#149 : Hockey au Québec, coachabilité, alignement des attentes, développement et évaluations des joueurs et joueuses de hockey avec Vincent Huard Pelletier, Ph.D.

Baladodiffusion
April 13, 2026

Dans cet épisode, Coach Frank explore l'importance de responsabiliser les athlètes pour leur développement, en lien avec la communication et le silence lors des matchs. Il partage des stratégies concrètes pour créer un environnement propice à la prise en charge personnelle et à la performance durable.

Notes & sources

Notes de l'épisode

00:00 Introduction et attentes de l'entrevue

06:03 L'importance de l'équilibre dans le sport

12:06 Parcours professionnel et curiosité intellectuelle

17:10 La cohabitation entre recherche et pratique

23:57 Alignement des attentes et évaluation des performances

33:22 Étude sur l'environnement de développement au hockey féminin

39:55 Définir la coachabilité

45:18 L'importance de la communication dans le coaching

52:41 Messages clés pour le développement sportif

01:00:23 Introduction au Coaching et au Hockey

01:01:49 Le Parcours de Vincent Huard Peltier

01:03:15 Engagement et Éthique dans le Coaching

Transcription

François : Bienvenue à Temps d'Arrêt — officiellement, même si la conversation a déjà bien commencé. Raconte-moi un peu comment quelqu'un qui a commencé en diététique au Cégep Limoilou se retrouve aujourd'hui à faire de la recherche sur le développement des joueurs et des joueuses au hockey et à contribuer à la préparation des Saguenéens de Chicoutimi en série. C'est quoi le fil conducteur de la technique en diététique jusqu'à ce que tu fais aujourd'hui dans tes recherches et dans ton travail professionnel?
Vincent : Le fil conducteur, je te dirais que s'il avait à me remettre dans le temps à faire un saut de 10 ans en arrière, je n'aurais pas été capable de dire c'était quoi le fil conducteur. Je ne suis pas le genre de gars qui planifie à long terme sa carrière professionnelle. Je suis tombé en amour avec le sport peut-être à l'âge de 10 ans. J'étais un petit intellectuel qui faisait zéro activité physique, qui n'était pas vraiment en santé et qui était gêné. J'ai découvert le hockey grâce à mon petit frère qui avait commencé à jouer.
Ça m'a permis de me développer en tant que personne, de développer ma persévérance, mes habiletés en communication et de devenir vraiment plus en forme. Donc, j'ai poussé dans le sport à l'adolescence avec les moyens du bord. Je n'étais pas encadré, mais j'ai eu beaucoup de plaisir. Rendu au cégep, quand c'était le temps de choisir mon programme, je me suis dit : l'aspect alimentaire, c'est quelque chose qui est souvent négligé dans le sport, et je pense que c'est une pièce essentielle au succès. Donc, je vais aller l'étudier en diététique. Je trouvais que c'était le fun. En sortant de la technique, je n'étais pas super satisfait des débouchés d'emploi. Je trouvais que les conditions de travail étaient très ordinaires. Donc, j'ai dit, pourquoi pas aller approfondir l'aspect physique relié au sport? Donc, j'ai fait mon bac en kin à Trois-Rivières.
J'ai fait un stage avec Alexandre Leduc en sport-études au Séminaire Saint-Joseph. J'ai adoré. Mais je trouvais qu'il me manquait vraiment de connaissances et que je n'avais pas vraiment encore... J'avais appris à l'école, mais je suis vraiment un cas très curieux. Ce n'était pas encore assez pour moi. J'ai décidé de faire ma maîtrise. Par la suite, mon doc au laboratoire de recherche sur le hockey à l'UQTR avec Jean Lemoyne. On a à peu près fondé ça ensemble. Ça nous a permis de travailler avec les programmes d'excellence des équipes de Québec. J'ai vu qu'il y a vraiment un intérêt pour améliorer le développement de nos joueurs québécois, un intérêt dans les médias, des joueurs, des intervenants — donc un peu tout le monde. En recherche, c'était plus ou moins développé. On a mis beaucoup de temps là-dedans. Ça m'a amené à la fin de mon doctorat. J'ai donné mon nom pour travailler à l'UQAC parce que je voulais travailler dans une région. Je suis un gars de région. J'ai été accepté.
Une fois rendu à l'UQAC, il y a un vice-recteur ici, Étienne Hébert, qui est psychologue. Il a déjà travaillé avec les Saguenéens. Il m'a référé à l'équipe, il a dit : en passant, ils cherchent un préparateur mental. Je connais quelqu'un qui pourrait peut-être faire le travail. On s'est rencontrés, ça a cliqué. C'est ça, je suis rendu préparateur mental pour les Sags de Chicoutimi, prof en éducation physique à l'Université du Québec à Chicoutimi. C'est pas mal ça.
François : Je retiens, si je reviens à la question du fil conducteur, c'est vraiment ta curiosité sur ton propre développement ou ta performance dans le sport. Il y a aussi — et ça me rejoint beaucoup — le côté pratico-académique, c'est-à-dire qu'il y a le côté intellectuel où tu veux en savoir plus, mais tu as comme le côté pratique de : je veux en savoir plus, mais je vais faire de quoi pour vrai on the side sur le terrain. Tu es au sport-études, tu fais ton bac, tu travailles un petit peu là-dedans. Et moi, je trouve qu'il y a de la belle valeur là-dedans parce que quand on est juste dans une place ou dans l'autre, il manque quelque chose. Qu'est-ce que tu trouves le plus excitant en ce moment de ce que tu fais?
Vincent : Je pense que c'est vraiment la cohabitation entre le milieu de la recherche et la pratique. Les moments où est-ce que je me sens le plus à l'aise, c'est quand je parle de recherche à mon monde de terrain ou je parle de terrain à mon monde de recherche. De faire le pont entre les deux domaines, je te dirais que c'est ce qui me passionne. Je pense que c'est une force pour moi, mais en même temps, ça devient un beau défi parce que quand je suis dans un congrès académique, quand je parle à mes pairs, des fois il va sortir une expression de hockey. Là j'ai l'air un peu du boy qui est dans le vestiaire. Des fois je parle à mes entraîneurs ou à des gens de hockey et je vais sortir un mot et je suis comme : ouf, ouais. Ça, c'était peut-être un petit peu trop poussé. On revient sur le plancher des vaches.
