François : Épisode 150. Foire aux questions sur la responsabilisation des athlètes, les règles d'équipe, la discipline et la communication durant un match.
Bonjour tout le monde et bienvenue à Temps d'arrêt avec Coach Frank, présenté par Mador Amel. Je suis votre animateur François Rodrigue et mon intention avec ce balado est de déconstruire l'art et la science du coaching. En tant que docteur en coaching, j'ai la chance d'accompagner des entraîneurs professionnels et d'analyser la science à chaque semaine. Ce podcast est donc ma façon de vous amener au cœur de mon travail en décomposant les stratégies que j'aborde avec ces entraîneurs-là et en interviewant des experts qui mènent des études scientifiques en lien avec le coaching.
Aujourd'hui, l'épisode est une foire aux questions, un épisode durant lequel on répond aux questions des abonnés ou des clients avec lesquels je travaille sur une base régulière, parce que tout ce que je fais est d'abord basé sur l'accompagnement d'entraîneurs que je fais depuis 2016, puis même un petit peu avant, de différentes façons. Aujourd'hui, on va parler principalement de la responsabilisation des athlètes, l'application des règles d'équipe et la communication durant un match.
Si ces questions-là te parlent ou qu'être un entraîneur-chef c'est quelque chose qui est au centre de tes préoccupations, je t'invite à t'abonner au balado ou à l'infolettre via le site web coachfrankphd.com. À tous les auditeurs fidèles et toutes les auditrices fidèles également, je vous invite à me suivre sur les médias sociaux — à retrouver Coach Frank PhD dans un mot. On partage du contenu, des carrousels, dans le but de vous donner des petits points de réflexion. On ne fait pas dans la quantité, on fait dans la qualité, que ce soit sur les médias sociaux ou via l'infolettre.
Avant de débuter, je précise que ce podcast est indépendant de mon rôle de professeur en kinésiologie à l'Université du Québec en Outaouais. Comme je prends les conflits d'intérêt très au sérieux, je vous invite à consulter la page concernant mes engagements professionnels sur mon site web coachfrankphd.com pour en savoir plus. Sur ce, bon podcast, et je donne la parole à Vincent.
Vincent : Oui, donc Coach, aujourd'hui comme tu viens de mentionner, c'est une opportunité de répondre aux questions de nos membres. Donc, on va plonger directement dans des situations que les coachs vivent sur le terrain, des situations où parfois ils ne sont pas certains de comment ils devraient gérer une situation de match, comment discuter avec leurs athlètes entre les entre-actes. Donc, on va plonger directement là-dedans. Ce qui est intéressant, c'est pas des questions théoriques, c'est vraiment des questions pratiques.
Je vais poser la première question qui provient d'Alex, un de nos auditeurs. Le thème, c'est responsabiliser sans perdre en qualité. On parle souvent de donner plus de responsabilité aux joueurs, mais en même temps, il y a une pression de performance qui rend ça risqué. Alors, la question qui suit : comment responsabiliser les joueurs au lieu de diriger, sans que la qualité diminue? Et comment trouver du temps pour les réservistes dans un contexte de ressources limitées? C'est une question avec une question de suivi. À toi la parole.
François : On peut partir dans plusieurs directions avec ces questions-là. J'en ai peut-être trois morceaux de réponse. Je vais y aller avec un morceau à la fois, Vincent, puis tu me relanceras.
Ici, je pense, si je ne m'abuse, Alex est un coach de football également. C'est important de le contextualiser parce que si on est au football, au hockey ou au volleyball, ce n'est pas la même dynamique. Donc au hockey, on a quatre trios. Les quatre trios finissent par jouer à peu près durant la game. Au football, tu as des partants, tu as des non-partants. Ça termine là, comme c'est ça que c'est. Et cette question-là, si je ne m'abuse, juste pour mettre tout le monde en contexte, elle a été posée à la suite d'une formation ou d'une chronique qui a été partagée aux clients sur comment bâtir un environnement gagnant. Puis l'idée, si je ne m'abuse, c'était là où je parlais un peu de l'étude faite par Henriksen et collègues en 2025, où ils ont étudié quatre programmes gagnants au Danemark, et on parle de certains dilemmes, de certaines tensions qu'il faut négocier.
Et puis une de celles-là, c'est à quel point est-ce qu'on lead comme coach et qu'on prend tout en charge, ou à quel point est-ce qu'on donne du leadership et de la responsabilisation à nos athlètes. Donc, si je comprends bien la question, l'idée c'est de dire : on veut engager les joueurs réservistes dans les éducatifs, mais aussi responsabiliser les joueurs qui prennent en charge certaines parties de nos pratiques. Mais là, la question — puis là je me base principalement sur mon expérience de coach universitaire, ça fait déjà quand même quelques années, ça reste que ça fait partie de ma façon de penser — comme à nommer, c'est que tu as des back-up, on va nommer les choses comme elles sont, donc tu as des réservistes en français, puis tu veux bien les faire jouer contre tes partants et leur donner du temps de pratique.
Mais dans certains cas — puis là j'ai des exemples réels — nous on avait quatre lignes de secondeurs. C'est comme si on avait quatre trios de secondeurs, mais tout le monde qui écoute ça comprend que tu as juste trois secondeurs qui jouent en même temps. Honnêtement, pour les porteurs de ballon, si j'exposais les porteurs de ballon au secondeur qui fait partie de la troisième ligne — nos offensifs sur trois personnes-là étaient super dédiés, je ne juge pas de la personne, mais on parle des aptitudes sportives — ben, ce n'était pas une belle confrontation qui allait mener à l'amélioration. Fait que là, il y a vraiment une tension. Et je ramène le terme de tension parce que je pense que c'est important que tous les auditeurs et les auditrices comprennent ça. Une tension, c'est quelque part — en anglais on dit un trade-off, un compromis. Faut se situer quelque part là-dessus, puis il n'y a pas de bonne réponse à part la réponse que toi tu juges qui est la meilleure.
Fait qu'une tension, ça peut être une tension entre être directif comme entraîneur ou responsabiliser les athlètes. Ça peut être une tension entre le temps de jeu qu'on donne à nos joueurs partants et le temps de jeu qu'on donne à nos réservistes. Si le temps est égal avec tous nos réservistes, on est d'un bord de la tension — d'un côté du continuum. Puis si on donne tout le temps à nos partants, on est de l'autre bord.
