droite.
Fait qu'on peut aller chercher ça. Mais toi puis moi, et plein de monde, on sait que l'expérientiel a bien de la valeur. Juste l'exemple que tu as donné tantôt avec l'athlète, de travailler avec elle, ça t'a fait réaliser des choses. Et moi, j'aimerais aussi qu'on aide les coachs un peu à naviguer ça. Parce qu'il en a qui se sentent bombardés, il en a qui sont comme : « Ben, mon expérience c'est de la valeur. » Après ça, ils disent : bref. Un peu tout ça qui se bouscule dans ma tête quand je pense à comment progresser comme entraîneur.
Xavier : Comment je peux le dire... Ce que tu viens de mentionner, un des articles qui me vient en tête, c'est celui de Marco Sullivan, qui mentionne — j'ai juste le titre, mais tu sais — qu'il n'y a pas de copy and paste. Tu ne peux pas copier et coller ce qui se fait dans un contexte ou dans un milieu et essayer de le transposer dans l'autre. Tu dois être capable de faire une analyse honnête et juste : c'est quoi ton contexte, quels sont les objectifs que t'as, c'est quoi les ressources — le matériel, le financier, l'humain — que t'as à ta disposition, avec qui je travaille. Et après ça, essayer de déterminer, OK, si j'ai trois ans pour atteindre un objectif, quels sont les objectifs qui sont réalisables à l'année 1, puis par la suite d'essayer d'ajouter une couche supplémentaire aux différents processus que tu as comme entraîneur.
Un des pièges, je pense, c'est d'essayer de copier-coller, de ne pas avoir une réflexion critique sur est-ce que c'est réalisable, est-ce que c'est — comme tu le mentionnais — quelles sont les conséquences, si c'est positif ou négatif. D'essayer d'implanter une nouvelle technologie dans l'entraînement ou une nouvelle façon de faire — si j'essaie, disons, de faire de l'apprentissage différentiel, d'essayer plein de trucs qui sont très peu reliés à la pratique de mon sport, et qu'on me dit : « Oui, mais tu vas être capable de solliciter des apprentissages » — c'est quoi la réception que ça va avoir de la part des athlètes qui sont peut-être habitués à une certaine manière de faire, parce que ça a été la culture de l'organisation, la culture du sport?
Si c'est trop de nouveautés, peut-être que ça va être super bien accueilli, peut-être que ça ne sera pas. C'est là, je pense, des fois de créer une culture — si tu présentes une idée, tu y vas une étape à la fois, puis c'est vraiment une question de processus. À un certain moment donné, tu vas ressortir un résultat positif — voici la justification de comment, qu'est-ce qui en découle de ce qu'on a voulu mettre en place. Et là, ça devient intéressant de partager des succès et des échecs aussi comme entraîneur, d'être très humble et de dire : « Mon but, c'est de vous amener à vous dépasser, de vous amener à être meilleur. Ça demande qu'on expérimente, ça demande qu'il y ait des situations où on va peut-être vivre des échecs — ça fait partie du processus. »
Et après ça, la notion d'expérience, c'est des coachs qui disent : « J'ai tant d'années d'expérience. » Moi, je pense que oui — la citation dit que l'expérience est le meilleur professeur parce qu'elle donne l'examen avant la leçon. Je pense qu'il y a beaucoup à apprendre de par l'expérience. Si tu ne te mouilles pas, tu ne pourras pas avoir d'apprentissage. Si je ne suis pas entraîneur, si je suis étudiant en sciences de l'activité physique, si j'ai un désir d'aller faire carrière comme coach, mais que j'ai toujours une certaine crainte à essayer des trucs ou même à aller coacher et à vivre des échecs, je ne serai pas en mesure de progresser et de faire une carrière là-dedans. Il faut que tu sois capable de te mouiller un petit peu, puis après ça, tu prends un pas de recul. Finalement, ce que j'ai essayé de faire aujourd'hui n'a pas marché. Pour quelle raison? J'ai peut-être essayé un petit tweak, et après ça, je le réessaie à la séance suivante. Parce que quand même, il y a peut-être des aspects d'un éducatif ou d'une nouvelle pratique que j'ai voulu mettre en place qui ont été positifs, mais qui demandent juste à être peaufinés. Après ça, la deuxième fois, qu'est-ce qui a mieux fonctionné? Et ainsi, tu suis le processus.
