François : Ona parlé de mille affaires. Quand les coachs vont raccrocher leurs écouteurs oudéposer leurs écouteurs, qu'est-ce que tu aimerais qu'ils ressortent dupodcast?
Grégory : Lesentir qu'ils ont le pouvoir et la légitimité de faire plus avec ce qu'ils onten ce moment, ce qu'ils ou elles ont en ce moment. J'ai l'impression que dansl'état des faits, l'état de l'art qui est demandé par la fédération, il y acertaines recettes, ce qui est complètement compréhensible aussi parce quechaque fédération veut avoir sa manière de faire. On peut penser aux Pays-Bas,où tout le pays joue en 4-3-3 et tout le système est fait pour honorer ce stylede jeu là. Comme on est au Québec, en Amérique du Nord, j'ai l'impression qu'ily a comme un flou entre qu'est-ce qu'on peut se permettre et qu'est-ce que lesfédérations, les organisations veulent de nous, entraîneurs. Et j'ail'impression que ce serait l'idéal de comprendre les outils qui sont proposésdans la conversation, puis de dire, mais là je suis capable de faire face àplus de situations si je me fais confiance et si j'utilise les outils.
Comparer cesoutils là, par exemple, vous êtes un entrepreneur, on vous donne XYZ outilspour faire du marketing, du SEO. Vous êtes un manager, un gestionnaire, on vousdonne XYZ outils pour mieux gérer votre équipe. C'est à peu près la même chose,finalement. Vous avez un environnement à gérer, une équipe à gérer, desjoueurs, joueuses à gérer, et l'idée c'est de dire, avec ce que j'ai commeconnaissances, je peux commencer à jongler un peu plus avec les différentesinformations, puis me donner du loose pour être des fois en mode lab, des foisen mode opération. J'ai une mission à remplir. Ce n'est pas le genre de messagequi provient des fédérations. Alors j'aimerais que le podcast devienne un peule véhicule de ce message-là : je peux m'en permettre plus.
François : Superintéressant. Grégory, bienvenue à Temps d'arrêt.
Grégory : J'apprécie,merci beaucoup de l'invitation, ça fait vraiment plaisir.
François : Mercià toi d'être là. Dans toutes nos conversations préparatoires, aujourd'hui tuparles du rôle de l'entraîneur, d'avoir une liberté. À quel point tu pensesqu'on doit explorer cette liberté-là comme entraîneur? En ce sens que dans lapré-conversation, tu me disais que dans certains pays, ça va être très rigide,la façon de jouer. Donc d'en bas jusqu'en haut, on va avoir une certaine façonde jouer.
Moi je le voisdans certaines structures sportives. Il y a des régions du Québec, dans unsport X, parce que je ne veux pas en mettre nécessairement un en évidence, quivont dire, OK, bien nous en secondaire, on joue ça, puis parce que jusqu'à cequ'on se rende à l'université, on va jouer le même style de jeu. Est-ce qu'ondevrait plus encourager les athlètes, les entraîneurs, les fédérations ou lesstructures à explorer une grande diversité de jeu, ou on devrait rester quandmême... Parce qu'il y a quand même des avantages à être aligné de haut jusqu'enbas.
Grégory : 100%. Je peux le voir d'une façon d'organisation. Si on compare une équipe à uneentreprise, avoir une culture au sein d'une entreprise, avoir une façon defaire au sein d'une entreprise, c'est essentiel pour consolider l'image et lerésultat. Si on revient au sport, c'est totalement naturel pour uneorganisation de vouloir fonctionner d'une certaine façon. Maintenant, au seinde cette organisation-là, un ou une entraîneur pourrait dire, il me faut unpetit peu plus de loose pour essayer les limites. Imaginons que dans un match,les choses ne se déroulent pas de la façon dont on veut parce que le protocoleest trop rigide, parce que pour faire face à une situation, ça devient un peutrop contraignant de faire, comme on dit en anglais, the book, d'y aller exactementselon le protocole. Et si on ne laisse pas ce loose là pour les entraîneursd'aller un petit peu à droite, un petit peu à gauche, d'explorer les limitesjuste pour se donner plus d'outils, plus de ressources pour faire face àcertaines situations. Mais finalement, ce qu'on fait, c'est que nous on opère,on n'est pas en train de jouer. Or, le jeu, ça exige justement d'être plusflexible, et c'est pour ça qu'autant les entraîneurs que les joueurs devraientavoir ce luxe-là pour se doter de ressources supplémentaires.
François : Quandon résout des problèmes en temps réel, comme tu le dis, oui on peut se préparerà plusieurs problèmes, mais les problèmes qu'on a à résoudre durant les matchs,ils vont toujours changer. Pour moi, ce que tu dis là, c'est une question defavoriser le développement de l'intelligence sportive de l'athlète, qui soitcapable de transposer ce qu'il apprend dans plusieurs contextes et non justedans une certaine formation, dans un certain style de jeu. Puis là, ça metvraiment bien la table sur ce que je voulais qu'on discute aujourd'hui, puisqu'on a préparé à discuter, où on veut explorer un peu les limites du coaching,puis les limites du coaching dans le terme de la conception des séancesd'entraînement, la conception des pratiques, la conception des éducatifs. On vaen parler, mais en préparation tu me disais que tu as eu plusieurs expériencesqui ont comme changé ta façon de voir. Puis je peux déjà le voir en lisant tesarticles, en regardant tes travaux, comme clairement que tu réfléchis puis tute poses bien les questions. C'est pour ça que tu es là aujourd'hui. J'avaisvraiment hâte de discuter, juste en lisant les articles ce matin d'ailleurs.Mais tu me parlais justement qu'il y a un moment où ça a vraiment changé tafaçon de voir ta contribution. Puis plus spécifiquement quand tu as participé àla formation UEFA en Écosse, ça semble avoir changé ta façon de voir tacontribution au soccer. Parle-moi un peu de cette expérience-là. Comment est-ceque ça a changé ta conception ou ta contribution?
Grégory : 100%. Je pense que c'est en lien autant avec cette expérience-là en Écosse qu'avecles articles, parce que merci beaucoup d'avoir fait tout ce travail-làd'exploration, beaucoup d'écrit, beaucoup de propos. Ma façon de répondre à laquestion de comment cette expérience-là de la licence UEFA a contribué àchanger la perspective, c'était... J'identifie plus ça comme une interaction.Je m'explique.
Au Québec,comme dans les voyages que j'ai faits, très curieux, j'ai cumulé un bon nombred'opportunités de formation. À un moment donné, dans mon parcours, le messageque je recevais, c'est que si je voulais me rendre à un certain endroit, il mefallait des badges, des licences qui soient reconnues. La licence la plusréputée au monde est celle de l'Europe, la Confédération européenne, l'UEFA.
Et donc là,j'ai commencé par la B, j'ai fait un séjour en Écosse, et ensuite, évidemment,quand tu rentres dans un écosystème, on te vend le niveau suivant. Et là, jesuis rentré dans la A. De manière intéressante, la A est entrée en scèneexactement durant le temps de la COVID, parce que j'avais fait la B avant laCOVID et l'invitation pour la A est arrivée alors qu'on était en pleinconfinement. Donc j'ai commencé les cours à distance avec le bel accentécossais qu'on peut reconnaître dans les médias, des commentateurs.
Et donc çataquinait l'oreille, mais surtout, c'est qu'au fur et à mesure où je continuaismes travaux de lecture, de questionnement, comme tu disais tantôt, de tenter detester des positions avec des gens au Canada, des gens au Portugal, des gens auBrésil, qui composent un peu le mix de gens avec qui je travaille sur une baserégulière. Là, c'était de dire, OK, comment est-ce qu'on fait pour utiliser ça,de me replonger dans l'univers écossais et de voir la pleine demande. Quand jedis demande, c'est qu'une fois que tu arrives là-bas, il y a une mission, c'estde pas juste dire fais ce que tu sais faire, c'est de dire va au bout de ce quetu sais faire parce que tout est dans les détails. Or, ce pourquoi je parlaisd'interaction, c'est que j'avais déjà produit à cette étape-là énormément.J'avais déjà posé beaucoup de questions, j'avais beaucoup challengé certaineschoses que j'avais vues.
Mais il fallaitque je me prépare à aller au bout des choses pour un sujet que, si jem'auto-évalue, je maîtrisais moins. Parce que le détail dans le jeu, ce n'estpas la façon dont je travaille de manière naturelle. Alors il fallait vraimentque j'aille au bout des choses pour dire, si je dois me qualifier pour uncertain niveau de professionnalisme pour travailler dans une académie, parexemple au CF Montréal, par exemple ailleurs, il fallait vraiment que je soiscapable de maîtriser ces détails-là à l'intérieur du jeu au moment où il sedéroule. Or, le standard, c'est exactement celui-là en écossais.
François : Etpuis qu'est-ce que tu veux dire par aller au bout des détails? Parce que moi,juste l'idée d'aller au bout que j'entends, c'est qu'il faut que tu drillesdans ton système de jeu au point de tout décortiquer ce qui se passe un petitpeu. Je serais curieux de voir ça parce que je pense que plusieurs entraîneurs,peut-être un, ils vont réaliser en écoutant ce que tu viens de dire là qu'ilfaut qu'ils approfondissent un peu plus leur système de jeu. Mais j'en voiscertains d'autres dire, OK, qu'est-ce que tu veux dire par approfondir monsystème de jeu slash aller au bout des détails, si on prend l'expression là?As-tu des exemples concrets de à quel point il faut être plus précis, plusprofond dans ce qu'on fait?