Donc, tout ça pour dire : un, mettre les gens en contexte parce que je pense que c'est important de bien comprendre de quoi on parle. Numéro deux, je comprends le défi. Tu as un nombre limité d'heures de pratique. Et là, si on est dans un contexte professionnel — avec une personne avec laquelle je discute régulièrement, c'est conventionné — tu as quatre heures et demie par jour dans la Ligue canadienne de football pour gérer tes athlètes, ça c'est de l'information publique. Mais si dans les deux heures sur les quatre heures et demie que tu es sur le terrain, tu donnes beaucoup de temps au réserviste, tes partants ne sont pas en train de pratiquer. Donc là, ce n'est même pas une question que tu peux rajouter des répétitions à la fin — c'est juste que à chaque fois que tu donnes une répétition à un réserviste, tu enlèves une répétition à ton partant parce que tu ne peux pas en ajouter d'autres. Donc ça, c'est un défi incroyable.
Je pense que c'est important de faire un effort à ne pas être du côté du continuum où on donne 100 % de nos répétitions à nos partants ou à nos joueurs dominants — exemple, l'avantage numérique au hockey, les partants au football, au volleyball. Et l'exemple numéro un que j'ai en tête pour lequel c'est important de bouger un petit peu vers donner des répétitions à tout le monde, c'est ce qui s'est passé en finale de conférence de la Ligue nationale de football cette année. Est-ce que tu te rappelles de ce qui s'est passé particulièrement entre les Rams de Los Angeles et les Seahawks de Seattle, Vincent?
Vincent : Rapidement de même, je dirais que non. Je me rappelle avoir vu la partie, mais non...
François : Est-ce que tu te rappelles d'un réserviste qui a joué un rôle important?
Vincent : C'est ma pause en bonne réponse. C'est...
François : C'est à toi que je pose les bonnes questions. Trêve de plaisanterie. Je promets que les gens qui écoutent le football ici s'en rappellent, mais c'est le touché de Jake Bobo en finale de conférence contre les Rams de Los Angeles. Jake Bobo, il a eu deux attrapés dans toute la saison. Je pense qu'en carrière, au total, il a eu quatre attrapés. Mais si Jake Bobo n'avait pas été engagé adéquatement dans les pratiques et dans la compréhension des schémas de jeu offensifs des Seahawks de Seattle, est-ce qu'il aurait pu contribuer adéquatement? Numéro un.
Numéro deux, il aurait peut-être déconnecté. J'en ai entendu me dire, puis j'ai une personne en tête — puis c'est bien correct, puis c'est légitime, ce qu'elle veut me dire — c'est comme : ouais, ben si t'as un pro, il est payé, il gagne 1,3 million par année, il est aussi bien d'être engagé. Je suis d'accord. Je prends l'exemple ici pour valider le point, et je pense que c'est important. Mais l'autre affaire, c'est que l'engagement, ça veut pas nécessairement dire que si on prend encore le ratio de pratique — 100 % aux partants versus 50 % partants à 50 % réservistes — c'est à l'autre côté du continuum. On n'est pas nécessairement obligés de se rendre à l'opposé complètement pour engager adéquatement nos back-ups.
Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé avec les Seahawks de Seattle — ça, ce sera en 2030 quand je serai consultant officiel pour l'équipe, trêve de plaisanterie. Mais ils ont trouvé un moyen de le garder engagé avec des jeux particuliers dans des situations précises. C'est ce que je suppose, c'est ce que j'ai déjà vu ailleurs.
Donc le point avec ça, c'est que si on ne se sent pas à l'aise de répartir les répétitions en pratique de façon égale entre toutes les lignes de partants et de réservistes, est-ce qu'on peut trouver une situation précise où on peut impliquer nos Jake Bobo et où ils vont être engagés? Parce que l'idée, c'est que oui, ça va être bon à court terme parce que potentiellement, ça a un effet de surprise contre l'adversaire qu'on va jouer. Mais après ça, l'engagement de ton Jake Bobo dans ton programme va probablement être plus élevé. Donc il va être là, il va faire une contribution plus positive pour ton club, mais aussi il va probablement se développer plus rapidement à long terme.
Particulièrement quand on est dans le contexte universitaire et collégial, c'est crucial parce que l'engagement de tes premières, deuxièmes, troisièmes années dicte en partie ton succès quand eux vont être rendus en troisième ou en quatrième année. Puis là, en préparation de la conversation, puis ça va être la fin de ma première partie de réponse, Vincent...
La littérature, ce qu'elle nous dit, c'est que si on n'est pas capable de donner 50 % des répétitions aux partants et 50 % des répétitions aux réservistes, bien une des choses qu'on peut faire — et qu'en bowling on devrait faire, une des choses bénéfiques — c'est d'engager tous les membres de l'équipe dans la définition des objectifs. Ça veut dire : quel est notre objectif cette année? Qu'est-ce que ça veut dire? C'est quoi l'objectif de notre position, etc. Donc de le faire.
Et juste le fait de les engager dans la définition des objectifs — même si leur contribution réelle est minime — numéro un, et deux, par rapport au fait qu'on les a exposés ouvertement au processus, qu'on leur a dit exactement qu'est-ce qu'on vise, quelles sont les étapes, comment les répétitions vont être divisées. Juste ça, ils vont se sentir davantage intégrés à la culture. Donc si je récapitule : on parle de l'intention de garder les réservistes engagés dans des situations précises, numéro un. Numéro deux, d'engager les réservistes dans la définition des objectifs au même titre que les autres. Et trois, les informer ouvertement de c'est quoi le processus de distribution des répétitions et pourquoi c'est fait comme ça.
Et là, c'est important de mettre le caveat — moi c'est mon expérience, c'est ce que je recommande, j'ai recommandé ça à un entraîneur cette année d'ailleurs — c'est de leur dire : « Je vous demande pas d'être d'accord avec la décision. Vous avez choisi de vous joindre à notre programme — super. Mais c'est comme ça que ça va fonctionner. Je vous demande pas d'être d'accord, je vous demande de respecter la décision. » Et sachez que moi, je prends toujours la décision en fonction de ce qui va être meilleur pour le club à court, moyen et long terme. Et ça, je pense que c'est la meilleure façon de fonctionner. « Il est important que vous soyez au courant de ça, numéro un. Et numéro deux, vous avez eu votre part de mot à dire là-dedans. »
Ça, c'est un exemple. Il y a deux autres éléments de réponse, mais je te renvoie la balle, Vincent.
Vincent : Quand tu parles de responsabilité des athlètes et de trouver du temps pour les réservistes, est-ce que la qualité baisse vraiment, ou c'est plus une perception qu'on a?