François : Mais en même temps, c'est incroyable les transferts que tu peux faire, puis il y a un cadre théorique justement qui parle de ça. Il y a de la belle valeur dans les personnes qui sont justement à la frontière entre les deux ou qui traversent d'un bord ou de l'autre. Ils parlent vraiment de frontières — donc imagines que tu as un cercle, c'est comme académique, tu as un cercle, c'est comme pratique. Et là, tu as comme la frontière entre les deux. Et là, de s'assurer de travailler là-dessus, c'est vraiment intéressant.
Vincent : Oui. Je le vis entre le pratique et l'académique, mais je le vis aussi à travers le psychologique, le physique, l'environnemental, puis le nutritionnel dans mes intérêts de recherche. Je suis tout le temps entre deux, trois chaises.
François : Il y a une belle valeur là-dedans, puis ça fait des liens avec ce que David Epstein dans son livre Range mentionnait — comment est-ce que les généralistes ont une belle capacité à analyser les tendances à travers différents domaines parce qu'ils voient un peu plus les facteurs. C'est quelque chose à laquelle j'inviterais tout le monde à regarder attentivement, puis je serais curieux d'avoir ton avis là-dessus, parce que je pense qu'on oublie des fois que quand on a une spécialité — que ce soit la nutrition, la psychologie, la kinésiologie, la biomécanique, peu importe — ben on a un marteau dans les mains, puis on a tendance à voir tout comme un clou. Des fois, d'avoir une perspective multidisciplinaire... et il y a beaucoup de gens qui sont spécialistes dans les domaines que je viens de nommer qui ont cette perspective-là, mais je le dis juste pour que je pense qu'on fasse tous le devoir de la garder. C'est important de s'assurer que des fois on a un tournevis, des fois on a un marteau. C'est aussi important pour les coachs puis les directeurs de club, les directeurs généraux, de s'assurer de s'entourer de personnes qui ont une perspective multiple, de ne pas juste prendre « Hey, j'ai mon préparateur mental, puis c'est mon gourou qui m'aide à tout gérer. »
Vincent : Oui, il y a cet aspect-là par rapport aux différents champs d'expertise, mais même, j'irais plus loin. Les sports bénéficient beaucoup de ce qui est fait dans d'autres sports. Par exemple, présentement, je suis en train de faire une revue de littérature sur les habiletés perceptivo-cognitives dans les sports d'invasion. Nous, notre but, au début, c'était de le faire sur le hockey sur glace. On s'est rendu compte qu'il n'y avait pratiquement pas de recherche là-dedans. Bon, prochaine étape, on regarde ce qu'ils font en soccer, en handball, en water-polo pour voir comment ils testent leurs joueurs et comment ils s'assurent qu'ils développent un game sense, si tu me permets l'anglicisme.
François : Et qu'est-ce que tu veux dire par habileté perceptivo-cognitive pour une personne qui n'a peut-être pas cette expression-là en main?
Vincent : Oui, dans le domaine du hockey, souvent ce qui se dit c'est ton hockey IQ. Donc, ton habileté à percevoir ce qui se passe autour de toi, de le traiter dans ton cerveau, puis de faire une action en réponse à ça, une action qui est positive au match. Donc, je vois qu'il y a une ouverture, alors je fais ma passe au joueur libre dans l'ouverture.
François : Et est-ce que c'est trop tôt pour te demander c'est quoi un peu les premiers constats qui ressortent de ce que vous avez trouvé à date?
Vincent : Je dirais qu'il est vraiment tôt. Ce que je peux dire, c'est qu'il y a très peu d'études qui s'intéressent aux tests terrain pour mesurer ces habiletés-là. Souvent, c'est des tests qui sont faits plus en neuropsycho — donc des tests où on va prendre notre souris puis cliquer sur quelque chose dans un écran parce qu'il y a un stimulus sur l'écran. Il y a des choses qui bougent, il faut choisir la bonne cible. Dans le monde réel, avec un ballon, avec une rondelle — très peu de tests s'y intéressent. C'est un peu ça qu'on veut pallier à travers ce projet-là. Comment on peut donner un outil aux entraîneurs pour mesurer les habiletés des joueurs à prendre de bonnes décisions sans acheter de matériel trop dispendieux dans le cadre de leur pratique sportive standard.
François : C'est super intéressant parce que justement, cette semaine, je lisais un livre sur l'analyse de la performance, et ça parlait de la valeur de se créer son propre modèle de performance. Mais si tu veux faire des tests, il faut aussi que t'aies ta propre conception de c'est quoi un bon lancer frappé, une bonne sortie de zone, peu importe. Pour pouvoir bien l'évaluer, il faut que tu aies ça en tête aussi. Et puis là, ma question c'était de dire : à quel point il y a des entraîneurs en ce moment qui ont réellement bien documenté leur modèle de performance? Parce que l'évaluation c'est bien, mais tu l'évalues en fonction de quoi. Puis là, si tu joues le 1-2-2 ou le 2-1-2 — je donne des exemples simples pour le hockey au niveau de l'échec avant — ben c'est pas nécessairement la même chose que tu vas évaluer, c'est pas les mêmes habiletés, les mêmes priorités.
Vincent : Je pense que ça part vraiment tout de là, la vision de l'entraîneur par rapport à c'est quoi une bonne performance. Je pense que ça vient vraiment dicter l'évaluation que tu fais de tes joueurs lorsque tu les as avec toi. Mais avant ça, le recrutement des joueurs que tu vas avoir, les valeurs de l'équipe, les particularités qui sont mises de l'avant par l'entraîneur — tu peux après ça pondérer tes résultats de scouting pour avoir des joueurs qui reflètent bien ces priorités-là.