Tu fais des petits ajustements au fur et à mesure. Éventuellement, si ça fonctionne, tant mieux. Et éventuellement, si ça fonctionne pas, peut-être que c'est toi qui vas l'avoir réalisé, peut-être que ça va être des commentaires de la part de tes adjoints, peut-être que ça va être des commentaires de la part des athlètes eux-mêmes. Et après ça, bien, je prends en considération ces différentes sources d'information-là pour prendre ma décision, en fonction aussi de l'objectif que je veux atteindre.
François : C'est là que la diapositive que t'as en tête te parle. C'est d'un article de John Kiley. Qu'est-ce qui t'amène à ton processus de décision? Tu as ce que toi tu penses comme entraîneur — c'est quoi ta philosophie, c'est quoi tes valeurs. Après ça, quelles sont les sources d'information que tu vas recueillir de manière objective? Puis après ça, de manière longitudinale. Des fois, OK, j'ai un résultat, j'ai quelque chose qui déclenche, et après ça, tout ça combiné ensemble, triangulé, doit être en mesure d'orienter l'entraîneur dans la prise de décision.
Xavier : Oui. Et puis tu parlais des sources d'information, d'aller en voir plusieurs, puis d'en avoir longitudinalement — donc d'en avoir plusieurs et d'en prendre à travers le temps. Est-ce que tu faisais référence tout à l'heure à ta réflexion critique, à venir critiquer ton expérience que tu fais? Est-ce que c'est un peu ça la première étape?
François : Oui, et je suis curieux juste de donner une première étape, un premier plan d'action si on veut, pour que les entraîneurs passent à l'action.
Xavier : La première étape, c'est d'avoir cette volonté d'essayer. Pour moi, c'est d'être capable de te mouiller. De dire : regarde, il y a quelque chose que je veux changer dans ma pratique. Il y a une situation qui crée un certain inconfort, une certaine posture où je suis un peu en déséquilibre. Je ne suis pas confortable. Je vais essayer quelque chose.
Après ça, d'être capable de prendre un pas de recul, de faire une analyse honnête de ce qui s'est passé, de bien le contextualiser. De dire : voici ma situation, voici ce que j'essaie de mettre en place, j'expérimente. Une fois que l'expérimentation est terminée, je prends mon pas de recul. Qu'est-ce qui a bien fonctionné, qu'est-ce qui a moins bien fonctionné? Puis d'essayer de comprendre pourquoi — pas juste rester en surface et décrire ce qui s'est passé dans la séance, mais de questionner ultimement pourquoi tu l'as fait, c'est quoi les principales raisons qui ont guidé cette volonté d'expérimenter. Et après ça, d'analyser ce qui a bien fonctionné, ce qui a mal fonctionné, ce qui peut être ajusté. Et par la suite, c'est quoi la prochaine étape? C'est quoi la deuxième étape de cette expérimentation-là? Et après ça, ça devient une boucle cyclique. Souvent, la pratique réflexive, tu vas la voir en un seul cycle, mais après ça, tu continues.
Puis, quels sont les autres facteurs qui viennent influencer ton processus réflexif? J'identifie une situation problématique, je suis capable de la contextualiser, voici ce que je mets en place, puis après ça, je fais des évaluations. What's next? Et après ça, tout ça est nourri par toi, tes connaissances qui évoluent comme entraîneur. Après ça, la nouvelle information, les nouvelles idées de la part des joueurs, de la part du staff. Peut-être des trucs que tu as vus dans tes formations, peut-être des trucs que tu as vus sur les médias sociaux. Et après ça, c'est de faire des connexions. C'est un des articles de Penney Werthner et Pierre Trudel, qui sur la nouvelle conceptualisation de l'apprentissage, dit que ce n'est pas d'accumuler plus de connaissances, mais c'est d'être capable de faire de meilleurs liens entre ces différentes situations-là, entre les émotions, ce que tu as vécu et tout ça. C'est beaucoup là-dedans que je m'intéresse dans le DESS dans lequel je suis en train de travailler avec d'autres collègues. C'est pas juste d'avoir des hybrides. C'est d'être capable de créer des liens entre les différents cours et entre les différentes activités pédagogiques qu'on veut mettre en place. Mon collègue, mon supérieur immédiat, dirait : « Comment tu les mets en dialogue, ces différents cours-là? »
François : C'est riche. Ce que j'entendais, c'est de penser un peu plus comme un ingénieur. On fait une expérimentation, on documente ce qui s'est passé, on regarde comment on va passer à l'action différemment la prochaine fois, puis on recommence. Et je pense que ça, ça devient important.