François : En fait, oui, la qualité baisse vraiment. Pendant longtemps — je sais que les personnes qui écoutent le balado vont déjà être au courant de ça, mais juste pour le nommer — il y a longtemps qu'il y avait un courant où on faisait toujours jouer nos partants contre les réservistes de la défensive, ou vice-versa les partants de l'offensive contre les réservistes de l'offensive. Il y a plusieurs programmes qui ont du succès d'ailleurs — dont certaines personnes qui sont à l'écoute — qui vont faire jouer les meilleurs joueurs contre les meilleurs joueurs. Puis honnêtement, moi, je suis plus de cette école-là de dire que t'as besoin de jouer contre les meilleurs. Et oui, il y a une différence. Évidemment, selon le programme, selon le niveau, il y a une différence de jeu. Mais l'enjeu numéro un qui arrive quand on parle de faire jouer les meilleurs contre les meilleurs souvent, c'est de bien représenter ce que l'autre équipe va faire.
Ça arrive au basketball, au football, puis au hockey — dans tous les sports généralement. Mais c'est là que moi, la question que j'enverrais dans la cour des entraîneurs, c'est : quand vous présentez votre système offensif ou votre système défensif, est-ce que votre système a quand même quelques variations qui ressemblent à la majorité des équipes dans votre ligue? Je donne un exemple vraiment facile au football. Si toi, tu joues avec quatre joueurs de ligne défensive — donc un front 4, quatre joueurs de ligne défensive — et que 50 % des équipes jouent avec un front 3, donc avec trois joueurs de ligne défensive, ben, ce serait bien que tes athlètes voient peut-être 5 % ou 10 % du temps dans le cahier de jeu ce que les autres équipes font. Parce que comme ça, quand tu fais des confrontations un à un entre tes meilleurs joueurs offensifs et tes meilleurs joueurs défensifs, tu peux donner une représentation des autres équipes — mais qui n'est pas basée sur ce que toi tu fais. Donc la représentation va être meilleure, puis deux, tu as plus de flexibilité tactique.
Puis là on rentre dans les séries éliminatoires au hockey dans plusieurs ligues. Et moi, c'est un de mes mots-clés en ce moment quand je parle aux entraîneurs de hockey, c'est : c'est quoi ta flexibilité? Est-ce que tu as bâti une flexibilité tactique? Le problème, c'est que si on enseigne juste une façon de jouer au football, ben un, on n'a pas de flexibilité tactique quand on arrive justement dans les séries éliminatoires — ça c'est dans tous les sports. Mais numéro deux, quand vient le temps de donner une représentation de comment l'autre équipe joue, ben là il faut comme qu'il apprenne le système on the fly.
Pour essayer de dire ça autrement — je vais donner des villes qui n'ont pas rapport au football pour protéger les gens — mettons que c'est Manchester qui joue contre Londres. Si tu veux représenter Manchester, ben, ce serait bien que dans ton système, ça soit déjà là, et que tu n'aies pas besoin de l'apprendre pour bien le faire. Fait que moi, je préconise grandement les un contre un. Par contre, ce que tu peux faire davantage aussi, c'est d'utiliser le principe du King of the Court.
Le King of the Court, ceux qui ont eu des cours d'éducation physique — en anglais, on joue au badminton. Moi, je joue contre Vincent. Vincent, Vincent, t'es un excellent joueur — pouf, tu gagnes. Ben toi, tu vas sur le court qui est plus haut, et moi, je vais sur le court qui est plus bas. Et ainsi de suite, jusqu'à temps que tout le monde soit en haut ou tout le monde soit en bas. Fait que là, les meilleurs joueurs jouent ensemble. Mais tu peux faire le même principe pour des confrontations un contre un. Exemple : on a un receveur et un demi-défensif. Ben si tu gagnes ta répétition, tu t'en vas dans le court numéro deux. Si tu perds ta répétition, tu t'en vas dans le court numéro quatre. Fait que là, t'aurais peut-être trois ou quatre confrontations. Tu as trois demis-défensifs, tu peux faire trois confrontations un contre un. Puis là, si tu gagnes ta répétition, tu montes. Fait que tu donnes des bonnes répétitions au réserviste, tu donnes des bonnes répétitions au partant, les deux en même temps. Puis après ça, pratiques tout le monde, puis tu es à des niveaux égaux. Fait que c'est une belle façon, selon moi, d'engager.
Fait que quand on est dans des simulations de matchs — je réfléchis en temps réel à mesure que tu me poses la question — je pense qu'on devrait davantage aller un contre un vraiment structuré, mais je pense qu'on devrait avoir un peu plus de malléabilité sur les confrontations lorsqu'on est dans des situations qui ne sont pas des simulations de match. Puis ce que je viens de dire là est basé sur quelques études que je t'enverrai, Vincent, après l'épisode, et qu'on pourra mettre dans la description. Parce que le but de nommer les études, c'est de rendre à César ce qui revient à César. On se comprend? Parfait.
Vincent : On se comprend.
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— Pause commanditaire : Mador Amel —
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Vincent : Je veux te relancer par rapport à ce que tu viens de mentionner. Est-ce que ça change la façon de responsabiliser nos athlètes et les exercices de King of the Court pendant l'entre-saison versus la saison? Parce que dans l'entre-saison, clairement, on a plus de temps. Il n'y a plus de calendrier. Donc, je serais curieux d'avoir ton point de vue.
François : Oui, certainement. Je pense que c'est une bonne question. Et si je parle de responsabiliser les athlètes — je me rends compte que l'appellation est peut-être un peu erronée — on va dire responsabiliser les athlètes durant les temps de pratique, durant les parties, sur le côté sportif. On ne parle pas de les responsabiliser dans la culture en ce moment. Vraiment sur le terrain pour qu'ils restent engagés là-dedans.
Et puis oui, il va y avoir une différence. Je pense que c'est important que tous les athlètes comprennent en début de cycle sportif qu'ils ont potentiellement une chance de se positionner. Je ne suis pas en train de dire — si je prends l'exemple du hockey — que tu devrais dire au gars de quatrième trio qu'il va avoir une chance d'être sur le premier trio, pas nécessairement. Mais qu'ils sentent qu'il y a une certaine mobilité sociale. C'est comme, si dans la société, le concept de mobilité sociale en sociologie — l'éducation joue ce rôle-là, c'est-à-dire que le fait qu'on puisse aller à l'université et que ça soit facilement accessible dans la société québécoise, contrairement à ailleurs dans le monde, ça fait qu'on a la chance de changer de classe sociale. Mais si on est convaincus d'être bloqués pour un petit pain, comme l'expression québécoise le dit, en bout de ligne, c'est-tu vraiment motivant de participer à la société si c'est ta conviction? Non. C'est le même parallèle avec une équipe.