Grégory : Cequi me vient à l'esprit, c'est une expérience extraordinaire qui a eu lieujustement dans une des activités qu'on a faites. Donc évidemment, il y avaitdes cours théoriques, etc. Puis à un moment donné, dans le cursus, je parle dela formation en Écosse, il y a eu justement, c'était en ligne, il y a eu deuxdes tuteurs qui ont reproduit un jeu d'échecs, mais en parlant de soccer.C'était absolument incroyable. Donc ce qu'ils ont fait, c'est qu'ils ont prisune table électronique, numérique, des pions, en plaçant leurs joueurs. Ilsétaient dans une certaine phase de jeu, alors ils nous expliquent, OK, voicid'où part le ballon, voici qu'est-ce qui se passe dans le match. Et puisc'était vraiment une conversation, c'était un va-et-vient et un va-et-vient etun va-et-vient, trois fois. Donc le tuteur 1 a dit, voici ce que je vais fairepour telle phase, je vais partir de mon but, je vais placer mes joueurs commeça. Puis ils sont allés vraiment au détail parce qu'ils parlaient de, quand onécoute Guardiola, c'est ça qui transparaît, c'est de gérer les probabilitésdans le jeu.
Donc il dit, jevais aller là parce qu'il y a plus de probabilité d'avoir un plus gros taux desuccès ou d'avoir plus de production d'attaque ou de monter dans le terrain ensoccer si je procède de cette façon-là. Il arrêtait de parler et là l'autretuteur embarquait. Si mon adversaire fait ça, moi c'est ce que je veux faire.Puis là il allait vraiment dans le détail en disant, moi je vais vouloir luipour que mon adversaire ne puisse pas faire ça, je vais vouloir faire lacouverture. Il donnait tous les principes, il avait placé ses 11 joueurs et ildonnait même des scénarios. Donc, si lui est passé, moi c'est ce que je veuxfaire. Ils ont échangé comme ça trois fois, c'était un orchestre symphonique.Et quand je dis aller au bout de ton détail, mais c'est justement ça, c'est quedans la narration du jeu, les deux tuteurs sont allés au bout des détails parcequ'ils ont articulé qu'est-ce qu'ils voulaient faire dans le jeu, pourquoi ilsvoulaient faire ça dans le jeu, telle action, tel positionnement, parce que çacorrespondait à des probabilités.
Et on ditaussi, ça correspond au profil de mes joueurs, mon modèle de jeu, ma culture.C'est ici comme ça qu'on fait les choses. Et comme ça, ils ont échangé troisfois. Mais le débit de connaissances au moment où ils ont fait ça étaittellement haut que finalement, toutes les personnes qui étaient en traind'assister à ça dans le cours, ils étaient absolument bouche bée. Moi lepremier, j'étais wow, quelle orchestration. Et ça, la façon dont ils ontcommuniqué ça, c'est comme si c'était un jeu d'échecs auquel ils jouaient surune base quotidienne. Ils n'ont pas bégayé, ils n'ont pas hésité, ils savaientexactement où est-ce qu'ils s'en allaient, ils savaient exactement qu'est-cequ'eux apportaient comme coach dans le jeu et qu'est-ce qu'ils demandaient àleurs joueurs, évidemment virtuellement, parce qu'ils n'étaient pas en train decoacher activement, ils étaient en train de piloter comme une manette, si tuveux, mais c'était instructif de voir à quel point les détails peuvent êtreaussi poussés et aussi basés sur une constellation d'informations. Lesprincipes, le modèle de jeu, leur identité, tout était là.
François : C'estvraiment riche ce que tu viens de nous partager là. Honnêtement, j'ai de lamisère à savoir par où commencer, ce qui est quand même, je te dirais, rare.Mais le premier élément que je dirais, c'est, je reviendrai sur, tu dois gérerles probabilités. Parce qu'en bout de ligne, je pense que comme coach, tout cequ'on peut faire, c'est, très grande réduction du rôle, c'est de maximiser lesprobabilités d'avoir du succès. Mais là, à la fin, c'est qu'il faut avoir lavision de jeu, c'est ce dont tu parlais à la fin. C'est avoir généré ou conçunotre vision de jeu, notre modèle de jeu, en fonction de maximiser nos chancesd'avoir du succès. Mais c'est là que maximiser nos chances d'avoir du succèsdépend aussi des systèmes contre lesquels on joue. Ce qui est super important,qui est le deuxième point je pense central, puis moi, si j'entends, je vaisdire des entraîneurs-chefs ou des conseillers au développement des entraîneurs,si vous entendez ce bout-là de conversation, je pense que vous devriez même utilisercet exercice-là que tu viens de mentionner dans la formation ou dans le travailou la collaboration entre vos coachs, parce que, un, prends le créé, moi je leverrais plus dans un contexte de football évidemment, donc moi je suis un coachdéfensif généralement.
OK, je suis uncoach défensif, sur ce jeu-là, je vais faire tel jeu. OK, mais toi, tu vasfaire tel autre jeu, tu vas peut-être avoir déployé du côté fort pour telleraison. Après ça, OK, bien moi, si tu fais ça, prochain jeu, je vais faire ça.Et donc là, il y a une sorte de répartie. Donc là, c'est comme si on sepratiquait à gérer le match en temps réel. Mais il y a le deuxième élémentaussi dans la formation des entraîneurs. Puis là, on retourne au début de mathèse de doctorat. Donc là, ça fait quand même déjà plus d'une décennie. Maison parlait souvent de la différence entre les connaissances tacites etexplicites. Puis ce qui me vient quand tu parlais, c'est de constellation. Pourmoi, c'est qu'on a deux entraîneurs à l'avant qui ont, un, on les a forcés àexpliciter leur connaissance, mais ils savent noir sur blanc ce qu'ils font.C'est pas juste, OK, je pense que c'est, c'est comme, non, c'est très délibéré,c'est très intentionnel, c'est clair. Et c'est pour ça, je pense qu'on n'a pasassez d'entraîneurs qui ont une vision explicite de leur modèle de jeu et desprincipes sous-jacents, puis qui sont capables de savoir, OK, dans le scénarioX, je vais faire Y. Puis je comprends ici, je suis sûr que tu abondes dans lemême sens, que ça va changer dans la situation de match. Mais en même temps, situ n'as pas de vision à la base, ça devient difficile de le rentrer dans lesséances d'entraînement.
Grégory : 100%. Ce que tu viens de dire, ça me fait penser à des dernières citations quej'ai vues. Comme le PSG vient de remporter une nouvelle fois la Ligue deschampions, la deuxième fois ça serait Kylian Mbappé, il y a plein de petitscommentaires et beaucoup de contenu qui parvient aux médias sociaux. Ils sontretournés sur une citation que Luis Enrique avait faite, avait dit au moment oùMbappé faisait partie de l'alignement du PSG. Et ce qu'il disait en réalité enlien avec Mbappé, mais en lien surtout avec son équipe, ce que lui voyait pourson équipe, c'est qu'à terme, il allait définitivement maîtriser toutes lessituations. Et c'est ce qui lui a permis de gagner deux années par après. Etc'est ce que je trouve essentiellement incroyable pour la communautéd'entraîneurs, mais c'est ce que je trouve aussi compliqué dans la réalité danslaquelle on est au niveau du sport amateur. Au Québec ici, en ce moment, auCanada ici, en ce moment, on a certaines institutions dans lesquelles certainsentraîneurs, certaines entraîneurs ont le luxe de mettre autant de temps queLuis Enrique, autant de temps que l'exemple que tu viens de donner au footballaméricain. C'est extraordinaire de voir qu'il y a des institutions qui naissentici au Canada. Par contre, quel pourcentage ça représente de la réalité dusport au complet? 1 %, 0.5 %. Tous les autres entraîneurs, toutes les autresentraîneurs, quelle capacité ils ont de manière viable, je veux dire, dans leurquotidien, alors qu'ils étudient, alors qu'ils travaillent, ils allient letravail, ça devient particulier de dire, combien de temps je vais mettrelà-dessus?
Ça me faitpenser à un de mes collègues avec qui j'ai la chance d'échanger sur ce sujetlà. Et quand je disais que moi je me vois peut-être moins travailler sur cesdétails là de manière naturelle, lui justement de manière naturelle, c'est saforce. Le gars c'est, j'ai une salutation à Jarrod d'ailleurs, très très bondans les stats, très très bon dans la compréhension du jeu. Dans un contexteU15 ou 16 féminin, il fait exactement le travail que tu viens de décrire. Il sedonne la peine d'investir là-dessus. Mais ça vient de lui, cetinvestissement-là. Et quand il te le raconte, j'ai l'impression d'avoir lesdeux coachs écossais en face de moi parce qu'il va tellement dans le détail. Ilest tellement clair dans ce qu'il fait et dans ce qu'il livre que c'est unplaisir de suivre cette narration-là. Est-ce que c'est le cas pour toutes lesinstitutions, toutes les organisations et tous les coachs, entraîneursféminins, masculins ici au Québec? J'ai encore l'impression que c'est unerareté, à moins que la personne dise, je vais m'y mettre à fond. Si les genss'y mettent à fond, c'est probablement parce qu'ils ont quelque chose à gagneraprès. Ils vont gravir les échelons et parvenir à un niveau supérieur. Je leursouhaite beaucoup. Mais pour le temps maintenant, est-ce qu'ils ont vraiment laviabilité de passer autant de temps, parce qu'il s'agit d'un investissement quiest colossal de faire tout ce que tu viens de décrire.