Mais là, on parlait des connaissances expérientielles et d'apprendre de ça. Si je flippe un peu le scénario — et c'est sûr que je parle souvent à des entraîneurs qui sont plus intéressés par la science qu'à la moyenne — pour un entraîneur qui veut se rapprocher de la science sans retourner aux études, c'est quoi la meilleure porte d'entrée, ou les meilleures portes d'entrée selon toi?
Xavier : J'essaierais d'aller chercher une certaine expertise en fonction du domaine qui m'intéresse. Si, admettons, je suis un entraîneur dans un sport à dominance technique ou artistique, il y a peut-être un aspect biomécanique qui pourrait être intéressant. Donc, j'essaierais d'aller chercher une ressource qui a cette expertise-là, ou de passer par un organisme, que ce soit les institutions nationales du sport ou les institutions plus régionales, les centres régionaux qui peuvent me mettre en contact avec une personne qui a cette expertise-là. D'après ça, d'essayer de voir : c'est quoi la situation qui mérite notre attention? Est-ce que c'est vraiment de la biomécanique? Est-ce que c'est plus de la physiologie? Et après ça, d'avoir une approche plus scientifique, avoir une certaine hypothèse, puis par la suite, d'essayer de mettre quelque chose qui a vraiment de la validité écologique. Je pense que la validité écologique est quand même très importante — c'est de considérer le milieu dans lequel la performance se crée.
Là-dessus, je me ramène à un article de Brian Gearity et ses collègues sur la sociologie de la préparation physique, qui disait de toujours considérer que l'environnement dans lequel beaucoup d'études ont été réalisées, et les conclusions de ces études-là qu'on essaie de transposer dans le milieu d'un entraîneur, sont deux mondes différents. L'un est contrôlé, qui essaie d'isoler certaines variables et d'aller identifier une relation de cause à effet. Dans le milieu du coaching, c'est dynamique, c'est complexe, c'est évolutif, c'est social. Il y a des interactions entre plusieurs facteurs.
Ça vient difficile de dire : « Je vais isoler un truc, je vais le faire ressortir, je vais essayer de l'étudier. » Si je suis un coach qui m'intéresse à l'aspect scientifique, qui essaie de ramener la science, ce serait de faire un examen de : OK, est-ce que c'est vraiment ça que j'ai besoin? Comment est-ce que ça peut vraiment m'aider? Faire une analyse approfondie de mes besoins, de déterminer : OK, c'est une lacune, j'ai besoin d'avoir l'expertise d'une personne dans tel domaine, comment elle peut venir m'aider. D'être quand même très sélectif, rigoureux dans le processus qui m'amènerait à intégrer un certain domaine des sciences du sport dans ma pratique.
François : Ce que j'entends de ce que tu dis aussi, c'est qu'on revient à ce que tu disais tout à l'heure. On minimise peut-être le staff régulier, mais sur demande, on va voir des spécialistes en fonction des problèmes qui sont devant nous. T'as utilisé un terme intéressant que je pense qui a plein de sens, mais que j'aimerais qu'on définisse pour les besoins de la cause. Quand t'as parlé de validité écologique, qu'est-ce que tu veux dire par là?
Xavier : Je dirais que la validité écologique, c'est ce qu'on est en mesure de mettre en place comme intervention, d'obtenir des résultats, et d'être capable de le concrétiser sur le terrain. Est-ce que c'est quelque chose qui est envisageable de transposer sur le terrain? Pour moi, en préparation physique, ça peut se traduire par un certain nombre de tests pour évaluer différentes qualités physiques ou différentes filières énergétiques. Il y a peut-être des fois des choix que je vais faire qui sont discutables sur le plan scientifique, mais qui sont appropriés pour la réalité du terrain.