Je ne suis pas en train de te dire qu'on doit promettre à tout le monde d'être des milliardaires. Personne ne s'attend à ça. Mais tu dois avoir un peu le sentiment que tu as une agentivité sur ton rôle. L'agentivité, c'est un mot fancy qui veut dire en bout de ligne que tu le contrôles et que tu as un peu de décision sur la direction que ta vie prend. Puis là, il y a un parallèle à faire avec les athlètes. Si tu commences l'année et tu es comme : « OK ben lui, c'est un gars de quatrième trio, il va rester sur le quatrième trio » — un, tu viens de tuer l'agentivité de l'athlète et donc potentiellement sa motivation. Mais numéro deux, tu as l'effet Pygmalion qui embarque là-dedans. L'effet Pygmalion, on en a déjà parlé ensemble, je me rappelle plus quand. Mais l'effet Pygmalion, c'est que le jugement que tu as de l'athlète va faire que tu auras des comportements qui vont faire que ce jugement-là va s'avérer vrai. C'est un peu comme une autoprophétie. Si je pense que Thomas n'est pas un bon joueur, je vais le coacher comme un pas un bon joueur, et il va devenir pas un bon joueur.
Si on donne la chance à tout le monde d'avoir un peu de mobilité sociale à l'intérieur de l'équipe, probablement que ça va être plus motivant. Là, le délai, le temps que tu vas laisser ça aux personnes, ça va probablement dépendre de ton contexte, de ton niveau, etc. Puis tu sais, ultimement, dans un contexte de football, les pratiques dans l'entre-saison, au mois de mars, au mois de mai — à quel point ont-elles un impact sur ta capacité à performer contre tes adversaires principaux rendus en septembre? Probablement très faibles. Donc, c'est probablement des pratiques qui ont 100 % de répercussions sur le développement. Mais là, tout le monde bénéficie du développement.
Tu sais pas qui va couler ses cours, tu sais pas qui va se blesser, tu sais pas qui va être le Jake Bobo que tu vas avoir besoin dans ta game de championnat. Fait que je pense que ça serait ça. Je sais pas si j'ai bien répondu à tes questions, Vincent.
Vincent : Absolument. Oui, c'était assez clair. Si tu me permets, Coach, on va passer à la prochaine question. C'est une question de Gabrielle concernant la discipline et la cohérence. Comment gérer une situation où un joueur clé pose un geste irrespectueux alors que j'ai déjà établi des conséquences claires pour d'autres manquements? C'est un dilemme classique. Tu veux rester cohérent avec tes valeurs, mais le contexte et le rôle du joueur peuvent compliquer la décision.
François : Ça, ce n'est pas facile. Moi, le principe directeur que j'ai — et ça c'est une de mes forces, même comme parent en général, je sais que c'est pas si scientifique comme source — c'est d'être conséquent. Faut vraiment que tu sois conséquent, ça veut dire : ce que tu dis, tu le fais. Si tu n'es pas prêt à faire ce que tu as dit... Moi, j'ai une situation à mon actif où, en entraînement d'une équipe de football en 2015, j'étais coordonnateur de la défensive. Puis moi, le respect, c'est important dans le sens que tu peux me challenger — viens préparé, tu me challenges parce que ça fait longtemps que je réfléchis à plusieurs des problèmes dont on parle — mais tu peux me challenger, aucun problème avec ça. Puis le joueur, il m'a sacré après. Là, je ne dirais pas les termes qu'il a utilisés pour des raisons évidentes, mais c'était fort. Moi, sur le coup, ça a pris trois quarts de seconde, j'ai dit : « C'est terminé. C'est la dernière pratique pour cette équipe-là, tu t'en vas. » Un peu plus ferme, un peu plus fort, langage respectueux, mais de même.
Est-ce que c'était la bonne décision sur le coup? Pas sûr. Je pense que oui pour la culture. Mais il y avait peut-être moyen de ne pas le mettre dehors directement, ce kid-là. Est-ce que sa réponse était appropriée? Non. Il fallait clairement qu'il y ait une conséquence et tout ça. Mais par exemple, moi, je crois fermement dans le principe de fais ce que tu dis, puis dis ce que tu fais. Avec cette défensive-là, à cette époque-là — je serais curieux d'entendre des joueurs un jour, peut-être qu'on en inviterait un — je pense que ça a quand même bien passé au niveau de la culture. Il y avait un gros buy-in. C'est sûr que si tu as un athlète qui manque de respect à l'entraîneur, puis que tu le mets automatiquement dehors — peu importe qui, c'était une recrue très prometteuse — ça a un impact sur la culture. Mais il y a un entre-deux là-dedans.
Mais le point à la base, c'est que je pense que la grande force de cet exemple-là précis, c'était d'avoir été conséquent. Donc là, on revient à ton exemple.
Puis là, je vais mettre les gens dans le bain parce que je pense que j'ai une idée de la situation qui nous a été partagée par Gabrielle. On est au hockey ici avec Gabrielle, alors qu'on était au football dans la question précédente. Ton meilleur attaquant marque un avantage numérique en série. En revenant au banc, il patine devant le banc de l'adversaire. Il tape la vitre avec son bâton puis il crie : « Assoyez-vous, le match est fini », en regardant l'entraîneur-chef. Puis il leur fait le signe Night Night de Steph Curry. Relativement arrogant, on pourrait dire ça.
Donc là, toi, par exemple, tu peux décider de le retirer du prochain jeu de puissance. Puis parce qu'il était sûr, tu retires du prochain jeu de puissance, il y a un but qui est marqué en désavantage numérique de l'autre côté, ton équipe perd le match. Le lendemain, tout le monde sait que c'est un peu à cause de ça, parce qu'avoir eu ce joueur-là sur l'avantage numérique aurait fait une grosse différence dans une ligue où certains joueurs peuvent dominer grandement. Ben là, t'as un casse-tête, parce que là tous les joueurs savent que le standard s'applique à tout le monde, mais en même temps le résultat de tout le monde a été affecté par la décision que tu as prise — qui était justifiée, mais qui gosse un peu tout le monde parce que tout le monde veut gagner ultimement.