François : Certainement.Et créer des changements, ça vient toujours avec des investissements de temps,financiers, peu importe. Et je ramènerais les gens peut-être à une citation quej'ai entendue ce week-end en marge du Grand Prix de F1 de Barcelone qui a eulieu. Il y avait une vidéo, dans le fond, c'est l'écurie Red Bull, et ledirecteur qui parlait de comment est-ce qu'il approchait la gestion de projet.Il disait en bout de ligne, eux, ils faisaient la liste de tous les différentsprojets qu'ils pouvaient faire. Et là, il allait voir c'est quoi le ratio debang for your buck. Qu'est-ce qu'il devait investir pour quel retour sur letemps par tour il allait chercher? Mais si on parle des situations dans uncontexte de ressources limitées, peut-être qu'un des premiers travaux à fairecet été pour les entraîneurs, c'est de faire dans l'entre-saison, c'est defaire la liste de toutes les situations qui sont importantes à maîtriser. Parceque si je pense par exemple au hockey, là on a les tirs de pénalité, par exemple,on peut avoir la prolongation à 3 contre 3, on peut avoir un désavantagenumérique à 5 contre 3, on peut avoir la fin de match à 6 contre 5, mais lequelte donne le plus de bang for your buck et qui va avoir le plus d'impact sur tesprobabilités de victoire. Donc on revient à ton commentaire initial, tu doisgérer les probabilités autant dans notre décision des situations qu'on explore,mais après ça aussi dans la façon dont on enseigne les choses. Et là, moi, onvient d'établir et tu l'as fait très bien, merci encore une fois pour cetexemple riche-là, en gros, ce que je retiens de l'histoire, puis j'invite lesgens à le regarder, c'est qu'il faut expliciter notre vision du jeu et êtrecapable de vraiment en parler et de l'approfondir. Mais là, on a beau avoirnotre vision de jeu. Un des facteurs limitants de la performance, et il n'y apersonne qui va tomber en bas de sa chaise en ce moment, si vous êtes sur unechaise bien entendu, c'est la façon que les joueurs ou les joueuses vont avoird'exécuter cette vision de jeu, ce modèle de jeu. Mais un gros élément qui a unimpact là-dessus, c'est la conception des séances d'entraînement. Dans lesarticles qui sont très riches, il y en a un, ces articles, je vais devoir lerelire deux fois parce que je l'ai lu et il y a trop de concepts, moi, je suiscapable de plus maîtriser ça. Mais pour aujourd'hui, c'est ce que je voulaisdire par ce commentaire-là. Tu as vraiment approfondi ça en détail dans tesarticles, puis bravo pour ce travail-là. Moi, j'ai l'impression que tu meracontes le jour où tu as réalisé que la plupart des entraîneurs ne lisent pasassez ce qu'ils voient sur le terrain. Parce que dans tes travaux, on semblesentir qu'il faut partir de l'observation à la conception de pratique pourréaliser nos performances en match. Mais quand est-ce que tu as réalisé, que tute dis que les coachs ne lisent pas assez ce qu'ils voient sur le terrain?
Grégory : Traditionnellement,je pense qu'il y a un héritage qui est encore très très fort sur voir desactions. Imaginons, par exemple, qu'on a une séquence de jeu, ça peut êtren'importe quel sport collectif, ça peut être n'importe quel jeu, ça peut êtredes matchs, des petits matchs. On a une forte tendance à attendre une action enparticulier dans le lot de toutes les actions dans une séquence de jeu. Et donctu regardes, tu regardes, tu regardes, puis là t'attends comme si t'étais avecune petite cloche et là tu regardes une action. Et quand l'action se passe, onaurait le réflexe d'agir sur cette action-là. T'as pas bien kické, voicicomment tu pourrais mieux kicker, t'as pas bien passé, voici comment tupourrais mieux passer. Mais le truc, c'est que quand t'attends et tu rates toutce qui vient avant, ou t'es pas en train de lire tout ce qui vient avant. C'estpour ça que dans le lot de toutes les conversations que j'ai eues et surtout lafaçon dont ils présentent les faits dans ma formation que j'ai eue au Brésil,c'est d'insister énormément sur les comportements. Quand tu vois le jeu commeun comportement, ça t'approche à la lecture parce que tu dois dire qui agitcomment sur une... tu prends 10 actions, 15 actions, 100 actions au complet,avec et sans le ballon, avec et sans la rondelle, peu importe. L'idée c'estvraiment voir un groupe d'actions davantage qu'une action que t'attends dans unmatch. Quand tu vois des groupes d'actions, des séries d'actions, là tu voisles comportements, et c'est dur de lire des comportements parce que tudécouples la quantité d'informations de 1000 %, beaucoup plus encore. Et doncça devient difficile pour une seule paire d'yeux de tout voir ça. C'est ce queje veux dire.
François : OK,puis peut-être juste pour approfondir ça parce que je pense que c'est riche.Un, ce que tu nous dis, c'est qu'on va souvent, mettons, attendre l'ailier quiarrive avec le ballon sur le bord du terrain. Puis là, je suis pas un expert desoccer, évidemment. On attend qu'il fasse la passe en croisée. Puis là, quandon voit qu'il fait la passe en croisée, là, on va intervenir là-dessus parceque c'est comme la chose facile à coacher. Mais qu'on ne pense pas assez àl'ensemble du jeu. Puis quand tu dis, quand tu compares l'ensemble des actions,excuse-moi, de la séquence d'actions, donc quand tu dis de regarder ça commedes comportements, est-ce que tu peux peut-être me donner un exemple concret,parce que je pense qu'à partir d'un exemple de soccer, football européen, onpourrait certainement faire l'extension aux autres sports, mais je seraiscurieux de savoir, as-tu un exemple concret?
Grégory : Sion traduit des comportements en principes, des principes vont avoir plusieursniveaux, mais ce sur lequel je fais référence en ce moment, c'est surtoutl'interaction avec ses coéquipiers, le ballon, l'espace et les adversairesévidemment. Et donc en fonction de la distance que tu gardes par rapport à tonadversaire, l'angle que tu gardes par rapport à ton coéquipier quand lui il ale ballon et toi tu n'as pas le ballon, le mouvement que tu vas faire pouroccuper un tel espace, tout ça ce sont des comportements qui respectentcertains principes ou qui vont correspondre à certains principes. À partir dumoment où tout ça est orchestré, tu pourrais prendre ton match ou tes jeunes outon équipe et après ça dire, OK, comment est-ce que ça se compare par exempleau dernier match de la Coupe du monde que je viens de voir hier à latélévision. Tu vas voir qu'à la Coupe du monde, les comportements qu'ils ontsont au plus haut niveau, parce que non seulement ils respectent tous cesprincipes-là qui sont sur l'efficacité dans le jeu, essayer de miser sur lesprobabilités dont on parlait tantôt, essayer d'avoir le plus d'impact, deproductivité possible dans le jeu, ben tu vas voir que dans le match de laCoupe du monde, la majorité des actions correspondent au plus haut niveau deperformance de chacun de ces principes-là. Et là, tu surdoutes les actions.Donc, comment tu te comportes dans le jeu, c'est en respect ou en référence àces principes là, la distance que tu gardes par rapport à ton adversaire,l'angle que tu gardes par rapport à ton coéquipier pour être capable d'avoirune passe de plus, le positionnement, garder les lignes parce que quand tujoues un 4-4-2, tu vas avoir quatre défenseurs, ça paraît que c'est une lignede quatre. Quatre, un milieu, ça paraît que c'est une ligne de quatre. Et tousces principes là font en sorte que de manière individuelle et collective, tureconnais une certaine organisation.
Si tu comparesce match-là de la Coupe du monde et tu vois un match de Timbits U5, tuconstates que les principes ne sont pas là. Naturellement, on ne s'y attendraitpas. Mais juste le fait de comparer, tu vois que les comportements de tous seprécipiter vers le ballon, tous être autour du ballon et finalement t'approcherdessus pour essayer de le faire sortir et d'exploiter l'espace, des châteauxtout petits, ça correspond aux habiletés, mais ça ne correspond pas auxprincipes, parce qu'on n'est pas encore là dans le développement. Comportementfait référence à des principes individuels que toi tu vas, comme joueur,essayer de mettre en pratique pour rehausser l'efficacité dans la façon dontl'équipe joue ensemble.