François : Et selon ton expérience, à quel point le recrutement des joueurs, le modèle de performance, l'évaluation des joueurs en temps réel est aligné dans les organisations sportives, dans un club de hockey, dans un club de soccer, dans un club de basketball?
Vincent : De ce que je vois jusqu'à maintenant, je dirais que ça a l'air assez aligné de ce que j'ai vu présentement dans les organisations. Mais avec une faiblesse qui est quand même assez importante à mon avis : souvent, les termes ne sont vraiment pas clairs. On est assez vague. « Il faut jouer la game de la bonne façon. » Mais encore, c'est quoi tes indicateurs pour dire que tu joues la game de la bonne façon? Puis lorsqu'on s'en va dans les détails, c'est là où je trouve qu'il y a des divergences entre les entraîneurs, les organisations, les recruteurs. C'est vraiment dans le niveau de détails. Puis je pense que rendu à un certain niveau, ces petits détails-là peuvent devenir vraiment importants quand tu as un choix de première ronde à faire pour un repêchage, par exemple.
François : Oui, juste dans le coaching, si tu dis « jouer la game de la bonne façon », il y en a un qui peut entendre ça et dire : « OK, je vais être intense et je vais m'assurer que mon coup de patin, c'est bang bang bang, je patine fort. » Il y en a un autre qui dit : « Ah ben, je vais m'assurer d'être toujours du côté défensif de la rondelle pour être sûr de ne pas compromettre mon repli défensif, parce que jouer de la bonne façon c'est d'être responsable défensivement. » Fait que cet aimant-là, tu le nommes, mais c'est un peu comme quand on fait un exercice sur les valeurs.
Ou ce que Marilyn Langlois a nommé, je pense, dans l'épisode 118 — qui est une coach qui a gagné plusieurs championnats mondiaux en patinage artistique synchronisé — c'est important de nommer les choses, mais « jouer la game de la bonne façon », ça veut dire quoi? Et ça, l'exemple le plus facile, je pense, pour quelqu'un qui écoute ça, c'est quand les gens disent : « OK, une de nos valeurs, c'est le respect. » OK, mais le respect, ça veut dire quoi? Tout le monde s'entend que le respect, c'est important. OK, mais le respect, ça veut-tu dire qu'on respecte les origines des personnes, on fait pas de commentaires peu importe l'origine? Ça veut-tu dire, on coupe pas les autres? Ça veut-tu dire, il y a des gens qui peuvent poser des questions, puis on va pas rire d'eux autres? Concrètement, le respect, ça veut dire quoi? Moi je te renverrai la balle : ce serait quoi un langage qui est peut-être un peu plus approprié, un peu plus adéquat?
Vincent : L'exemple du respect, je le trouve parfait honnêtement, parce que j'ai été moniteur de terrain de jeu dans une autre vie. Et souvent, au début de l'année, on demande à nos jeunes c'est quoi les valeurs qui sont importantes — « le respect », tout le temps. Puis je trouve que pour un terrain de jeu, c'est fair. On parle quand même de jeunes qui ont de 4 à 12 ans. Ce niveau de détail-là, il n'est pas si grave. Quand on arrive dans du sport élite, justement — ça, c'est notre travail en préparation mentale, une partie de notre travail, c'est de s'assurer que les canaux de communication sont clairs entre l'athlète et les entraîneurs. La première chose que je vais dire aux joueurs, c'est que je t'encourage à poser vraiment des questions à ton entraîneur pour savoir qu'est-ce qu'il veut dire par ça. Parce que ça peut être une source de conflit qui est assez grande. C'est la divergence d'opinion entre le joueur et l'entraîneur, où le joueur pense qu'il fait quelque chose de bien, mais finalement, ce n'était pas ça du tout que l'entraîneur demandait. J'essaie de le ramener à des indicateurs qui sont concrets sur la glace ou en dehors de la glace, une action concrète. Je pense que quand on descend des valeurs à l'action praticable, souvent on réussit à se comprendre.
François : T'as un exemple?
Vincent : Pas crier. « Pas crier », c'est OK, c'est clair — il faut pas que je crie. Ou, il faut bien communiquer à l'intérieur de l'équipe. Bon, ben ça, ça veut dire tu insultes pas tes coéquipiers, ça veut dire tu vas essayer d'être le plus clair possible quand tu parles, tu vas poser des questions si tu trouves que ce que l'autre personne dit c'est pas clair.
Il faudrait que chaque conversation, ton but, ça soit d'améliorer les résultats de l'équipe sans jugement. Là, on est un petit peu plus clair. Esprit sportif, on s'entend, c'est vraiment important dans le sport, mais qu'est-ce que ça veut dire? Est-ce que ça veut dire que tu vas serrer la main de tes adversaires après le match? Que tu frapperas pas ton bâton sur la bande quand tu es frustré? Que tu vas essayer d'aider un coéquipier ou un joueur lorsqu'il est blessé? Que tu n'auras pas de mauvais mots contre les arbitres? J'improvise, mais de prendre un petit thème comme ça, c'est facile de sortir trois, quatre indicateurs concrets que tout le monde peut dire : « OK, ça, je peux le faire, je peux le mesurer. » Je sais que si j'agis de cette façon-là, ça va bien aller.
François : Ce que j'entends, c'est que c'est observable. Et tu t'en es très bien sorti avec ton improvisation. J'ai particulièrement aimé celle-là : la façon que je l'ai perçue, moi, c'était comme ta règle anti-potinage. Les gens — et potinage a d'autres termes pour ça, mais ça sera pour une autre conversation hors d'onde. Mais le point avec ça, c'est ce que t'as mentionné : chaque conversation, le but va être d'améliorer l'équipe sans jugement. Ben tu vas pas dénigrer tes coéquipiers, tu vas pas assumer qu'ils ont de mauvaises intentions. Tu rapportes une situation — est-ce que ça, ça va améliorer?