Puis là, la question à se poser, que j'avais pour tout le monde, c'est : est-ce que le geste contrevient à une règle explicite de l'équipe? Si je prends l'exemple du joueur que j'ai mis dehors au début d'un camp d'entraînement — le respect, c'est une valeur de l'équipe du moins du programme dans lequel je faisais partie. Il y avait clairement un manque de respect ici, peu importe la motivation. Il y a eu contrevention à une règle de l'équipe. Fait que, ultimement, de le mettre dehors, c'était relativement légitime — j'aurais peut-être dû être plus créatif dans la solution que j'ai trouvée. Mais on retourne en 2015, j'en connaissais beaucoup moins que j'en connais aujourd'hui dans le coaching.
Et l'autre affaire, quand je reviens à la situation de Gabrielle : si ça contrevient à une règle explicite comme c'est mentionné dans la question — si oui, tu dois agir. T'as pas le choix. Il faut que t'agisses. Une de mes convictions profondes, c'est que si tes principes ne te coûtent pas de victoire, tu n'as pas des principes. Tu as juste des lignes directrices. Puis moi, comme je l'ai vécu dans plein de situations dans ma vie, je rentrerai pas trop dans les détails — ce sera pour d'autres conversations à d'autres moments. Mais moi, j'ai des principes très forts. Je pense que personne avec qui je travaille n'a de doute sur le fait que j'ai des principes depuis que je suis jeune, puis c'est correct. Et des fois ça peut être polarisant, ça peut faire que les gens veulent moins ou plus collaborer avec toi. Mais par contre, ils savent comment tu fonctionnes, puis ça, les gens respectent ça.
Et l'idée — ça vient de d'autres entrepreneurs avec lesquels je parlais — c'est que si tes principes ne te coûtent pas d'argent, ben t'as pas vraiment de principes, parce que tes principes et tes valeurs sont testés jusqu'au jour que tes principes vont te coûter de l'argent. Le jour que ça va coûter 10 000, 20 000, 30 000, 40 000 piastres. Et je sais que dans le coaching, ça pourrait potentiellement te coûter davantage parce que si tu ne gagnes pas à la game, t'as pas le contrat qui te permet d'aller dans la ligue américaine, et ainsi de suite — on est peut-être rendus dans un ordre de 2 millions de dollars. Il n'y a personne à qui ça coûte encore des millions de dollars en principes, mais bref, on se comprend par rapport à ça.
Fait que si c'est explicitement un bris de la règle d'équipe, tu dois agir. Par contre, c'est là que j'ai eu une rétrospective sur ma propre carrière. Ce que je discutais avec un coach en début de saison — et c'est vraiment pas facile — c'est la gradation de la conséquence. C'est là que ça devient important de travailler de concert avec les athlètes tôt dans la saison, avant que ces situations-là arrivent, pour définir : si on a un manquement de respect envers l'adversaire, c'est quoi? Si on a un manquement à nos règles, c'est quoi le premier niveau de conséquence, le deuxième niveau, le troisième niveau.
Moi, j'avais pas préparé ça en 2015, fait que je suis tombé à l'option nucléaire en partant. Peut-être pas la meilleure solution. Ultimement, je pense à l'aveu des avantages, mais ce joueur-là aurait mérité une deuxième chance parce qu'on a quand même un rôle — surtout dans le contexte du football collégial — de pédagogue, d'encadreur, de développeur.
Fait que là, je renvoie ça à l'exemple que tu as donné. Ben, est-ce que ça veut dire manquer le prochain jeu de puissance, ou ça veut juste dire : hey, c'est un avertissement? Et c'est là que, par exemple, dans une situation réelle — on a une rencontre de peut-être 16 coachs, tous des coachs professionnels qui sont à leurs affaires, dans le cadre d'une organisation sérieuse. Puis un coach tombe endormi dans le meeting. Je suis sûr qu'il ne l'a pas fait exprès. Toute personne qui est déjà tombée endormie dans un meeting ne l'a pas fait exprès. Une étudiante cette année qui est tombée endormie dans mes classes — c'est peut-être mon enseignement, j'en doute fortement — elle m'a dit qu'elle était super gênée. J'ai dit : la prochaine fois, lève-toi et va en arrière.
Vincent : Je m'excuse de te couper. La suivante — la prochaine fois, la même chose est arrivée une deuxième fois. Ouais, ben...
François : Elle tombait... on connaît pas le contexte des étudiants. Je peux le prendre personnel, mais à travers peut-être un soir, etc. Elle est venue se rendormir un peu plus tard dans la classe, elle s'est levée et elle est allée en arrière. Moi, c'est ce que j'ai fait moi-même. Il y avait des meetings où des fois je m'endormais. Quand t'es au doctorat, tu coaches universitaire, puis quand t'as une jeune famille, c'est quand même particulier — tu te lèves, tu t'en vas en arrière.
Mais ce coach-là, là tu le mets dehors, ce coach-là, parce qu'il s'est endormi dans un meeting, quand tu sais qu'il est super dédié, qu'il fait la bonne job? Ben ce que tu peux dire, puis on va l'appeler, on va dire que c'est toi, Vincent — c'est le coach là. Au lieu de mettre une conséquence, tu peux juste faire comme : tout le monde a remarqué que Vincent s'est endormi. Ben, tu arrives à la fin du meeting, tu vas dire : « OK, bye tout le monde. À la prochaine. Vincent, peux-tu venir me voir après le meeting, s'il te plaît? » Tout le monde comprend pourquoi t'as appelé Vincent en avant. Vincent arrive en avant, tu dis : « Hey Vincent, comme tu t'es endormi dans le meeting — ça va? » Et surtout, tu sais que c'est une personne qui est d'habitude sharp, etc.
« Ah, excuse-moi, j'étais vraiment fatigué. » « Là, on n'en fera pas de cas aujourd'hui. » « Que tu saches que la prochaine fois, peut-être lève-toi, va en arrière. Si t'as besoin de prendre une journée de congé, etc., parles-moi-en. Trouve une solution parce que je peux pas accepter ça. La prochaine fois, je vais être obligé de trouver une conséquence. Mais je sais que t'es vraiment dédié à l'équipe, que tu fonctionnes bien. » Fait que tu l'as call-out devant tout le monde, mais tu ne l'as pas humilié, tu ne l'as pas dégradé. T'as juste dit : hey, tout le monde le sait. Ça, des fois, il faut être, comme un de mes anciens coachs disait, un peu plus intelligent que l'équipement. Il y a moyen de grader un peu les choses par rapport à ça. Long détour, mais je sais pas si ça répond à la question.