François : Ceque je comprends, et merci pour cet exemple-là, beaucoup plus clair, et j'aiaimé le détail. Et c'est ce que j'attirais aussi les entraîneurs qui ne sontpas dans le soccer à réaliser, c'est à quel point la science et la méthodologieen soccer est avancée au niveau mondial, à cause de la compétitivité de laCoupe du monde, puis du nombre de pays, puis le nombre d'universités qui sontinvesties là-dedans. On le voit juste avec ta réponse numéro un. Mais deux, ceque j'entends aussi, c'est comme on coache trop la passe qui a été manquée ouqui a été faite à la fin et pas assez le déploiement qui se passe jusque-là.C'est une façon de le verbaliser. Mais là, moi, justement, de me dire, ça,c'est ce qu'on observe trop. Puis en fait, avant d'enchaîner pour aller plusvers la forme des pratiques, où est-ce que les coachs doivent mettre davantageleurs yeux? C'est-à-dire que dans le fond, est-ce justement de regarderdavantage les principes puis de faire des commentaires là-dessus? Commentest-ce qu'un coach peut s'attarder davantage à ça en temps réel, soit un matchou durant une pratique, selon toi?
Grégory : Jevois ça comme un processus qui est très itératif. Qu'est-ce que je veux direpar itératif, c'est que tu fais un peu de travail, tu avances, puis t'asl'impression de te perdre, tu recules, puis après ça tu apprends, puis turéavances, c'est vraiment des va-et-vient, tu avances, tu recules, tu avances,tu recules, dans tout ce processus-là de compréhension du jeu. Donc, il fautpas avoir peur de dire, OK, dans un jeu, aujourd'hui, je pourrais regarder laCoupe du monde, je pourrais retourner voir la série des Canadiens contre lesSabres, contre les Hurricanes, puis décoder le jeu en essayant de regarder.Donc, ce qu'on veut éviter, c'est de regarder que des actions. Donc commentest-ce que par exemple dans tel match, pour avoir un tir au but finalement, puislà on veut se dégager de la technique de comment est-ce qu'il a tiré dans cemoment là. On veut voir qu'est-ce qu'il fait avant. Donc ça, si on fait lematch en rétroaction, on recule, là tu pars du tir au but, là tu vois teldéplacement avant, puis tu vois telle passe avant, puis tu vois telleorganisation offensive avant, puis tu vois telle transition avant. Là tu peuxdécoder des comportements.
Et ça c'estencore en regardant un seul joueur. Comment est-ce qu'on peut voir lecomportement d'un trio offensif au hockey? Comment est-ce qu'on peut voir lecomportement d'un bloc défensif au football américain? Mais là faut voirénormément, faut décupler de plusieurs, plusieurs fois le nombre de séquencesde jeu. Puis je compare ça souvent à une lunette. Imagine que je porte unelunette qui est le bon fond de bouteille. Le bon fond de bouteille, la lentilleest très très très grosse. Mais qu'est-ce qui va arriver dans le point defocus, c'est que probablement tu vas avoir une vision qui est distorsionnée.Probablement parce que tu vas voir une portion de l'image qui est nette, puistout le reste qui est comme flou. Ben si une portion de l'image elle est nette,c'est que ton focus il va être là-dessus. Imagine que je change de paire delunettes maintenant, que je m'en vais dans une lunette qui ressemble un peuplus à la caméra poisson là sur mon iPhone. Ben là tout est net, mais je voisénormément du fond du champ de vision. Fait que c'est d'alterner entre un fondde bouteille et un fisheye, continuellement, puis essayer de voir, OK, bien là,si je vois le match dans un fond de bouteille, je vais suivre la rondelle, leballon ou un joueur ou une joueuse, puis je vais m'attarder à son comportementou à sa série d'actions. Là je change de lunette, je m'en vais dans un fisheye,dans une vue de poisson, là je vais voir un bloc défensif au complet. C'est çades comportements, mais il faut vraiment pas avoir peur de changer de lunette àchaque fois, des fois avec un peu plus de focus, moins de focus, selon nospriorités, et selon ce qu'on veut gérer dans le championnat. Par exemple, j'enprofite juste pour terminer cet exemple-là. Imaginons que je suis dans un championnatde U10, au hockey, au soccer, au basket, peu importe, et que dans cechampionnat-là, je ne veux pas gérer la même chose qu'à la Coupe du monde, jene veux pas gérer la même chose qu'à la Coupe Stanley. Pourquoi? Parce que laCoupe Stanley, c'est le max de tout à gérer. Dans mon championnat U10, je vaisessayer de gérer qu'est-ce que j'ai à gérer. Est-ce que les passes sur le côté,c'est un bon moyen de développement pour avoir des comportements justementd'appels de balle sur les côtés puis une circulation un peu plus vers lalargeur. C'est suffisant. Est-ce que j'ai besoin de gérer le momentum de match,la gestion des moments forts et moments faibles? Non, j'ai pas besoin de toutça. Je vais essayer de voir les comportements qui reproduisent cette organisation,ce développement-là, de va-et-vient d'un côté à l'autre. Et à partir de là,capable de me tenir aux lunettes qui correspondent à ce comportement-là. Je nepeux pas aller plus loin parce que sinon je vais me perdre dans la quantitéd'informations.
François : Etquand tu parles de tu te perds dans la masse d'information, c'est là que jepense qu'il faut être délibéré. C'est ce que je retiens en lien avec tapremière histoire en Écosse aussi, dans ce qu'on va observer et de bien choisirle focus là-dedans. Et il y a un autre exemple qui me venait à l'esprit, parceque je sais qu'il y a des entraîneurs de volleyball à l'écoute, beaucoup dehockey, de football également. Mais au volleyball, au début tu parlais etj'entendais hockey. Ben, il faut que le libéro soit conscient de comment il varéceptionner le smash pour être capable de le placer à la bonne place. Puis là,l'amener à voir que, hé ben, t'as mis la passe légèrement en arrière dupasseur, fait que là, il faut lui qu'il mette ses mains plus en arrière, etqu'il change son angle de passe. Mais là, après ça, je t'écoutais, pis j'étaiscomme, OK, ça c'est trop précis encore une fois. Fait que là, un autre exemple,c'est de dire, OK, on pourrait amener le libéro à penser comment est-ce que sonjeu de pied, avant la réception du smash, a eu une influence sur l'emplacementde sa passe, qui était peut-être trop en arrière. Puis là, j'étais comme encorerendu à un autre niveau pendant que tu parles, j't'écoutais en parallèle. Maisj'étais comme, OK, ben peut-être que le déplacement du joueur à côté du libéroune seconde avant le smash a eu une influence sur son jeu de pied parce qu'ilétait trop collé. Lui, il avait un enjeu de sécurité. Il voulait pas faire sonplongeon et tomber la tête dans le genou de la personne à côté. Fait que vuqu'il pouvait pas faire ça, son jeu de pied a été modifié. Il a ultimement euun enjeu sur l'emplacement de la réception vers le passeur qui a eu uneinfluence sur le smash. Mais souvent, de ce que je vois dans les gymnases, quece soit au volleyball ou au football ou peu importe, ce que tu me dis, je pensequ'il faut, c'est pour ça que je voulais ramener l'exemple. On va souventcoacher, ben là le passeur, t'avais tes mains trop en arrière, comme déplacetes pieds un peu plus quand tu viens pour faire ta passe. Mais on parle pas dela cascade d'actions et ou de positionnement, puis là j'ai juste parlé de deuxjoueurs sur un ensemble de six, qui fait que ça a eu un impact ultimement surl'emplacement de la passe qui a, après ça, nui au smash qui n'a pas été au bonendroit.
Grégory : Jevais en profiter pour rebondir là-dessus. C'est que tu parlais par exemple,toute la première description que tu as faite de cause à effet d'une action àl'autre, essentiellement, ça pour moi, c'est la vision fond de bouteille, puisc'est notre rôle, c'est notre trip à nous de coach d'avoir comme tout vu ça,être capable de tout verbaliser ça. Dans notre staff, même au sein d'un staff,c'est pas tous les membres du personnel technique qui vont avoir la patience detout verbaliser ça. Donc finalement, on est un peu seul dans ce phénomène-là,dans ce trip-là. Et quand on s'adresse aux joueurs, joueuses en plus, là çadevient encore moins évident de partager toute cette information-là.
Alors qu'est-ceque tu dis? C'est que tu vas aller essayer de corriger sur ses appuis, les pasqu'il va faire avant la solution. Moi la façon dont je l'ai vu quand toi tul'as dit, c'est OK, est-ce que je peux enseigner à ce joueur ou cette joueuselà à être plus patient ou patiente? Ça pour moi, je veux un comportement. Parceque si je lui dis sois plus patient, sois plus patiente, qu'est-ce qui vaarriver? C'est que plutôt que de te précipiter pour anticiper trop la balledescendante sur le smash, ce qui va être fait c'est qu'il va rester sur sesorteils un peu plus longtemps, fléchir un peu plus ses genoux, être prêt pouressayer de voir le mouvement de celui qui smashe. Donc ça, c'est uncomportement d'anticipation. Et j'ai plus tendance maintenant, je le remarquedepuis environ mon dernier cycle de 5 ans, c'est-à-dire de coaching en soccer,je remarque que mes commentaires sont plus par rapport à ça, davantage qued'aller comme dans un fond de bouteille, puis je vais aller fixer sur lespetites exécutions dans sept mini millisecondes là. Parce que même si c'estconcret pour le joueur ou la joueuse, essentiellement c'est une parmi unmillion. Pourquoi je vais aller investir une parmi un million? Je vais essayerde le guider sur les 10, 15 prochaines, parce que les 10, 15 prochaines vontavoir une influence sur ses prochaines habitudes. Et là on peut changer uncomportement.