C'est comme quand moi j'étais coach au football universitaire, une des choses que je mentionnais à mes joueurs — puis j'avais pas aussi bien vulgarisé que toi tu viens de le faire — c'était de leur dire : je veux que tu sois positif. Puis là, il y a un de mes joueurs qui disait : « Ben coach, c'est pas tout le temps positif, je veux dire, à ma année, ça va mal, ça va mal. » J'ai dit : oui, je suis d'accord. Puis on va l'appeler Thomas juste pour les besoins de la cause — c'est pas son vrai nom. Mais je dis à Thomas : dis OK, mais pour moi être positif, c'est que si tu chiales, c'est quoi la solution que tu fournis? Ce n'est pas aussi bien dit que ce que tu as dit tout à l'heure, mais c'est un peu ça l'idée — tu fais une critique, parfait, on l'accueille, mais après ça, commente ce qu'on voit pour améliorer la situation. Si tu me proposes rien et tu me dis « ça, ça marche pas », OK, ça c'est pas constructif.
Vincent : Exact. Oui, puis je pense qu'en ayant des bases claires, ça facilite tellement les relations joueurs-entraîneurs, mais aussi parents-entraîneurs puis parents-joueurs. Parce que souvent — dans une autre vie, j'ai travaillé pour une agence de joueurs, puis j'avais comme un peu le mandat de gérer les conflits entre les parents, les joueurs et les entraîneurs, tu sais la triade athlétique — je me rendais compte que surtout lors des sélections, les points de vue des trois acteurs différaient tellement que c'est là où la moitié des problèmes arrivaient. Souvent, ces problèmes-là étaient là pour rattraprer lors de la sélection. Ils suivaient le joueur durant la saison. Même lorsqu'on parle de hockey, qu'on est dans une structure de son R1, son R5 — cette divergence d'opinion-là va suivre pendant tout le parcours du joueur. Le joueur se demande pourquoi, par exemple, il n'est pas sur l'avantage numérique. Il sent qu'il est bon, qu'il contribue offensivement. L'entraîneur dit : « Moi, c'est vraiment pas l'évaluation que j'avais de toi. Voici ce que moi je pensais. » Plus que ces divergences-là sont élevées, plus que les conflits étaient durs à ramener.
François : C'est là qu'il faut juste se parler, si on le simplifie. Je vois un peu à l'encontre de ce que tu as dit — des affaires claires et explicites — mais juste le fait de se parler, puis de voir un peu où est-ce que... OK, moi, est-ce que je me situe bien comme entraîneur, est-ce que je me situe bien comme athlète, comment est-ce qu'on voit la situation? Et là, de là, l'importance de clarifier les critères d'évaluation, parce que si les critères d'évaluation sont pas clairs, ultimement, c'est sûr que tu seras pas à la même place.
Là, t'as amené dans le sport un peu plus niveau développement. Merci beaucoup de la confiance — on a partagé une étude qui est en cours de révision en ce moment, que tu as pu envoyer à un journal scientifique. J'aimerais que tu me parles de l'étude que vous avez menée, toi et ton équipe, auprès des joueurs de hockey du Québec. J'aimerais que tu mettes les gens en contexte : c'est quoi un peu l'idée générale de ce que vous avez fait pour étudier l'environnement du hockey féminin, si je m'abuse.
Vincent : Oui, en arrivant à Chicoutimi l'hiver passé, ça a quand même bien tombé parce que la Coupe Chevrolet avait lieu au Saguenay–Lac-Saint-Jean l'année dernière. Je me suis dit, c'est vraiment une opportunité que je ne peux pas laisser passer. Je m'intéressais beaucoup au développement des joueurs et joueuses élites, mais il reste que c'est un très petit pourcentage du bassin de joueurs et joueuses totales au Québec. Donc, je me suis dit : ça ressemble à quoi, l'environnement de développement de ces joueuses-là? Est-ce que ça va bien? Est-ce qu'il y a des choses à travailler? Et est-ce que les perceptions des joueuses sur leur environnement vont avoir un effet sur leur satisfaction de leur développement? Donc, si je perçois que j'ai un bel environnement, est-ce que je vais être satisfait? Et est-ce que ça varie en fonction de mon calibre de jeu?
Est-ce que, par exemple, les joueuses élites vont percevoir plus positivement ou plus négativement leur environnement de développement? On pourrait croire qu'elles ont un meilleur environnement, mais aussi leurs standards sont peut-être plus élevés. Donc, je me posais des questions là-dessus. On a distribué autour de 500 questionnaires à la Coupe Chevrolet l'année dernière, à l'aide du TDQ, le Talent Development Environment Questionnaire.
Je pense que c'est un outil qui a été développé il y a une quinzaine d'années par Martindale. L'outil mesure cinq dimensions de l'environnement de développement. La préparation holistique — c'est-à-dire est-ce que j'ai un entraînement rigoureux qui est basé sur les besoins de l'athlète, ses nombreux besoins. Est-ce que j'ai un développement à long terme — donc la victoire est moins importante que le processus et le développement de mon potentiel. Est-ce qu'il y a une bonne communication — est-ce que c'est fluide, c'est fréquent entre l'organisation et l'athlète? Est-ce que j'ai un bon réseau de soutien — donc est-ce que j'ai accès à des professionnels comme en diététique, en préparation mentale, préparateur physique, etc. Et est-ce qu'il y a un alignement des attentes entre le joueur et l'entraîneur — donc moi, je m'attends à avoir telle utilisation, je pense que je vaux 7 sur 10 dans mon jeu offensif, est-ce que c'est similaire de la part de mon entraîneur?
Ce qu'on s'est rendu compte, c'est qu'il y avait vraiment deux aspects qui influençaient beaucoup la satisfaction des joueuses par rapport à leur développement et le fait de continuer à l'intérieur de l'appareil québécois — parce qu'on avait une question aussi là-dedans qui disait : est-ce que tu veux aller jouer aux États-Unis après, ou tu veux rester dans notre environnement? Les deux qui avaient le meilleur pouvoir prédictif, c'était la préparation holistique et le développement à long terme. Donc, est-ce que l'ensemble de mes besoins sont pris au sérieux? Est-ce que l'accent est mis sur me développer en tant qu'athlète?