Vincent : Oui, ça répond à la question, mais je pousserais un petit peu plus loin. Pour une situation — disons que tu es dans le junior majeur, game 7, ton joueur, c'est la finale des séries pour gagner le championnat. La veille, ton joueur étoile, le meilleur porteur dans la ligue, il est sorti et il est rentré à 2 heures du matin. Le lendemain, il se présente à l'aréna. Qu'est-ce que tu fais? Tu sais la situation — c'est quoi tu fais?
François : Ça dépend. Ce que tu viens de dire me fait penser à l'histoire de Bill Belichick et Lawrence Taylor. Quand il y avait les Giants de New York à l'époque, ça va voir Bill Parcells. Bill Parcells, il dit à Bill Belichick : « Hey, Lawrence Taylor est en retard au meeting. » Et Lawrence Taylor, pour ceux qui ne savent pas, c'était un joueur exceptionnel de football à l'époque. Et la réponse de Bill Parcells, c'est : « Why did you start the meeting without him? » Fait que le point, c'est : pourquoi tu as commencé le meeting sans lui. Voulant dire que si tu as un joueur étoile, tu devrais l'attendre. Il y a un lien direct avec la situation que je suis sûr que tu peux voir.
Le point avec ça, c'est : est-ce que tu as besoin de la victoire à court terme ou tu as besoin de la victoire à long terme? Si tu as besoin de la victoire à court terme, je pense que tu peux faire un compromis, surtout si c'est juste une question de couvre-feu. Par contre, tu crées un précédent, puis il faut que tu sois au courant des conséquences qui vont arriver. Fait que là, qu'est-ce que tu viens de faire? Tu viens de ringfencer un peu ton joueur étoile. Le joueur étoile comprend que les règles ne s'appliquent pas à lui.
Mais il y a aussi un adage dans le professionnel, c'est be who you can afford to be. Si t'es un joueur de quatrième trio, tu peux probablement pas te permettre d'arriver en retard ou de briser le couvre-feu. T'es un joueur de premier trio, joueur étoile, meilleur joueur de la Ligue nationale de hockey — idéalement, on espère que t'as une éthique de travail irréprochable. C'est un peu naïf de penser que tous les joueurs, à travers l'histoire de la Ligue nationale de hockey ou de la NFL, ont une éthique de travail irréprochable. Mais je pense qu'il faut que tu relativises ça. C'est toi qui as une décision à prendre comme coach : est-ce que je veux absolument gagner ce championnat, ou est-ce que tu peux grader ou reporter ça?
Parce qu'ultimement aussi, l'enjeu important là-dedans, c'est que là, ce n'est pas juste sa glace à lui. C'est une décision, on va dire, égoïste. Et égoïste, moi, la définition, c'est quand tu prends une décision qui nuit aux autres. Être individualiste et égoïste, pour moi, c'est pas la même chose. Je vais partager l'exemple parce que je sais qu'il y a un entraîneur de football à un haut niveau qui avait trouvé l'exemple particulièrement intéressant. Moi, individualiste, c'est dire que tu prends une décision qui t'avantage toi, mais qui ne fait pas de tort aux autres. Par exemple, j'ai une couverture défensive au football. Il y a un joueur, il respecte ses principes de couverture, puis là, il sent qu'il a une interception qu'il peut faire, et puis je le sais qu'il a un gars qui va le couvrir en arrière par la couverture qu'on joue. Mais là, je vais être agressif pour aller chercher l'interception. Hey, je la manque. Je savais qu'il y avait un gars en arrière. Je n'ai pas été égoïste dans ça, je n'ai pas juste été là pour mes stats. On s'en fout de l'équipe.
Même scénario : si tu prends la décision d'aller pour l'interception, mais tu sais que tu n'as personne qui te couvre en arrière, puis toi, t'étais là : « Je vais me faire marquer un touché » — et là tu la manques. Ça, c'est une décision qui est égoïste. Voulant dire qu'elle a des conséquences sur les autres.
Le point avec l'exemple de la game numéro 7, d'ailleurs merci pour cet exemple-là — en mettant ce joueur-là sur le banc, mettons que tu l'enlèves pour la première période, peut-être qu'il y en a un qui va tout casser en deuxième ou troisième, ça on ne sait pas. Mais c'est aussi tout le dommage que tu fais au directeur général, à tout le front office, à tous les partisans. Oui, c'est lui que tu punis, mais est-ce que tu le punis d'une façon que c'est lui qui mange des conséquences? Parce qu'ultimement il y a plein de monde qui ont bien fait leur travail pendant longtemps. Puis là, parce que lui a fait ça, tu vas punir tout le monde du succès potentiel.
Fait qu'est-ce qu'il y a moyen de reporter la conséquence à un autre moment? Si tu es un entraîneur-chef à ta première année d'un contrat de cinq ans, puis que tu veux bâtir une culture, ben peut-être que c'est la bonne décision de le mettre sur le banc en première, juste pour surmarquer le premier avantage numérique, juste pour que le monde comprenne que c'est inacceptable — mais que tu n'es pas naïf non plus et que tu veux gagner à la game aussi. C'est vraiment difficile.
Pete Carroll, c'est un exemple aussi populaire, qui a déjà été questionné par le manque de succès qu'il y a eu avec les Raiders de Las Vegas cette année. Une de ses règles, c'était Always protect the team. Mais après le Super Bowl avec les Seahawks de Seattle, quand ils ont perdu contre les Patriots de la Nouvelle-Angleterre — et qu'il a pris la décision, je ne sais pas s'il l'a prise réellement, mais c'est ce qu'il a toujours dit publiquement — de lancer la passe au lieu de la donner à Marshawn Lynch. Une des règles de Pete Carroll, c'est Always protect the team. Puis tes règles, tes principes se font tester dans ces moments-là. Mais après la game, est-ce qu'il a dit « c'est le coordonnateur offensif qui a eu l'idée »? Ou il a fait comme : « Hey, c'est moi qui ai pris cette décision-là, tout le blâme me revient. » Il a pris le scénario numéro deux. Et pourquoi il était capable encore de coacher les Seahawks de Seattle pendant autant d'années? Selon moi, c'est parce qu'il a respecté ses principes et il a défendu ses principes lorsque c'était le plus difficile de le faire.