François : C'estsuper intéressant. Et qu'est-ce que tu dirais, mettons, si on est d'accord surle fait que le joueur à côté a nui au libéro dans son déplacement? Est-ce quetu interviendrais quand même avec cette personne-là? Et qu'est-ce que tu luidirais?
Grégory : Admettonsque comme coach, je pourrais avoir mon opinion sur le modèle de jeu. Le modèlede jeu, ce que je vais essayer de faire, c'est d'indiquer quelle estl'organisation optimale. S'il est trop près et qu'il nuit, je vais dire, dansnotre modèle de jeu, on va essayer de garder une organisation, une ligne, unecertaine qui représente une forme. Admettons que tu traces un lien graphiqueentre chaque joueur sur la vidéo ou sur une petite planche tactique, c'est unefaçon de le faire. Ou l'autre, je dis, t'sais, mettons qu'il s'appelle, je saispas moi, Jacques. C'est Jacques qui était très anxieux, je te sens trèsanxieux. Fais confiance à celui qui va recevoir le smash et garde tesdistances. Et quand tu gardes tes distances, ouvre tes épaules. Là, c'est enseignerdeux choses qui peuvent corriger, qui peuvent ajuster un comportement pour lesX prochaines années. Ça peut être, ça a beaucoup plus d'effets selon moi.
François : Superintéressant, puis je suis sûr que ça parle aux gens qui écoutent. Puisjustement, dans la préparation, puis là, je veux qu'on aille là pour encore unbon petit bout, mais une des pièces maîtresses de tes derniers manuscrits, detes dernières publications, c'est le terme en anglais, le Played Form Practice.Donc la pratique sous forme jouée, selon la traduction officielle partagée parGrégory. Justement comme pour mettre tout le monde en contexte, on parle danstes travaux, tu parles de pratique sous forme jouée. La raison pour laquelle jeramène à ça, c'est que ça semble être une méthode efficace pour amener lesathlètes à transférer leurs habiletés en match. Je paraphrase grandement leschoses et je t'encourage fortement à me corriger. Quand on parle de pratiquesous forme jouée, qui est quelque chose que selon tes travaux et selon ce quej'ai lu, les entraîneurs devraient utiliser davantage ou voir davantage lesentraînements comme ça. Qu'est-ce qu'on veut dire par pratique sous formejouée?
Grégory : C'estune façon de modifier la version originale du match. Donc le 5 contre 5 auvolleyball, le 5 contre 5 au basket, c'est ce qu'on dit, sur le volleyballpardon. Tu pars du match officiel et là tu dis, j'ai carte blanche pour changerce match là. Puis là tu vas pouvoir dire, OK, je vais changer les cibles, jevais changer l'espace, je vais changer les règles, je vais changer le nombre dejoueurs impliqués, je vais changer la durée des mini-matchs, je vais changer lafaçon dont on cherche à faire des buts, je vais changer tout ce qui vient avantde faire un but. Je peux changer n'importe quoi. Essentiellement, ça crée desnouvelles variantes du jeu parce qu'au soccer, il y a une infinité devariantes, il y en a autant que le nombre de joueurs. Tu peux faire un 3 contre3, 4 contre 4, et ainsi de suite. Au basket tu pourrais avoir la mêmedynamique. C'est sûr que moins on a de joueurs dans le match original,peut-être que la quantité de variantes elle diminue parce que tu n'as pas tantde variantes que ça. Mais je vais utiliser le soccer parce qu'il y en abeaucoup. C'est très très riche. Et la façon de tirer profit de ces formesjouées là, c'est de garder l'imprévisibilité, garder la dynamique d'opposition.Tu peux pas avoir des gestes qui sont faits sans opposition, c'est pasreprésentatif. Mais tu veux garder aussi ce fun, ce love, cet engagement-là quiest à la source de tout finalement. C'est que quand tu joues un match, et c'estpour ça que les jeunes sont tellement, ils ont tellement hâte de jouer des matchsdans les entraînements, c'est parce que c'est ça la nature de la pratique dessports collectifs. Tu veux jouer la game et donc, sans paraphraser MartinSt-Louis, j'aime beaucoup, j'adore ses propos, mais là il s'agit pas de la mêmegame. Il s'agit vraiment de jouer le sport exactement. Et donc imaginons quecomme coach, j'ai carte blanche pour changer, je vais garder cette dynamique làque j'ai décrite en trois points et je vais être capable à l'intérieur de cesvariantes là de mettre en évidence certains des comportements dont on parlaittout à l'heure. Et à tel moment j'aurais, je souhaiterais moi, commeentraîneur, voir tel joueur ou telle joueuse agir plus souvent de cettemanière-là. Je vais monter la quantité de répétition de cette mini séquence-làpour finalement bonifier ça, puis d'avoir plus, évidemment, comme coach,d'opportunité de step-in, de juste rentrer, puis de dire, OK, bien, tu pourraisfaire ci de telle, telle, telle manière. Voici ce que je te propose. Voici ceque je te suggère comme façon d'améliorer, d'optimiser ce comportement-là. Maissurtout, c'est que tu vas aller capitaliser sur la répétition sans répétition.Ce que je veux dire par là, c'est que tu répètes beaucoup de séquences de jeusans nécessairement répéter exactement la même action. Et c'est ça qu'on veutdire par comportement et c'est ça qu'on veut dire par action versus qu'est-cequi fait du sens dans le jeu. Si tu es en fond de bouteille et tu vas allervoir juste le tir au but ou juste quelque chose en particulier, c'est que tumises sur une milliseconde qui va se reproduire dans un match deux, trois,quatre fois si on est chanceux. Alors que si tu vas miser sur un comportement,là tu as 15, 20 répétitions sur peut-être 5 minutes.
François : Puis,il y a une citation vraiment intéressante dans l'article que j'ai traduitlibrement, c'est-à-dire « Une version organisée de la pratique sous forme jouéeconsiste à préserver la nature du jeu ainsi que le plaisir de jouer et àl'utiliser comme une plateforme interactive qui offre différentes », pour teciter encore une fois, « répétitions sans répétition. » Donc, ce que je trouveintéressant, c'est les éléments, comme un, préserver la nature du jeu, donc onjoue encore le sport qu'on est censé jouer. Deux, c'est le plaisir de jouerlà-dedans. Trois, c'est d'avoir des répétitions sans que ce soit tout le tempsla même répétition exactement du smash et qu'on attend pour réceptionner lesmash. Ça, je pense que c'est intéressant. Et là, ma question suivante, c'esten quoi est-ce que ça se différencie des pratiques habituelles? Parce que moi,je le vois, si tu dis, mets-toi un coach qui est là, et je suis pas sûr de voirla différence avec une pratique habituelle. Comment est-ce que tu vois que çase différencie des pratiques habituelles?
Grégory : C'estembêtant, le terme habituel est un petit peu embêtant dans la mesure où est-ceque c'est habituel parce que c'est la tradition de ce qu'on voit sur une trèstrès grande échelle depuis les dernières 60 années. On pourrait penser parexemple à comment Manchester United faisait pour avoir des automatismes surl'aile en 90 et en 2000 avec Ferguson par exemple. Est-ce que leur habitude depratiquer faisait en sorte de bonifier ce comportement-là? Est-ce que le faitd'avoir des entraînements, des échauffements par exemple qui sont basés sur desva-et-vient de passe mécaniques, ce que j'appelle mécanique c'est que t'as pasd'opposition, tu fais juste faire le mouvement, est-ce que c'est habituel?J'aimerais suggérer peut-être plus la distinction entre traditionnelle, sur cequ'on a vu comme reproduction très populaire à très très très grande échelledans les 60 dernières années, ou est-ce qu'on a vu finalement dans le habituelc'est de dire OK ben on veut plus de jeux, on va faire plus de 4 contre 4, des5 contre 5, des petits formats et on va laisser libre cours parce quefinalement c'est ce qui engage plus les joueurs, les joueuses, lesparticipants, participantes. Est-ce que ça c'est habituel aussi? Je feraisjuste la distinction entre ça. Si on parle de tradition, effectivement çachange beaucoup parce que la version mécaniste ou la version de je vaisreproduire ou recréer le jeu parce que je vais t'envoyer certains stimuli, jet'envoie la balle, tu tournes, si c'est contre rouge tu fais ci, si c'est contrebleu tu fais ça. Ça aussi ça pourrait être habituel mais est-ce que c'esttraditionnel ou est-ce que ça se situe dans la ligne de temps? C'est ça qui estmon point. C'est ça qui fait un changement qui est énorme parce que tu prendsle jeu, tu changes le jeu et c'est ça qui devient le stimuli. Maintenant, àquel point est-ce que ce changement là va avoir un effet d'optimisation sur lesparticipants de ton équipe? Ah oui, ça fait un gros changement parce que çademande de laisser aller ton contrôle. Quand tu mets en scène tes joueurs, tesjoueuses dans le jeu, c'est que tu laisses aller le contrôle. Tu dis, pourcertaines choses, une grande majorité de choses, je n'aurai pas le contrôleparce que je ne pourrai pas dire, regarde, réessaye-le encore une fois exactementde cette façon-là. Non, le joueur, la joueuse, il se dit, je ne peux pasessayer exactement de la façon dont tu dis, coach, parce que moi, je réponds aujeu. Donc si le joueur, la joueuse répond au jeu, il faut que moi je medélaisse du contrôle et je dis, OK, parfait. Dans ce jeu-là, je vais travailleravec tes probabilités, je vais travailler avec tes tendances, ton profil à toi.Donc je vais essayer d'agir, d'intervenir moins, mais ce qui est plus pertinentdans un grand ensemble de répétitions. Ça, ça devient un énorme changement parrapport à ce qui se faisait auparavant dans les 60 dernières années. C'est unexemple.
