Comment responsabiliser les athlètes pour qu’ils prennent en charge leur propre développement?
Réponse courte : Un entraineur peut utiliser plusieurs comportements pour inviter les athlètes à prendre en charge leur propre comportement, dont les quatres comportements suivant : reconnaitre de façon authentique, agir avec cohérence, communiquer directement, et laisser vivre l’athlète (Bartholomew et al., 2010, traduction libre). L’impact de ces quatre comportements sur la responsabilisation est amplifié lorsque qu’il y a une période de réflexion qui est mise en place pour que les athlètes (sans les entraineurs) puissent analyser et discuter de leurs performances.
Le problème que vivent les entraineurs
Tu poses une question à ton athlète après un match : « Qu’est-ce qui s’est bien passé selon toi? » Silence. Il regarde ses souliers et attend que tu parles à sa place. Ce moment là est peut-être le symptôme d’un problème plus profond. Ça peut vouloir dire que ton athlète ne prend pas en charge son développement, et que la saison va avancer sans que rien ne change.
Les séries de la Ligue Nationale de Hockey seront un bon rappel que les athlètes doivent prendre en charge leur performance. Ce n’est pas Martin St-Louis ou Travis Green qui va soulever la Coupe Stanley en premier. Ce sont les joueurs. Le coach peut seulement les préparer à le faire. Et ce qui est vrai dans la LNH est vrai à tous les niveaux : tu ne peux pas gagner les matchs à la place de tes athlètes.
Il y a une statistique qui change tout à mes yeux.
Le ratio 1 pour 11.
Comme entraineur, si tu as une pratique de deux heures par jour, ça veut dire que tu contrôles environ deux heures sur 24 dans la journée de ton athlète. Les 22 autres heures, c’est lui qui décide. C’est lui qui décide ce qu’il mange, quand et comment il dort, et ou il met son attention.
Ça veut aussi dire que, durant ces 22 heures-là, ton athlète va progresser autant que lui le désires. Ton vrai travail n’est pas seulement de le coacher pendant les deux heures où il est avec toi. C’est de bâtir l’environnement qui le motive à être vouloir s’améliorer délibérément durant les 22 autres heures. Ton travail est aussi d’accepter que tu n’as pas le contrôle en-dehors de ces heures-là.
Pour maximiser la performance de ton équipe, c’est donc crucial que tes athlètes se responsabilisent et qu’ils deviennent autonome par rapport à leur développement.
Quatre comportements pour construire l’autonomie des athlètes
Bartholomew et ses collègues (2010) ont développé un questionnaire qui permet d’étudier l’autonomie des athlètes. En le révisant, j’ai identifié quatre comportements qui peuvent diminuer l’autonomie. Dans le but de te fournir un point de départ, j’ai inversé ces quatre exemples en comportements que tu peux commencer à faire dès demain pour que tes joueurs ou tes joueuses prennent davantage en charge leur développement (et ultimement leur performance).
Reconnaitre de façon authentique
Félicite tes athlètes quand ils le méritent, pas seulement quand ils font ce que tu veux.
Imaginez un entraineur-chef de hockey qui s'approche de son défenseur étoile après la deuxième période et il lui dit :
« Bon match jusqu'à maintenant, continue comme ça, on a besoin de toi. »
Imaginez maintenant s'il lui dit ça à la place :
« Hey, tu as bien géré ton gap sur la troisième séquence, c’est exactement ce qu'on travaille depuis trois semaines. Bien joué. »
La différence est subtile, mais majeur. Dans la première version, l'entraineur fait un commentaire transactionnel. Il donne un compliment pour acheter l'effort en troisième période. Dans la deuxième version, il nomme un comportement observable simplement pour aider l'athlète.
Bien entendu, la deuxième version peut avoir un impact sur l'effort en troisième mais ce n'est pas inclus dans le contrat du compliment. Les athlètes sentent la différence entre un compliment transactionnel et un compliment qui nomme un comportement précis. Le premier achète de l’effort. Le deuxième construit la fierté personnelle.
La cohérence émotionnelle
Sois la même personne du lundi au vendredi, après une victoire comme après une défaite. Tu peux tout à fait critiquer le niveau d’effort de tes athlètes, c’est ton travail. Mais fais le avec la même attitude que quand les choses vont bien.