Par exemple, avec un programme sport-études avec qui je travaille en ce moment de manière ponctuelle, on a mis en place une batterie de tests physiques hors glace. On peut débattre de la validité scientifique de certains choix qu'on a faits, mais nous autres, la contrainte c'est : on a 70 jeunes hors glace, on a trois heures pour faire des tests. Voici aussi l'équipement auquel on a accès. Voici la logistique de la séance. Ça a guidé nos choix aussi, nos choix méthodologiques. C'est pour ça que je vais essayer de faire des fois une distinction entre : oui, c'est valide scientifiquement, mais ça ne se transpose pas sur le terrain. Des fois, je dois avoir tendance à privilégier la validité écologique parce que ça fait du sens pour moi comme praticien sur le terrain.
François : Ben oui, en bout de ligne, c'est ça le but parce qu'on est testé et on est évalué dans notre performance sur ce qui se passe sur le terrain.
Dernier volet, dernier segment — je veux revenir sur ton livre. Bravo pour tout le temps que tu as pris pour vulgariser des concepts qui sont complexes et les rendre accessibles aux entraîneurs. Et moi j'aimerais savoir : est-ce qu'il y a peut-être deux ou trois chapitres, ou un chapitre, qui a été plus challenging à écrire, et durant lequel tu as peut-être fait des réalisations un peu plus profondes que ce que tu avais fait auparavant? Ce que j'aime, moi, du processus d'écriture, c'est que ça te force à mettre tes idées en ordre, ça te force à donner un sens à tes idées. Et je serais curieux de savoir — c'est quel chapitre qui t'a vraiment piqué ta curiosité, t'a challengé, t'a amené à réaliser des choses que tu n'avais peut-être pas réalisé auparavant?
Xavier : Bonne question. Je dirais que ce serait le chapitre où j'ai abordé des concepts d'acquisition d'habiletés et d'apprentissage moteur. Je dirais qu'il y a deux grandes écoles ou deux grands courants de pensée. Tu as l'approche un petit peu plus cognitive, où on considère le cerveau comme étant très similaire à un ordinateur — tu as ton input, tu as ton processus d'information, ton stage intermédiaire, ton output, ta réponse motrice. Après ça, l'autre grand courant, c'est tout ce qui est au niveau de la psychologie écologique — cette relation entre l'organisme, qui est le humain, avec les contraintes au niveau de la tâche à réaliser, puis par la suite les contraintes reliées à l'environnement. Et comment l'interaction de ces trois contraintes-là va permettre un mouvement qui est émergent. De cette optique-là, il n'y a pas de bonnes réponses. La réponse est quasiment individuelle en fonction de l'interaction entre ces trois facteurs-là.
D'essayer de mettre ça de façon simple et facile à comprendre pour des entraîneurs, ça a été un beau défi parce que ce n'était pas mon champ d'expertise. Fait que là, je m'aventurais dans un domaine où j'avais un intérêt. J'avais fait des lectures, et après ça, d'essayer de décortiquer la littérature, c'était quand même un beau défi. J'espère que les gens qui ont une expertise en apprentissage moteur vont peut-être me permettre de faire certaines mauvaises interprétations si je n'étais pas nécessairement directement dessus. J'espère que ça a permis au moins au coach de comprendre qu'il y a deux grands courants, que ce n'est pas l'un qui est meilleur que l'autre ou l'un au détriment de l'autre, mais comment les deux peuvent se nourrir l'un et l'autre.
Je peux comprendre qu'il peut y avoir différents stades où un mouvement au début va être plus saccadé, parce que j'explore un peu. Je ne suis pas tout à fait à l'aise avec mon corps, avec ce que je dois faire. Éventuellement, avec la pratique, ça devient plus automatique comme réponse motrice. Et après ça, comme coach, ce n'est pas nécessairement de toujours faire les mêmes répétitions. Des in, des out aux entraînements, mais d'ajouter cette variété-là. D'être capable de jouer avec les différents paramètres, de comprendre : OK, bien, dans ce moment, ce que je fais est peut-être plus associé avec un courant. Puis là, quand j'explore davantage, que j'ajoute la variété, que j'ajoute une espèce de...
François : Randomness?
Xavier : Randomness, oui — de l'aléatoire dans ce que je vais faire, au niveau de comment une répétition ou un mouvement doit être exécuté. Là, je suis peut-être plus en lien avec un autre courant et comment les deux se nourrissent. Fait que ça a été un des chapitres les plus challenging à mettre sur papier et à construire une trame narrative.