François : Façontraditionnelle. Ceci étant dit, j'adore les précisions comme ça, c'est là queje vois, puis ce qui est intéressant dans tes propos, c'est toute la nuance quetu amènes, puis c'est là que ça démontre un certain niveau de maîtrise. Puislà, t'as amené l'idée de jeu, puis t'as parlé de modifications à trois contretrois ou quatre contre quatre, puis il y a d'autres variantes à modifierévidemment, puis on va en parler dans quelques instants. Mais qu'est-ce que tuvoudrais, quelqu'un qui me dit, OK, les pratiques sous forme jouée en bout deligne, c'est comme des jeux en espaces restreints, parce que dans certainssports, les jeux en espace restreint, Small Area Games, Small Sided Games,comme c'est très populaire.
Grégory : Jepense que c'est devenu populaire parce que c'est comme un outil extrêmementefficace à mettre en place dans les médias. Je parle d'un match en 11, je veuxrépéter plus de séquences de jeu, je vais réduire la taille. Je veux que lesjoueurs, les joueuses touchent plus le ballon ou soient plus en interaction lesuns avec les autres. Je vais réduire l'espace, tout se passe plus rapidement,plus près les uns des autres. Je veux pratiquer de façon plus répétée, endiminuant la distance parcourue par rapport à un terrain à 11 ou par rapport àun rugby ou par rapport au plein terrain basket, je vais faire un plus petitterrain parce que l'organisation reste la même et les distances sont moinsgrandes à parcourir. Donc c'est extrêmement pratique, mais en même temps, cen'est pas un hasard que ce soit devenu aussi populaire, c'est qu'on est capablede reproduire un très très grand nombre d'actions et de comportements à laportée de la main, dans le même environnement dans lequel on pratique. On n'apas besoin d'aller dans un lab, on n'a pas besoin d'aller dans une plateformeinteractive avec plein de bidules technologiques. Essentiellement, on prend leterrain, on met des cônes, on place les joueurs, les joueuses en jeu. That'sit. On est capable d'avancer. C'est ça que j'aime avec cette popularité, jepense qu'elle vient du fait que c'est capable d'être extrêmement concret pourtout le monde et à la portée de la main. Mais surtout, ça démarre maintenant.OK, voici le jeu. Vous avez quatre buts. T'es l'équipe qui fait ci, t'esl'équipe qui fait ça, play directement. Je pense que ça c'est un avantage parceque les joueurs, les joueuses ne peuvent pas se perdre avec tropd'explications, trop de verbalisation de la part du coach. Ça c'est le cadre,je me mets dans le cadre, je joue, that's it. Après on parlera en fonction dece qu'il faut ajuster.
François : Etpourquoi, à tes yeux, tu y as dédié beaucoup de temps de réflexion, tu l'asargumenté dans un certain manuscrit scientifique, c'est comme pourquoi c'estparticulièrement valable, puis que tu te dis, OK, un coach doit davantagemettre ça de l'avant, le played form practice, donc les pratiques sous formejouée?
Grégory : Essentiellement,c'est comme une espèce de coffre à outils infini. C'est comme si, au lieud'être dans ton garage avec ton coffre à outils que tu as depuis les années 70,60, où ça a été la même boîte de fer, là tu avais accès à tout le Réno Dépôt aucomplet, puis tu peux aller dans n'importe quel rayon, puis te dire, OK, ben làaujourd'hui, je vais prendre tel outil. Tu avais tout ça. Et tout ça dans cettepetite case-là, mettons dans un carré de 30 par 30 au soccer, tu es capable defaire une infinité de choses aussi. C'est important dans la mesure où tu saisce que tu veux en tirer. C'est pratique comme je l'ai partagé tantôt, c'est àla portée de la main. Mais d'un côté, c'est parce que c'est modifiable comme tuveux. Tu peux faire tout ce que tu veux dans ce carré-là de 30 par 30. En mêmetemps, comme je te dis encore, tu comprends pourquoi c'est pratique, tucomprends que c'est à la portée de la main. C'est extrêmement engageant, maisil faut que tu saches ce que tu veux en tirer. Maintenant, si moi j'ai mespetits tournevis, mais toute la pâte à modeler même pour changer ce 30 par 30là, je dois comprendre aussi les causes à effet. Je peux pas juste dire je vaisutiliser ce 30 par 30 là pour les 15 prochaines années de ma vie parce que làce qui va arriver c'est que les joueurs, joueuses vont dire ben là ça commenceà être plate là, ça fait 40 fois qu'on fait le 30 par 30 là, parce qu'on peutfaire d'autres choses. Donc l'idée c'est d'avoir finalement plusieurs exercicesde référence, là tu compares, mais tu as tout le temps ton petit tournevis, tuas tout le temps ta pâte à modeler pour dire, OK, aujourd'hui je vais couperles coins, aujourd'hui je vais faire ça plus large, je vais faire ça moinsprofond, plus profond, aujourd'hui je vais mettre deux buts, aujourd'hui jevais mettre des corridors. Bref, la quantité de choses qui sont faisables avecton coffre à outils infini, c'est ça qui est le bénéfice, c'est ça qui est laplus-value dans les jeux, dans les formes jouées.
François : Puisdans l'article justement, une des choses que vous proposez, puis là je merappelle plus c'est laquelle des deux parce que tu m'as partagé une qui est ensoumission là si on veut, mais il y a un commentaire qui dit, ça devientimportant pour les entraîneurs, et là je paraphrase, de se préparer des formatsde jeu. Puis moi de la façon que je l'ai retenu parce que je regarde tout letemps les actions, en lisant c'est comme OK, si moi je suis un coach, je suisdans l'entre-saison, je me dois préparer quelques formats de référence à partirdesquels ensuite de ça je peux faire d'autres modifications qui vont mepermettre de travailler certaines habiletés. Peut-être que c'est le démarquage,peut-être que c'est de faire des passes lobées, peu importe dans ce sport qu'onest, peut-être que c'est des passes poitrines, des passes rebonds aubasketball, peu importe. Puis ça, je trouve que c'est ce que tu viens dedénoter aussi en même temps. C'est comme, OK, on veut pas utiliser la mêmevariante, t'as dit 30 par 30 le reste de ma vie parce qu'on va revenir auxmêmes pratiques traditionnelles dont tu parlais tout à l'heure. Mais si je suisun entraîneur à l'écoute, moi je me dis par là, c'est quoi les cinq, peut-être,formats de modifications que tu pourrais partir ta saison avec et là utiliserdépendamment de ce que tu veux travailler. Mais là, moi, j'entends déjà desentraîneurs, c'est-à-dire OK, mais qu'est-ce que je peux faire commemodification, pour quelqu'un qui est peut-être moins habitué de faire ça ou quela seule chose avec laquelle ils ont expérimenté à date, c'est peut-être deréduire, OK, on est dans un sport 5 contre 5, donc on parle de basketball,hockey, je le vois régulièrement, ben à la place de faire une partie pleineglace, plein terrain, on va faire du 3 contre 3 dans un espace restreint. Si onle voit fréquemment au basketball puis au hockey. C'est quoi les autresmodifications qu'on peut faire selon ce que tu as écrit, mais ce que tu as vécucomme expérience et ce que tu as appris?