Imaginez un entraineur-chef de volleyball collégial qui entre dans le gym un lundi matin après une défaite difficile en fin de semaine et qui dit à son équipe :
« On va voir aujourd'hui qui veut vraiment être ici. Celles qui ne sont pas prêtes à travailler, vous savez où est la porte. »
Imaginez maintenant si elle dit ça à la place :
« Vendredi soir, notre niveau d'effort n'était pas à la hauteur des objectifs que l'on vise. Aujourd'hui, on va corriger ça ensemble, de la même façon que nous travaillons sur des objectifs tactiques lors des autres semaines. »
La différence est plus frappante dans ce cas-là. Dans le premier cas, nous avons un entraineur qui a une personnalité différente selon la victoire ou la défaite. Dans le deuxième cas, on a un entraineur qui est cohérent et qui cherche simplement à atteindre les objectifs.
Communiquer directement
Si quelque chose ne va pas avec un athlète, parle lui. Directement. Pas de regard lourd dans le vestiaire pour « faire passer ton message ». Pas de silence punitif qui force l’athlète à décoder ce que tu penses. Confronter un athlète avec respect, c’est lui montrer comment faire la même chose avec ses coéquipiers.
Imaginez une entraineure-cheffe de basketball universitaire qui remarque qu'une de ses joueuses partantes a arrêté de communiquer en défense depuis deux matchs. À la pratique du lendemain, l’entraineur passe à côté d'elle sans la regarder; l’entraineur met l’athlète sur l’unité de réserve. En faisant ça, l’entraineur laisse planer un silence lourd tout au long de la séance.
Imaginez maintenant si elle fait ça à la place :
« Sarah, viens me voir deux minutes avant qu'on commence. J'ai remarqué que tu ne communiques beaucoup moins en défense depuis deux matchs. Qu'est-ce qui se passe? Je vais te placer sur la deuxième unité pour que tu sois forcé à communiquer davantage car tu veux jouer avec des joueuses moins expérimentés. »
En laissant l'athlète seul à décoder le message subtil de l'entraineur, l'athlète augmente son sentiment d'impuissance et de confusion. Ce qui n'est pas propice pour amener l'athlète à prendre en charge son développement. En confrontant l’athlète directement, on explique la raison tout en lui donnant un moyen de s’en sortir. On passe de l’impuissance personnelle à avoir le pouvoir d’agir.
Laisser vivre l’athlète
Leur vie sociale, leurs amis, leur dimanche matin : ça leur appartient. Plus tu leur fais confiance sur ce qui se passe en dehors de l’aréna, plus ils vont s’engager à fond quand ils sont avec toi. Tu veux des athlètes qui choisissent d’être là, pas des athlètes qui subissent ta présence, pas des athlètes qui sont forcés d’être là.
Imaginez un entraineur de football collégial qui, à la fin de la pratique du vendredi avant une fin de semaine de congé, rassemble son équipe et leur dit :
« Je ne veux pas vous voir sortir en fin de semaine. Pas de party, pas de gaming jusqu'à trois heures du matin, pas de distraction. Vous êtes des athlètes, agissez comme tel. Je vais le savoir si vous ne respectez pas ça. »
Imaginez maintenant s'il leur dit ça à la place :
« Profitez de votre fin de semaine, les gars. Vous savez ce qui vous attend lundi matin et vous savez ce que ça prend pour être prêts. Je vous fais confiance là-dessus. On se revoit lundi à 6 h, prêts à travailler. »
Ici, on a un entraineur qui fait confiance aux athlètes.
C'est quatre comportements qui vont ultimement mener les athlètes à développer leur autonomie, et ainsi prendre en charge leur développement. Une fois les quatre comportements en place, tu peux bâtir dessus.
Mettre en place une période de réflexion
J’ai accompagné un entraineur-chef universitaire qui installait, chaque lundi, une routine toute simple. Elle demandait à ses athlètes de s’asseoir en petits cercles de trois à cinq et leur posait trois questions : qu’est ce qu’on a bien fait? Qu’est ce qu’on a moins bien fait? Comment on s’améliore pour la fin de semaine prochaine?
Le détail qui change tout : la coach n’était pas dans les cercles. Elle avait mis en place la structure, donné les questions, protégé le temps. Mais c’étaient les athlètes qui faisaient le travail de réflexion.
Trois questions, un moment fixe, chaque semaine.
Ce n’est pas un système compliqué. C’est une architecture minimale qu’on protège semaine après semaine.
Est-ce que ça fonctionne? On ne peut jamais le garantir, mais cette équipe a gagné le championnat national universitaire la même année.
Alors la question à te poser cette semaine
Quand est ce que tes athlètes ont réfléchi à leur propre performance cette saison, sans que ce soit toi qui parles? Si la réponse te fait hésiter, tu viens de trouver ton chantier pour la semaine qui s’en vient.



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