François : Fait qu'on parle davantage de développement, pas juste de performance ponctuelle. Mais là, justement, je veux revenir à l'alignement des attentes parce que ce que j'ai lu dans l'étude, c'est que l'alignement des attentes semble significativement plus faible que les autres composantes. Qu'est-ce que ça veut dire ça? Puis si je suis un entraîneur-chef ou un directeur d'un club, qu'est-ce que je dois comprendre de ça?
Vincent : Oui, l'alignement des attentes, je dirais que c'est peut-être le sujet qui a aligné ma thèse, qui a directement dirigé ce que j'ai fait durant ma thèse. Justement, en travaillant pour une agence de hockey, la moitié des appels que j'avais, c'était : « Les gens ne m'évaluent pas à ma juste valeur », ou « les gens ne m'utilisent pas selon ce que je suis capable de faire, je sais que je serais capable d'en faire plus », ou « j'ai été identifié comme tel type de joueur mais j'aimerais sortir de cette boîte-là. »
Donc ce que j'ai fait, c'est que j'ai développé un questionnaire, puis je l'ai validé scientifiquement, qui permettait d'évaluer la compétence au hockey. Ce qu'on a découvert, c'est qu'il y avait six domaines de compétence au hockey. Pour te faire une histoire courte, on a pris 25 experts, on leur a demandé, dans un échange Delphi, les meilleurs indicateurs de ce qui était pour eux un bon joueur de hockey. On a fait une analyse qualitative de ça. Après, on a bâti un questionnaire, on l'a testé avec 1000 joueurs. Puis finalement, on est arrivé à la conclusion qu'il y avait 6 domaines de compétence au hockey : le patinage, l'implication physique, les habiletés offensives, les habiletés tactiques, la résilience et la coachabilité. Coachabilité en passant — je n'ai pas trouvé de très bon mot en français pour ça. C'est toi l'expert, donc je me demandais si tu en as trouvé un toi.
François : J'ai des anglicismes un petit peu partout dans mon travail, mais coachabilité... sais pas. La seule affaire, c'est comme réception au coaching, comme adaptabilité. Mais je pense que coachabilité, on peut se permettre l'anglicisme, honnêtement. Je voulais te demander un moment à qui vous avez parlé — vous avez parlé des entraîneurs, des directeurs généraux, des agents, donc 25 personnes. Il y a deux des dimensions qui m'intéressaient particulièrement, dont coachabilité. Qu'est-ce qu'on veut dire concrètement par coachabilité? C'est quoi que vous mesurez ou que les gens devraient regarder? Parce que moi, j'ai des entraîneurs avec qui je travaille qui me parlent de coachabilité. Des fois, c'est un point de frustration pour plusieurs personnes, comme : « Là, les boys ou les girls, il faudrait que vous soyez plus coachables. » Mais ça veut dire quoi être coachable? J'ai vu les gens sur ton comité de thèse — Jeffrey Caron, Véronique Boudreau, avec Jean Lemoyne — je me suis dit avec Jeffrey et Véronique, c'est sûr qu'ils ne t'auraient pas laissé quoi que ce soit dans ta thèse de pas défini. Comment vous l'avez définie justement, la coachabilité?
Vincent : Ça, c'est un gros défi. Je ne suis pas capable de te donner la définition exacte parce que ça fait quand même un an et demi, puis on dirait que ma thèse est rendue loin. La coachabilité — on avait trois items qui l'évaluaient. Il y a un des items qui était : « Je perçois les critiques de mon entraîneur comme une occasion de m'améliorer. » Donc ça, c'était quand même assez important comme facette. Ensuite, il y avait : « J'accepte le rôle que l'entraîneur m'a donné dans l'équipe » — donc j'essaie de comprendre et après ça de bien vivre, d'accepter la mission qui m'est imposée par l'entraîneur. Puis ensuite, il y avait « je soutiens mes coéquipiers ». Donc, si tu soutiens tes coéquipiers, que tu réagis bien au feedback et que tu acceptes ton rôle dans l'organisation, pour moi, ça serait une définition non officielle, mais acceptable de la coachabilité.
François : Ben vraiment, les thèmes que tu donnes là me font penser aux commentaires d'une athlète de niveau olympique qui disait — dans mon équipe, ce n'est pas tout le monde qui était super réceptif ou qui percevait le coaching de ma coach de façon positive. Mais le point de mon point, c'est dire : elle, ce qu'elle m'avait dit, c'est : « À mon avis, tu entends le commentaire, il faut que tu mettes le ton de côté, puis là tu te dis : OK, qu'est-ce qu'elle essaie vraiment de me dire là-dedans? Elle me dit qu'il faut que je plie plus mes jambes. Ben là, il faut que je retienne ça, puis je me concentre là-dessus. »
Je pense aussi que de mettre l'accent sur des éléments comme tu viens de mentionner, ça t'aide probablement à naviguer le milieu de la haute performance de façon plus saine, dans le sens que ça t'en fait pas trop avec le format de la livraison. Je suis en train de dire que le format de la livraison n'a pas d'impact sur ça, puis on devrait tous faire attention au format de la livraison de nos instructions et nos critiques, certainement. Mais en tant qu'athlètes, on a une part de responsabilité à filtrer un peu tout ça. Et aussi, comme tu as dit tout à l'heure, d'inviter les athlètes à poser davantage de questions. Parce que si je te dis « OK, il faut que tu plies plus tes jambes », ce n'est pas un bon exemple, mais tu dis : « OK, mais qu'est-ce que tu veux dire par là? Pourquoi? » Parce que si tu n'es pas capable de percevoir l'amélioration, comme tu le mentionnais dans l'item numéro 1, ben ultimement tu pourras pas t'améliorer autant. Tu as quand même un devoir et une responsabilité en tant qu'athlète à poser la question de clarification qui te permet de mettre ça en application.