Grégory : Entermes de modification, le champ est aussi large que tout le Réno Dépôt dont jeparlais tantôt. On peut modifier la lumière, on peut des fois s'entraînerdehors, dedans, au soccer des fois on arrose la pelouse, on arrose pas. Çac'est des réalités quand même qui appartiennent à un environnement qui estassez exclusif parce que dans l'art de notre pratique sportive au Québec,est-ce qu'on a le luxe d'avoir tout à la portée de la main, tous ceschangements-là? La réponse malheureusement, c'est non. Donc j'utilise parexemple l'idée de tirer plein potentiel des circonstances qu'on a. J'ai undemi-gym, OK parfait, je vais tailler sur mesure les différents formats sur ledemi-gym que j'ai deux fois par semaine. Parfait, c'est correct. On est capablede travailler avec ce demi-gym-là, puis l'idée c'est pas de dire, ben, jepourrais avoir plus. Là, j'ai le demi-gym, qu'est-ce que je vais pouvoirutiliser de maximum par rapport à mon demi-gym? Demi-terrain, plein terrain,trois quarts de terrain, bref, partez de votre réalité. Et de dire, OK, ben sije trace des petits carrés partout dans mon terrain ou si j'utilise un grandrectangle qui occupe tout l'espace ou si j'ai ma zone en arrière, début, jepeux avoir aussi une petite allée en tout petit espace parce que je peux faired'autres choses pendant que certains jouent. Il y en a d'autres qui font de lapliométrie, par exemple. J'ai utilisé le plein potentiel. L'idée c'est de... Çase voit souvent dans les formations de soccer. Tu as ton demi-terrain, puis làtu vas délimiter dans les petits carrés. Est-ce que tu utilises la partiecentrale? Est-ce que tu utilises un petit carré complètement à gauche? Est-ceque tu utilises le corner qui est près du terrain? Et donc là tu peux faire desaires qui sont des aires de jeu, A-I-R-E-S de jeu, qui sont des plateformes quite permettent certaines formules de jeu. Maintenant, est-ce que c'est toutl'art de la chose? Non, il te manque l'autre partie. Qu'est-ce que tu vas faireà l'intérieur de ces petits carrés-là? Là, il faut que tu le saches aussi. Donclà, faut que tu te dises, OK, ben, là, moi, je veux avoir un comportement. Jeréutilise mon exemple de tantôt. Je veux travailler en largeur. Pourquoi? Parceque dans mon U10, ce qui arrive, c'est que je veux pas juste courir enbreakaway vers le but ou juste avoir des 1 contre 1 pour aller faire un basketou un but. OK. Ben, je veux avoir un comportement qui fasse déplacerl'adversaire. C'est un grand principe, une idée de jeu. Je veux faire déplacerl'adversaire. Je vais aller trimballer à droite, je vais aller trimballer àgauche. Évidemment ton format de jeu, va falloir qu'il ait de la largeur. Parceque s'il a pas de largeur, tu pourras pas avoir ça. Donc un de tes formats,c'est de dire OK, j'ai une organisation où je vais avoir une dynamique de jeu,une attaque d'équipe, où là je vais explorer la largeur. Tu vas avoir au moinsdeux de tes formats qui sont faits dans le large, peut-être pas nécessairementprofond. Un plus profond, un moins profond. Alors finalement, tes carrés,finalement ils sont en train de bouger, ils sont en train de se dessiner danston demi-terrain pour tirer profit de ce que tu veux faire dans la forme jouée.Puis tu peux en faire plein. Tu peux le doubler, ce qu'on appelle enentraînement. Tu t'en fais un à côté de l'autre. Un 3 contre 3 d'un côté, puisjuste à côté, t'as un autre 3 contre 3. Tu dupliques ta quantité de jeu à cemoment-là. C'est deux stratégies à la portée de la main. Ce qui arrive sinon,c'est si tu rentres le danger dans cette espèce de Réno Dépôt que le potentielest infini, magnifique, c'est comme tu arrives dans le Réno Dépôt, tu as toutça, mais où est-ce que je vais, par où je commence? Tu demandes à quelqu'un, çapeut prendre le même feeling, c'est trop pour commencer. L'idée c'est de s'enremettre à des références qui sont capables de funnel down, qui sont capablesde concentrer la quantité d'informations dont tu as besoin pour faire ce que tuas besoin de faire maintenant. OK, je sais que je dois travailler en largeur,donc mes formats vont être faits en fonction de ça, je sais l'espace que j'ai,mais je vais être capable de bricoler pour en faire deux en parallèle, à côtél'un de l'autre. Où il y a un groupe qui va faire le jeu, puis il y a un autrequi s'entraîne sur la ligne de touche en faisant quelque chose d'autre. Aumoins tout le monde est actif, puis tu sais le plein potentiel de ton terrain.
François : Etpour moi, ça, c'est faire preuve de créativité comme entraîneur, dans le sensque comme tu expérimentes avec des différences, puis on en parlait dans lemodèle de développement des entraîneurs en 2016. Dans un article publié, onparle de l'importance d'expérimenter, de pas avoir peur, jouer avec ça. Ça sepeut, mettons, que tu fasses un éducatif, que tu essaies de faire travaillerles athlètes dans l'argent, puis ça marche pas. Mais comme tu reviens de bord,puis la prochaine fois, tu vas en avoir appris, puis tu vas l'améliorer. Maisune autre modification, fait que moi, juste pour récapituler, une descompréhensions que j'ai aussi, c'est en même temps, c'est que tu peuxtravailler autant... Il y a des sports qui sont plus Nord-Sud, surtout Nord-Sudparce qu'à un moment donné l'objet est à l'autre bord, mais le hockey est plusétroit, plus sur la longueur que le soccer en équivalent, à mon sens à moi.Mais c'est là que des fois de travailler en format paysage, si on prendl'analogie d'un téléphone ou en format portrait, ça a un impact sur ce que tupeux faire. Donc juste en format portrait, le démarquage un à un va être plusimportant parce que si tu veux essayer de progresser d'un bout à l'autre del'objet, il faut absolument que tu passes à travers l'adversaire. Tu peux pasvraiment le contourner et aller... il faut que tu passes à travers si l'espaceest restreint en largeur, puis il faut plus progresser nord-sud ou sud-nord peuimporte. Mais j'aimerais peut-être un autre exemple qui pour moi était éloquent,mais c'est probablement pas le bon terme, mais on se comprend. Dans l'articleque tu as partagé, c'est juste la modification de dire vous pouvez marquer unbut mais vous devez marquer votre but à partir d'une passe arrière. Puis là ily avait comme une cascade d'impacts là-dessus. Est-ce que tu peux me parler unpeu, c'est quoi l'idée d'obliger les athlètes à marquer avec la passe arrière.Et pour moi, ce que ça m'amène, c'est que ça l'ouvre à autre chose que juste lamodification de la surface de jeu ou du nombre de joueurs. Et si tu trouves quec'est vraiment un exemple qui parle de ça, je te donnerais peut-être la parolejuste pour nous parler de l'exemple de la passe arrière.
Grégory : Çatombe bien, je pense que c'est dans la grande famille des choses qu'on peutmodifier mais qui deviennent peut-être moins claires. Parce que encore là,c'est une espèce de gros Réno Dépôt infini et on peut se perdre là-dedans. Il ya des choses qui sont plus pertinentes et des choses qui sont moinspertinentes. Imaginons par exemple qu'on joue un match chez les tout-petits etqu'il y a un super joueur à qui tout le monde fait la passe. À chaque fois, ila un breakaway et il marque tous les buts. En dernier, tu joues 10 matchs à10-0, tu vas te dire, qu'est-ce que je peux faire de plus pour mon équipe parceque là, il me semble que mes joueurs, mes joueuses sont capables de faire plusque ça, plus que d'envoyer en avant, courir, faire le but. OK, mais là, onparle de différentes idées. Ce qu'on peut faire, c'est que dans les différentsformats ou dans les différentes parties de ton terrain que tu peux explorer, tuvas finir par contraindre ce que les joueurs peuvent faire ou obliger lesjoueurs à faire telle ou telle chose. Ce qui va se passer, c'est que ça vaavoir une modification sur les comportements, qu'on veut, ou pas. Tu vas voirfinalement ce joueur-là qui va tout le temps vers l'avant, il peut pas. Parceque tu peux pas faire de passe vers l'avant. Fait que la passe qui part de ladéfense, qui est un dégagement qui passe par-dessus tout le monde, puis lejoueur qui est rapide, il s'en va faire le breakaway, tu pourras pas le faire.Donc plutôt que de changer tout ce qu'on a dit, la taille, le nombre dejoueurs, le panoramique versus portrait, etc., tu pourrais aussi garder unmatch normal. Et là, ce qui peut t'aider, c'est de tracer avec des cônescertaines zones pour coller tes règles à certaines zones, puis faire en sortede contraindre ou d'obliger des joueurs, joueuses à faire une telle action.Avant le but, si on doit avoir une passe vers l'arrière, qu'est-ce qui va sepasser? Est-ce que c'est le joueur qui va marquer le but qui va aller versl'avant plus vite? Ben, probablement non, parce que d'où va venir la passe? Ilfaut que ça vienne depuis les côtés. Alors qu'est-ce qu'on va faire, c'estqu'on va aller vers les côtés, il va y avoir des ailiers et ailières qui vontcommencer à être impliqués, ils vont monter, monter, monter, monter. Puis plutôtque le joueur qui est super rapide, le joueur ou la joueuse qui fait tout letemps le breakaway, plutôt que de partir comme elle fait d'habitude, mais là,va falloir qu'elle se tienne un peu plus longtemps dans le milieu de terrain,attendre la passe en retrait pour là faire le but. Donc la distance va changer,qui va être impliqué en premier va changer, ta profondeur et ton espace vonttous être modifiés, l'organisation va finir par être modifiée aussi, etfinalement les comportements. Parce que les comportements de celui qui faittout le temps les buts, celui qui fait tout le temps les buts, ben,inévitablement il va falloir que ce soit un autre comportement complètementdifférent.