C'est ça qui est tough des positions de leadership. Tu as des décisions difficiles à faire que tu dois prendre dans des moments clés et qu'ultimement, il faut que tu prennes le bullet pour quelqu'un qui mérite peut-être pas, ou qui mérite peut-être que tu le prennes. Je pense que ça, c'est un exemple. On peut relativiser à gauche, à droite, sur la négociation de ces instances-là. Mais je pense que par défaut, on devrait davantage avoir un biais dans le palais de la tension — si on parle d'être conséquent et de pas l'être, dans tous les niveaux, dans tous les contextes. Je n'ai pas tant de références scientifiques pour backer ça à part quelques-unes. Mais si tu as un défaut à avoir, c'est toujours mieux d'être conséquent que de ne pas l'être. Parce que les joueurs, ultimement, les gens respectent toujours ça un peu plus.
Vincent : Oui, absolument. Dans ces situations-là, je ne voudrais pas être l'entraîneur. Ce n'est pas toujours facile. Ce sont des situations concrètes qui rendent notre quotidien difficile.
François : Exact. Et ici, ne me prenez pas mon manque de réponse claire ou de nuance pour le fait que je pense qu'il ne faut pas prendre une décision — il faut que tu en prennes une. Mais ça dépend, comme je disais, du nombre d'années de ton contrat, de tes priorités en tant qu'entraîneur, de toute l'implication de l'organisation, du nombre de points que ce joueur-là peut apporter par match aussi. C'est ça qui arrive et qui est vraiment difficile — dans ces moments-là, d'avoir quelqu'un qui est avec toi pour t'aider à réfléchir, parce que c'est vraiment difficile. J'ai un exemple clair en tête dont on ne peut pas parler publiquement, mais ça, ça arrive à toutes les années dans tous les niveaux de hockey.
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Vincent : On est déjà à la dernière question de notre foire aux questions. Elle vient de la glace sur la communication rapide en situation de match. Puis cette question-là m'interpelle — comme j'étais entraîneur de gardiens dans les dernières années, c'est pas toujours évident. La situation et la question vont comme suit. Je rencontre mon gardien entre les périodes pour un maximum de cinq minutes. Il a connu soit une bonne ou une mauvaise période. On est dans un contexte de temps limité, de pression, et chaque mot compte. Quel est mon meilleur plan de communication?
François : Excellente question qui m'a fait réfléchir beaucoup. On va situer le contexte pour que les gens comprennent que ce que je vais dire là ne s'applique pas à toutes les situations que vous pouvez avoir en tête dans la communication entre les périodes. Ici, on a une situation de coaching individuel — donc entraîneur des gardiens de but avec un gardien, évidemment. Mais là, on est plus dans « je coach un joueur de tennis, je coach un corps arrière, je coach un gardien de but dans des positions spécialisées, je coach les lanceurs au baseball, par exemple ». Donc, on est un entraîneur adjoint, on n'est pas responsable du groupe. Coaching individuel, entraîneur adjoint.
Bien, la première affaire à faire — idéalement — c'est d'établir notre canal de communication avant le match, qui est aussi aligné avec la personnalité de l'athlète. Ça veut dire qu'il y a des athlètes — et ça, je veux dire merci à un animateur d'une émission de radio qui m'a invité et avec qui on a eu une discussion sur la communication. Il a dit : « Moi, je me rappelle aucunement de ce qui se passait durant les caucus au football. J'arrivais à la demi, puis j'étais comme, OK, qu'est-ce qui s'est passé? Parce que j'étais tellement dans la zone. »
Fait que un, faut apprendre à connaître la personnalité de l'athlète. Est-ce que t'as une personne qui est engagée, qui voit tout passer comme un film super rapide, aucune mémoire? T'as une personne qui est super analytique, qui décortique tout le jeu également. Là, en fonction de la personne que tu as devant toi et de son ouverture à ça, ben là, t'as un processus en trois phases à respecter.
Va chercher le pouls en allant attaquer slash questionner les émotions d'abord — on s'inspire de Gibbs, 1988. Donc, « comment tu t'es senti durant la période? » Et là, on veut parler des émotions. « J'étais calme, j'étais surchargé. » Là, les personnes vont faire... « J'ai trouvé que... » Non, non — t'es pas dans les émotions là. Comment tu t'es senti? Les émotions font partie de la performance, les émotions font partie de l'apprentissage. On check ça en premier.
En dessous de ça : « Qu'est-ce que t'as pensé de la période? C'était quoi les points forts, les points faibles? » Ça, c'est inspiré un peu de la publication que moi j'ai partagée en 2018 avec Pierre Trudel, où on faisait des cartes réflexives. Qu'est-ce que tu as pensé de la période, qu'est-ce qui a bien allé, qu'est-ce qui s'est moins bien passé.
Et là après ça — mettons qu'on te parle encore une fois à toi, Vincent — « dis OK, quelle devrait être la priorité pour la prochaine période, à ton sens à toi? Est-ce que ça devrait être de protéger ton five-hole, de tirer ta jambe arrière, est-ce que ça devrait être de travailler davantage ton bloqueur, etc. » Et là, c'est important de voir si l'athlète a un bon jugement de ce qu'il a mal fait dans la période. Si elle ou il a un bon jugement, dis rien, laisse-le faire.
Si il ou elle a un mauvais jugement selon toi, là tu peux ramener ton opinion dans la conversation. Mais on a tendance à vouloir trop en dire et à faire trop de coaching durant les matchs. On ne peut pas révolutionner la performance de l'athlète durant un match, on peut juste recentrer son attention. Si il ou elle a déjà bien compris ce qui se passe, a identifié la bonne priorité : « Hey, let's go Vincent, bonne prochaine période. » Mais si ce n'est pas le cas, là c'est le temps de peut-être avoir des repères, de donner des repères externes qui pourraient améliorer la performance.
Maintenant, ce serait quoi les repères que tu t'es fait coacher, toi, dans le temps que tu coachais les gardiens de but, puis que tu as été gardien de but? Comme si je suis un gardien de but, je fais mon déplacement latéral, puis je me rends compte que mon five-hole est un peu trop ouvert. C'est quoi le coaching technique qu'on donnerait, par exemple?
Vincent : C'est de revenir à la base. S'il laisse sa jambe traîner, c'est vraiment juste un point-clé. Essaye de fermer ton five-hole le plus rapidement possible. Ne pas le laisser traîner. Ferme le trou. Couvre cet espace-là. C'est assez clair.