Vincent : Oui, puis lorsque je parle à un athlète puis que ce genre de situation arrive, je dis : fais attention lorsque tu poses ta question du « pourquoi ». Parce qu'il y a plusieurs entraîneurs qui peuvent se sentir attaqués lorsque tu poses la question « pourquoi ». Ce n'est pas tous les entraîneurs qui aiment nécessairement se faire challenger. Moi, personnellement, c'est quelque chose que j'adore, mais je pense que ça fait partie du fait qu'en recherche, on se fait constamment challenger sur des sujets qui sont théoriques ou idéologiques ou même techniques des fois. Nous, ça fait partie de notre travail. Mais il y a plusieurs entraîneurs qui peuvent être un peu plus de la vieille école, plus directifs, plus autoritaires. Donc, je dis à mes joueurs aussi : c'est ta responsabilité de bien connaître ton entraîneur. Je peux t'aider à le faire un peu si tu as besoin. On va s'arranger pour que tu poses des questions d'une manière où l'entraîneur ne se sente pas en danger dans son travail non plus.
François : C'est très louable comme travail, mais moi je challengerais un peu ce que tu viens de dire. Je pense que c'est pratique ce que tu viens de dire là. Les athlètes devraient certainement prendre le temps de comprendre la personnalité de leur coach et tout ça. Mais ultimement, je pense qu'on devrait idéalement arriver à un monde où est-ce que tous les coachs sont prêts à se faire challenger. Puis je reviens un peu à ce que tu as dit tout à l'heure — on parlait de l'alignement des attentes. On devrait tous les deux être à la même place. On va aussi dans d'autres travaux qui parlent des modèles mentaux — à les partager, à avoir la même compréhension du système de jeu. Mais pour ça, il faut que je te challenge.
Par contre, ce qui des fois peut être gossant, autant dans des groupes de travail que dans des équipes sportives, il y a des moments pour poser des questions et challenger le système. C'est pas en plein milieu de la troisième à la game numéro 7, la finale de la Coupe Stanley, pour prendre un exemple facile. C'est quoi les moments pour poser ces questions-là? Puis là, j'ai un scénario aussi dans le travail parce qu'à un moment donné, on avait un projet. Ça faisait un an qu'on travaillait sur le projet. Puis là, il y avait une période de critique du devis, puis de la façon dont on allait faire. Puis là, une personne, 9 mois plus tard, arrive vraiment et dit : « Là, ça, ce qu'on a décidé là, ça marche pas. » Mais t'étais où comme il y a 9 mois quand on a demandé des rétroactions? Fait que mon point avec ça, c'est que je pense qu'un, je veux challenger les coachs qui écoutent à dire qu'on devrait être confortable à se faire challenger. Par contre, il y a une responsabilité partagée où il faut quand même choisir les moments pour challenger les choses. Je sais pas si t'es d'accord avec ça ou tu le vois un peu de la même façon.
Vincent : Je te dirais 100 %. Lorsque je parle aux joueurs, je n'ai pas le choix de l'aborder du point de vue du joueur, de ce que lui peut contrôler. Parce que souvent, on n'a pas vraiment de pouvoir. Je disais que toi, tu en as plus que moi dans ta pratique professionnelle, mais en tant que préparateur mental, j'ai pas de pouvoir, tant que ça, sur la façon de coacher. Donc, je me focus sur le joueur. Je les encourage beaucoup à poser leurs questions un mardi ou un mercredi matin. Idéalement, t'arrives avec un café, tu mets toutes les chances de ton côté pour que la discussion soit productive, efficace et positive. Puis après ça, ça devient un peu notre travail quand on fait de la formation d'entraîneurs, de sensibiliser les entraîneurs. Parce que je suis 100 % d'accord avec toi — on devrait avoir des entraîneurs qui aiment se faire challenger. Et même si c'est une partie du leadership transformationnel — je ne me rappelle plus quel cadre théorique — mais je pense que tu en as parlé durant un des derniers épisodes.
François : On peut nommer plusieurs personnes qui donnent dans ça aussi.
Vincent : Oui, de se faire offrir de la stimulation intellectuelle — donc d'avoir des échanges qui sont pertinents avec l'entraîneur — ça fait partie du leadership. Si tu ne fais pas ça, tu manques une belle opportunité de vraiment changer ton joueur, de le rendre plus intelligent, de le rendre plus efficace au niveau tactique et peut-être d'en faire un entraîneur dans le futur.
François : Ah, tout à fait. Puis avant qu'on rentre dans les questions éclair, Vincent, parce que ça fait déjà un bon petit bout qu'on se parle, c'est super intéressant. Puis j'admire plusieurs éléments de ce que tu fais — d'un côté ce que tu viens de mentionner là, du respect de la perspective. Tu as dit : « Moi, je travaille avec les athlètes, mon but c'est d'aller avec les athlètes. Moi, je travaille avec les coachs. » Et c'est pour ça que je pense que des fois — puis ça, ça sera pour une autre conversation — de voir est-ce qu'on devrait avoir une personne qui travaille avec les coachs puis les athlètes en même temps. Ça, j'ai pas la réponse. Moi, c'est une réflexion que j'ai en ce moment.