François : Si les gens ont des critiques sur ce que tu as fait, ils auront juste à écrire leur propre livre. Moi, c'est ce que je leur dirais. Mais de deux, c'est là la valeur aussi du livre — qui renvoie aux commentaires du conseiller au développement des entraîneurs que j'ai mentionné au départ. Où est-ce qu'on peut autant toucher à la culture, aux commentaires de coachs, d'accompagnateurs de coachs dans mon cas, mais aussi toucher au développement des habiletés. C'est là que je pense qu'il y a une belle valeur pour les conseillers au développement des entraîneurs et même pour les coachs qui veulent avoir une mise à jour de où est-ce qu'on en est à ce niveau-là. C'est une bonne base et un go-to si jamais tu en as besoin. Parce que c'est une chose d'aller écrire sur Internet, vouloir en savoir plus là-dessus. Mais des fois, de savoir que ça a été filtré par quelqu'un qui sait de quoi il parle, c'est déjà un bon point de départ. Ce n'est pas toi qui le dis, c'est moi qui te le dis. Je pense que ça a vraiment une belle valeur.
Justement, pour les personnes qui sont intéressées, qui voudraient se procurer le livre ou te contacter, on les envoie à quel endroit?
Xavier : Pour me contacter directement par courriel, ça va toujours me faire plaisir de répondre. Je pourrais partager l'adresse courriel pour que tu puisses mettre ça dans les notes de l'épisode. Sinon, le livre est disponible en trois formats — que ce soit la version imprimée ou numérique, soit EPUB ou PDF — sur la boutique en ligne de BookinBEC. C'est un livre qui a été produit en auto-édition. BookinBEC est un organisme qui aide à cette démarche-là. Les deux livres vont être disponibles à cet endroit-là.
François : Parfait, je vais mettre ton courriel dans la description de l'épisode, ainsi que les deux liens. Avant de terminer, Xavier, je t'enverrai peut-être le mot de la fin. C'est quoi le message avec lequel tu veux que les gens repartent en accrochant leurs écouteurs?
Xavier : Comme je l'ai répété à différentes reprises dans l'épisode, en ce moment le sujet qui m'intéresse le plus, c'est la notion d'expérience. De ne pas avoir peur, de ne pas craindre de se mettre dans une situation inconfortable, et de vivre ces expériences-là qui vont nous challenger comme professionnels, comme coachs. Ça fait partie justement du processus d'apprentissage.
Faire des erreurs fait partie de ce processus-là. Par la suite, si tu as la chance de vivre et d'œuvrer dans un milieu qui valorise le développement professionnel, tu comprends dans ce milieu-là que les erreurs font partie du processus. Les gens vont être en mesure de t'orienter et de te donner les rétroactions nécessaires pour que par la suite, tu puisses un, éviter de refaire ces erreurs-là, mais que tu puisses aussi apprendre de ces erreurs-là. Tu continues de grandir comme professionnel au niveau de tes connaissances, tes connaissances intrapersonnelles, et après ça, l'intérêt professionnel aussi.
Je reviens avec la définition d'un coaching efficace. Développer les quatre C : les compétences, le caractère, la connexion. J'oublie tout le temps le quatrième.
François : La confiance, je pense, c'est ça.
Xavier : La confiance, merci. Après ça, tu peux dire que tu as bien fait ton travail. J'ai développé mes connaissances, mes trois types, j'ai été en mesure de remplir au moins deux ou trois de ces quatre C-là, et d'identifier quels sont les écarts entre mes connaissances du moment et où est-ce que je veux être comme entraîneur. Et c'est après ça de trouver des opportunités de vie, des expériences qui vont être formatrices.
François : Et ce que tu dis là renvoie à la valeur d'expérimenter et de penser aussi comme un ingénieur. C'est-à-dire qu'on expérimente, on documente, et après ça on améliore un peu ce qu'on fait. On est plus systématique dans son travail. Là-dessus Xavier, merci beaucoup d'avoir été avec nous pour une quatrième fois, pour une bonne période de temps. Et pour tous les auditeurs et auditrices, je vous dis à la prochaine pour un autre épisode de Temps d'arrêt.