François : OK, ben c'est pas mauvais, mais une chose qu'on veut améliorer, c'est de toujours donner un repère externe qui améliore la performance. Fait que, tiens, mettons, « fermer le trou » c'est une bonne idée, mais tu peux pas dire, prends ton genou droit, puis amène-le à l'intérieur. C'est comme : « Ferme la fenêtre, ferme la fenêtre » — ou comme quand tu te déplaces : « Ferme la porte, tu vois » — parce que mettons que tu as ouvert la porte, puis là tu la refermes. Fait que tu peux donner une image qui va l'aider, ça va être meilleur pour la rétention. C'est là que, entre les périodes pour un entraîneur de gardien de but, quand tu es en haut dans les estrades, tu repères le problème technique. Bien là, il faut que tu te donnes une image ou un repère externe qui va être meilleur pour ça. Par exemple, si tu cours — au lieu de dire « fléchis les genoux » ou « plie les genoux » — tu vas dire : « Pousse le sol en arrière de toi, pousse le sol en arrière de toi. » Fait que le repère externe, c'est que tu veux pousser le plancher. C'est pas : « Complète ta triple extension puis fouette le bout de tes pieds. »
Vincent : Oui, tu me fais réfléchir. J'étais beaucoup dans le visuel aussi. Pour te faire un exemple — ça arrivait souvent que les gardiens de but avaient les... Souvent quand tu tombes en papillon, l'objectif c'est que t'aies tes coudes collés à ton corps, par exemple, parce que tu vas vraiment couvrir l'espace entre ton chest et tes bras. Souvent ce que je leur disais pour qu'ils comprennent le message, c'est : « Quand le château est là, tu serres, tu serres, serres, serres. » Bon, il faut serrer comme si on venait de te chatouiller. C'est un exemple assez loufoque, comme on peut dire, mais ils se rappelaient juste parce qu'il y avait un visuel de quand ils se faisaient chatouiller. Ils serraient puis ils couvraient cet espace-là.
François : Tout à fait. Faut choisir l'exemple avec la clientèle à laquelle tu dis ça. C'est un exemple qui est bon en bas âge puis qui redevient bon une fois que le joueur est rendu parent, mettons, dans la Ligue nationale.
Vincent : Ouais, exact. Mais je disais pas ça à mes gars juniors. Mais ça donne un exemple.
François : C'est un bon exemple en fait, et merci de le partager. Mon point c'était de relativiser les choses. Tu vois, c'est un repère externe — c'est comme te donner une image, c'est un repère. C'est pas « colle ton coude contre tes côtes », par exemple. Et ça, c'est un peu dans cette direction-là qu'on va aller entre les périodes. Donc juste pour récapituler : qu'est-ce que t'as pensé, comment tu te sens après la première période? Qu'est-ce qui a bien passé ou moins bien passé? Après ça, quelle va être ta priorité pour la prochaine période? Et là, si l'athlète n'a rien à dire, c'est là que toi tu viens combler. Et si jamais l'athlète a quelque chose à dire mais se trompe, c'est important de le corriger immédiatement avec un langage imagé basé sur des repères externes. Quand on parle des repères externes, c'est au lieu de dire, admettons, si on fait une tête au soccer, on lui dit : « Saute vers le ballon, saute vers le ballon » — comme ça, c'est un peu plus un repère qu'on veut aller chercher. Donc ça fait pas mal de temps pour cette dernière question, mon Vincent.
Vincent : Oui, tout d'abord, j'aimerais remercier toutes les personnes qui nous ont envoyé des questions. C'est vraiment ça qui nous permet de vous aider directement dans des situations pratiques au lieu d'être toujours dans le théorique. Ça fait avancer la réflexion sur votre coaching aussi. Continuez de nous écrire, ça nourrit directement nos prochains épisodes foires aux questions. Mais avant de terminer, Coach, je crois que tu aimerais peut-être partager une nouvelle à nos auditeurs au sujet du futur du podcast.
François : Ouais, une nouvelle ou un teaser peut-être. Donc merci à tout le monde qui a été à l'écoute aujourd'hui. Je vous encourage à nous envoyer vos questions comme Vincent vient de le dire, parce que bien franchement, c'est vos questions qui drive mes lectures, puis potentiellement qui vont orienter les lectures du laboratoire de recherche dont je fais partie. C'est vraiment intéressant. Je pars vraiment de vos questions ces temps-ci. C'est vraiment tripant à lire, j'ai du plaisir.
Pour ceux et celles qui ont aimé le format de l'épisode et qui voudraient avoir des accès exclusifs à mes outils, à mes recherches, à des documents, des ressources que je fournis à mes clients — bon, j'ai pas de temps pour prendre plus de clients en ce moment avec les engagements que j'ai et mes priorités personnelles. Mais je vous invite à nous écrire directement parce qu'on est en train de bâtir une liste d'attente pour un projet spécial dédié aux entraîneurs-chefs qui va être lancé durant l'été. On va voir l'envergure que ça va prendre. Le but, ce n'est pas de rejoindre 450 000 personnes — c'est de rejoindre les entraîneurs-chefs motivés qui veulent avoir du succès de façon durable, saine et gagnante dans les prochaines années. Une partie d'entre vous qui écoutez ça fait déjà partie de là parce que vous êtes en contact direct avec moi. Pour les autres qui écoutent et s'intéressent, envoyez un courriel à info@coachfrankphd.com et Vincent va se charger de vous mettre sur la liste d'attente.
Pour les dizaines qui font déjà partie de l'aventure, bien merci d'être à l'écoute. Pour tous ceux et celles qui ont été à l'écoute de cet épisode de Temps d'arrêt, bien je vous dis à la prochaine pour un autre épisode. À toutes les auditrices et tous les auditeurs, merci d'avoir été là. Et vous qui êtes passionnés par le sport et qui cherchez constamment à atteindre l'excellence, j'ai une invitation exclusive pour vous. À tous les mois, j'envoie une infolettre que vous trouverez nulle part ailleurs. À l'intérieur, vous avez accès prioritaire aux conclusions de mes recherches, aux articles les plus percutants que j'ai consultés récemment, à mes réflexions, aux idées avant-gardistes que j'explore — que ce soit sur l'intégration de l'intelligence artificielle dans le sport, dans le coaching ou bien dans les nouvelles méthodes d'enseignement et de pédagogie. C'est comme avoir une conversation privilégiée avec moi et mes collègues qui produisent du bon stock, où je vous guide à travers les idées qui façonnent l'avenir du coaching et du sport avant que ce soit répandu. Plus de 500 entraîneurs, leaders sportifs, dirigeants et consultants en performance reçoivent déjà ces réflexions exclusives.
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