Mais aussi, ton habileté à générer des exemples concrets rapidement — j'étais quand même mis sous les projecteurs quelques fois depuis le début — puis ça, c'est vraiment tout en ton mérite de pouvoir faire ça. Dernière chose que j'aimerais toucher, parce que je pense que c'est un terme qu'il faut qu'on mette sur la place publique — dans l'étude que tu as soumis justement récemment, vous avez identifié ce qu'on appelle un excellence gap. Ce que j'ai traduit comme un écart significatif entre la qualité de l'environnement perçu entre le calibre A versus les calibres 2A et 3A, si je ne m'abuse. Est-ce que tu peux nous expliquer ce que ça veut dire concrètement, et dire qu'est-ce que les gens devraient comprendre, puis à quoi on devrait porter attention dans le futur? Parce que le but du balado, c'est ça aussi — on déconstruit des éléments importants pour le coaching, comme on vient de le faire dans les dernières minutes, mais aussi j'aime ça qu'on mette sur la place publique des éléments que le monde, autant académique que pratique, doit se questionner. Parle-moi de l'excellence gap et qu'est-ce qu'on a trouvé d'autre.
Vincent : Ce qu'on a trouvé, c'est qu'il y avait une différence justement entre les calibres 2A, 3A et le calibre un peu plus récréatif, le A — principalement au niveau de la communication et du réseau de soutien, si je me rappelle bien. On trouve que ça fait quand même du sens parce qu'au niveau local, on a souvent des entraîneurs qui vont avoir un petit peu moins de formation universitaire, de formation continue, donc qui sont peut-être moins aux faits des dernières avancées de la science du sport, du coaching. Et il y a simplement un manque de moyens pour entourer l'athlète d'un nutritionniste, d'un préparateur mental, d'un préparateur physique. Ce sont des gens qui ne coûtent pas trop cher pour ce qu'ils donnent, mais qui représentent quand même des coûts additionnels au bout de la ligne pour des organisations. On peut penser même à des organisations dans le hockey junior.
Les organisations sont limitées avec leur budget pour le staff d'encadrement, le staff satellite. Au niveau du hockey féminin récréatif, c'est vraiment un manque qui est assez flagrant. Si on compare le féminin et le masculin — ce n'était pas le but de l'étude — mais ce que je voyais aussi avec les équipes d'excellence au Québec, c'est que nos petits gars ont souvent des agents très tôt — c'est un autre débat, est-ce qu'ils devraient, est-ce qu'ils ne devraient pas — ils ont souvent un préparateur physique, ils sont souvent encadrés au niveau personnel d'une équipe de professionnels, tandis qu'au hockey féminin, même à un certain niveau, il y a un manque de ce côté-là. Je trouve que c'est décevant et ça ne va vraiment pas pour optimiser le développement de nos joueuses.
François : Ce serait quoi l'argument, pour les gens qui disent que c'est normal qu'on investisse plus dans le 2A et dans le 3A — ce serait quoi un peu ton argument pour dire qu'il faut prioriser aussi le A?
Vincent : Je dis pas nécessairement qu'il faudrait que l'encadrement soit équivalent, parce que c'est vrai que dans le sport de haute performance, il peut-être des demandes que le sport récréatif n'a pas. Sauf qu'au niveau de la sensibilisation à adopter des saines habitudes de vie, puis des comportements qui vont améliorer ta santé à long terme, je trouve que c'est super pertinent. Ton gros bassin de joueurs et de joueuses reste dans le calibre récréatif — les noms de calibre changent toujours, mais disons qu'il y a peut-être 70 % de ta base qui est à composante plus récréative. Ces 70 %-là, si tu les négliges, c'est tes adultes de demain aussi que tu négliges. D'avoir des conférences à un ou deux ou trois moments de l'année avec, par exemple, un expert en nutrition qui vient donner un atelier, ou une association de hockey mineur en ligne — ça ne coûte pas une fortune, mais ça peut permettre d'avoir des joueurs mieux informés. On pourrait passer aussi par la formation d'entraîneurs, mais les entraîneurs en ont quand même déjà beaucoup dans leurs assiettes. Je dirais d'organiser avec les réseaux régionaux des conférences d'information, mais aussi de proposer de l'encadrement aux besoins pour les joueurs qui en font la demande — ça pourrait être grandement apprécié. Par contre, pas trop réalisable dans le moment avec l'état du financement du sport.
François : Ce que j'en comprends, c'est que ce n'est pas tant le développement sportif qui va en bénéficier, parce que ce sont des joueurs récréatifs, mais en même temps, il va y avoir des retombées sociétales. Parce qu'on va bâtir de meilleures personnes qui vont avoir plus bénéficié du sport. Et comme tu le disais en introduction, ça a une mission qui va au-delà du sport — la contribution générale. Ce serait de pas juste faire le développement sportif. C'est un peu ça.
Vincent : Oui, 100 %. C'est d'avoir des adultes en santé mentale, en santé physique et qui sont capables d'avoir des life skills. Je pense qu'en termes de société, on ne peut pas demander mieux.
François : Vincent, avant qu'on tombe dans les questions éclair, où est-ce qu'on apprend un peu plus à te connaître — qu'est-ce que tu aurais comme message, ou qu'est-ce que tu voudrais que les gens retiennent de tous tes travaux à date, et de ce qui te préoccupe en ce moment, pour dire : « Hey, moi je suis un entraîneur-chef, je suis un dirigeant, je suis un consultant dans le milieu du sport, peut-être même du hockey spécifiquement — qu'est-ce qu'il faut améliorer dès maintenant? »
Vincent : Je dirais que c'est de sortir un peu de cette posture défensive-là, de défendre ce qu'on fait, puis de s'ouvrir aux suggestions qui vont venir du monde de la recherche, mais aussi du grand public. Je pense qu'on est à un moment qui est assez fertile pour qu'il se passe des changements dans le développement sportif, spécialement au hockey. Je pense qu'il y a quand même beaucoup de changements qui s'en viennent au niveau de l'encadrement des joueurs. Je dirais de garder les oreilles ouvertes, de ne pas avoir peur non plus de donner son opinion, et de ne pas oublier que le sport, c'est probablement le plus bel outil qu'on peut donner à un jeune pour apprendre dans la vie.
Je ne fais pas partie de ceux qui disent qu'on devrait éviter les défaites, par exemple, parce que je trouve qu'apprendre à un joueur à bien se relever après une défaite, c'est un des plus beaux apprentissages que tu peux avoir pour ta vie professionnelle et pour ta vie personnelle dans le futur. De persévérer pour l'atteinte d'un but commun, c'est littéralement le sport — tu vas le vivre aussi dans tes comités au travail, tu vas le vivre dans la poursuite de tes objectifs professionnels, et tu vas le vivre après ça lorsque tu vas devenir un papa ou une maman dans une famille.
François : Et qu'est-ce que tu dirais aux gens des médias qui aiment ça, des fois, réclamer ou dire très haut que le développement du hockey au Québec n'est vraiment pas top top, que ça se passe vraiment mieux ailleurs? T'es-tu d'accord avec ça, ou c'est un peu plus nuancé?
Vincent : Je te dirais que c'est la question du moment. J'ai eu la chance de parler à différents journalistes dans les dernières années. J'ai parlé un peu avec Monsieur Leclerc, Mickaël Lalancette. Je pense qu'on a quand même du bon journalisme qui se fait au Québec. Ça reste du journalisme par contre. De prendre des points de vue à gauche et à droite, c'est super bon. Je pense que ça donne un bon portrait du niveau de satisfaction ou d'insatisfaction qu'il y a présentement chez certains acteurs du milieu. Mais je pense qu'on est rendu vraiment à un moment où il faut faire un effort pour faire une collecte majeure sur l'état du développement au hockey ou dans d'autres sports au Québec. Des collectes qui sont scientifiques, qui sont valides, avec des résultats fiables, qui vont permettre de sortir un peu des émotions et de se faire un portrait global. Si dans cinq ans on pouvait arriver à dire voici les forces, voici les faiblesses du modèle québécois ou du modèle canadien à l'aide de chiffres, ben moi je serais vraiment satisfait, parce que ça nous permettrait après ça de partir sur des bases solides pour s'assurer d'avoir un meilleur développement. Je trouve qu'on a fait quand même du bon travail au niveau de faire sortir les émotions, la passion. Maintenant, on est rendu à le quantifier puis à le mesurer.
François : Oui, tout à fait. Ça nous donne un bon chantier à explorer en tant que société pour les cinq prochaines années au moins, minimum. Je trouve que c'est une belle façon de le formuler, Vincent. Peut-être une question éclair, considérant où est-ce qu'on en est rendu. Merci pour ces belles réflexions-là. Si tu pouvais retourner en arrière et te donner un conseil à toi-même quand tu avais 22 ans, ça serait quoi?
Vincent : C'est une bonne question.
François : Peut-être que t'es 23 ans aussi puis tu le caches bien.
Vincent : Je dirais, sois patient. Continue de travailler fort, sois patient, ça va finir par débloquer. Quand j'avais 15 ans, je m'attendais qu'à 23 ans, j'allais avoir une maison, deux enfants, une femme et une carrière à six chiffres. Finalement, n'a pas été à 23 que c'est arrivé. Je suis correct où je suis dans la vie présentement, mais j'avais tendance à vouloir aller trop vite. Je pense que je me suis donné ça trop difficile autant dans le sport qu'au niveau professionnel. J'ai persévéré beaucoup dans ces deux aspects-là, mais j'ai été plus ou moins satisfait pendant longtemps. Je te dirais que c'est ça : sois zen, sois patient, puis ça va finir par débloquer.
François : Je pense que ça, c'est un message qui doit résonner avec plein de monde parce qu'on est souvent prêt à essayer de gravir les échelons, mais le timing est important. Puis il y a un de mes collègues qui mentionne souvent : « Il est urgent d'aller lentement. » Comme oui, on veut progresser, mais en allant lentement, des fois, on peut bien faire les choses, puis ça va payer en cours de route. L'acharnement, ça peut être très lucratif — pas nécessairement juste dans le sens monétaire, mais aussi dans le sens de succès, carrière, poste, etc.
Vincent : En bas, ils disent slow is smooth, smooth is fast.
François : Ah, je pense qu'il y a le parallèle aussi en Formule 1 qui veut dire que smooth is fast ou quelque chose comme ça. Là-dessus Vincent, je te donnerai peut-être le mot de la fin. Qu'est-ce que tu as à dire à l'auditoire? Comment est-ce que les gens peuvent te rejoindre si jamais ils ont des questions ou des suites par rapport à cette conversation d'aujourd'hui?
Vincent : Les gens peuvent me rejoindre sur ma page Facebook personnelle, Vincent Huard Pelletier, sinon via le site de l'Université du Québec, UQAC, j'ai une page personnelle là-bas. Merci beaucoup de l'invitation. J'écoute à peu près tous les épisodes du podcast, je trouve ça super intéressant ce que tu fais au niveau du sport dans la francophonie, puis je pense que ça prend d'autres gens comme toi qui mettent l'épaule à la roue pour qu'on continue d'améliorer nos sports et le développement de nos futures adultes. Un gros merci d'avoir pensé à moi, et je vais être là pour écouter la saison 9.
François : Saison 9, saison 9, mais on se comprend. Merci beaucoup du compliment. Moi, c'est une des choses qui m'a fasciné depuis le début — c'est de se rendre compte à quel point il y a des personnes expertes, intéressantes, intelligentes, passionnées, appliquées sur le terrain qui sont disponibles dans la francophonie. Donc, comme toi, il y a de belles collaborations qui sortent de tout ça. J'invite les gens à faire comme d'autres me l'ont dit : tu regardes la liste des invités, et de voir : cette personne-là peut être intéressante pour tel sujet. Les inviter dans mon équipe, les inviter ailleurs ou participer à des collaborations, c'est vraiment bénéfique. Merci à toi Vincent de ta participation. Merci pour tous les exemples que tu as partagés, et à tout le monde — à la prochaine pour un autre épisode de Temps d'arrêt.

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