François : Ceque j'ajouterais, un élément que vous avez dénoté dans l'article, c'est le faitque ça peut amener plus d'efforts physiques également. Parce que juste de fairecette modification-là, nécessairement, tu dois davantage suivre le jeu. Parceque si tu fais juste une passe lobée en avant, tu as ton meilleur joueur quipart, qui va chercher le ballon, il est en breakaway, fait un tir, mais là,toutes les autres ne sont pas en train de dépenser slash des calories slash desprinter slash de travailler leurs accélérations. Mais si tu es obligé de faireune passe arrière, tu dois nécessairement suivre le jeu. Premièrement, il y aquelqu'un qui doit avancer avec le ballon parce que plus tu avances avec leballon, plus c'est facile de faire une passe arrière, même avec la rondelle auhockey ou peu importe. Puis après ça, si il y a quelqu'un qui avance avec leballon jusqu'au fond de la zone offensive, ben, en ce sens de ça, les joueursen arrière ou les joueurs doivent absolument suivre cet athlète-là. Donc, il y aplus de demande physique aussi également. C'est là que je trouvais que c'étaitun exemple évocateur, probablement le meilleur mot qu'éloquent tout à l'heure.Mais où est-ce qu'une simple modification, juste dire vous devez absolumentfaire une passe arrière pour marquer un but, change complètement la demande dela situation du jeu dans laquelle tu les exposes. Puis ça, je pense qu'il fautvraiment le garder en tête. Peut-être dernière question avant qu'on rentredavantage dans la conclusion de la conversation. Bon, ton article soulève unpoint important également. C'est que les exercices de passe améliorent souventla technique. Mais, si je paraphrase encore une fois, reproduisent rarement lescorridors de passes ou les lignes de passes qui sont utilisées en match.Qu'est-ce que vous voulez dire par là? Comment est-ce que tu encouragerais lesentraîneurs à modifier leurs pratiques et leurs éducatifs pour favoriserdavantage, justement, des passes qui reproduisent les corridors ou les lignesde passes utilisées en match? Ça, j'étais comme, je dis ça et j'étais comme,ben, je le sais, mais c'est la première fois qu'on me le dit aussiexplicitement, puis c'est vrai.
Grégory : C'estparticulier, c'est là où on en arrive avec toute notre boîte à outils infinie,il faut que ça paye, faut que ça nous arrive à faire une belle création, cetteboîte à outils là. Et c'est là où est-ce qu'on en vient. Imagine par exemplequ'on a un petit match, non, excuse-moi, je recommence. On parle du match enentier. On parle du match en entier, là on parlait de probabilité au tout débutde la conversation. La probabilité par exemple dans un championnat tel de jouerjuste en profondeur, elle est très très grande. Je pense à Liverpool quifaisait son attaque avec Mo Salah qui était beaucoup dans la verticalité. Jepensais par exemple, il me semble avoir compris que les Hurricanes par rapportaux Canadiens étaient plus objectifs dans cette verticalité là aussi que nous.Ou peut-être l'inverse, je me mélange. Moi, je suis pas familier avec ça. Bref.De dire dans le style ou dans le modèle de jeu, pour arriver à faire avecexcellence et autant d'efficacité que qu'est-ce que l'équipe parvient à faire,ils ont des canaux de choix. Est-ce qu'ils passent vers les côtés, est-cequ'ils passent vers le centre, est-ce qu'ils passent vers le demi-espace,c'est-à-dire qu'ils tentent le centre et le côté. Et donc ces canaux-là font ensorte qu'il faut les réinjecter dans ta forme jouée, dans tes formats dont onparlait tantôt. S'ils ne sont pas là, qu'est-ce qui va arriver? C'est que tuvas arriver à une circulation lambda qui est peut-être moins connectée avec lafaçon dont tu veux transférer ça à ton match, à ta compétition. Donc, quand tupasses, si tu fais un rondo, quelqu'un qui court après le ballon dans uncercle, tu n'as pas nécessairement de canaux de passe qui sont indiqués parceque tu n'as pas de direction. Rondo, ça va d'un côté, ça va de l'autre, mais t'ascomme pas de but, je vais juste traverser le cercle. Mais si par exemple t'asun canal qui est indiqué parce que tu sais qu'il provient de quelque part pouraller à quelque part d'autre, là ça commence à avoir une direction. Donc toncanal, vient déjà de gagner une caractéristique. Après, dans une forme jouée,mettons que tu fais un 5 contre 5, t'as tes corridors, t'as tes zones, t'astout délimité, t'as tout bien dessiné ça, ben tu pourrais aussi déterminer queton canal de passe, il va aller vers l'autre but. Mais il pourrait aussi êtrerestreint à des corridors que tu as dessinés par des cônes. Parce que ce que tuveux pas, c'est d'avoir une passe qui passe du corridor droit complètement, quipasse par-dessus tout le monde, puis qui s'en va au corridor gauche sansraison. Peut-être que c'est un canal, mais dans un modèle de jeu avec lequel jesuis plus familier en ce moment, on n'essaie pas de faire ça à chaque minute.Parce que sinon, qu'est-ce qui arriverait? Ta ligne défensive va justet'attendre, elle voit le ballon, comme ça, elle attend le ballon finalement.Elle n'a pas besoin de faire grand-chose. Fait que tes canaux de passe quipassent par exemple entre deux adversaires, mais tu pourrais demander à deuxadversaires de protéger un canal, une certaine zone, un corridor dans ton jeu,puis tu veux faire en sorte que tes joueurs et tes joueuses deviennent bonspour exploiter tout ce qui se passe dans ce corridor là, que ce soit parce queça passe à côté des deux ou que ça passe entre les deux. Et là tes canaux, çacommence à être vraiment plus défini quand tu arrives à cette granularité, cedétail-là dans ton information.
François : C'estlà que, tu sais, il faut, tout ce que tu viens de dire dans les 30 dernièresminutes, pour moi, c'est il faut rester loin du type de pratique où est-cequ'on a un entraîneur à un cône qui fait une passe à un athlète qui attend lapasse, qui après ça fait son tir au but, ou est-ce qu'il y a quelque chose debeaucoup plus dynamique. Là, clairement que c'était le premier niveau, ce quej'ai mentionné là, mais je voulais juste le nommer pour que les gens l'aient entête. Numéro 2, quand tu parles des corridors, corrige-moi si je me trompe,mais on parle pas juste de corridor vertical, je veux m'assurer que les genscomprennent qu'on parle de corridor dans tous les sens que ça peut se passerdans la dynamique de jeu. On pense un corridor, c'est nord-sud généralementquand on est dans une maison peu importe, mais le corridor peut être endiagonale, peut être à 35 degrés, à 60 degrés, 90 degrés, peu importe,dépendamment de la dynamique. C'est là que moi le point le plus important, quisort de ce que tu viens de dire, c'est j'encourage les entraîneurs à comparerquand vous êtes dans la phase offensive, on prend le jeu offensif, OK, regardece que tu vois dans la zone offensive en match, puis regarde ce que tupratiques en zone offensive en pratique, puis est-ce qu'il y a une concordanceentre la probabilité, les pourcentages de corridors utilisés ou les corridorsqui sont utilisés dans les matchs, puis que tu fais en pratique. Puis des fois,tu as des équipes où est-ce que, par exemple pour le hockey j'en ai une entête, où est-ce que pour X raisons, quand t'arrivais le long de la bande àgauche, c'était toujours difficile de compléter des passes là, mais quandt'arrivais le long de la bande à droite. Mais je serais pas curieux de savoiraussi que peut-être qu'en pratique, il y avait quelque chose qui était disposéoù est-ce que les pratiques, les passes, c'était toujours de la droitepotentiellement. Je donne un exemple X, bien entendu. Mais là, j'amènerais lasituation inverse aussi. Parce que moi, j'étais un joueur défensif au footballdans le temps. J'aimais ça frapper le monde, même si je sortais davantage monépaule par mon cerveau que par mes épaules. Mais ceci étant dit, il faut aussifaire la situation inverse de dire, OK, quand tu crées des scénarios défensifspour pratiquer ta ligne arrière au soccer, pratiquer tes demi-défensifs,pratiquer tes défenseurs, est-ce que les corridors de passes qui sont bloquésen désavantage numérique potentiellement quand t'es dans la clé au basketball,est-ce que ça correspond aux corridors de passe qui sont utilisés par lesystème adverse? Oui, peut-être qu'ils roulent la balle comme ce que t'asprévu, mais toi aussi en tant que défenseur, tu dois être en mesure de défendreles canaux de passe usuels. Je pense qu'il y a cet élément-là aussi qu'il fautentrer en ligne de compte. Je te laisse rajouter là-dessus, puis je vaisarriver ensuite avec la dernière phase de conversation.
Grégory : Moije compare ça vraiment à des œuvres d'art parce que quand tu en vas autant queça dans le détail, pour moi c'est comme quelqu'un qui maîtrise à la perfectionsa palette puis qui est capable de faire des mixtes de couleurs, etc. C'estvraiment une œuvre d'art parce que quand tu es capable de dire, je me dégage del'action et je suis le créateur de la meilleure plateforme possible pourreproduire des comportements, des principes, mon modèle de jeu, jouer avec lesprofils, faire en sorte que, par exemple, je disais l'exemple tantôt de, on vafavoriser une séquence de jeu où est-ce qu'on attaque beaucoup par la droite,probablement parce que mon ailier droit ou l'attaquant qui va tout le temps àdroite, il est très performant. Donc je vais travailler sur le comportement detout le reste de l'équipe pour maximiser qu'est-ce que je peux aller chercherde ça parce que mon joueur à droite, il est très performant, c'est lui qui vafaire une grande partie de la job. Je disais, ouais mais il me semble que lesprochaines équipes, une fois qu'ils vont nous avoir joué trois, quatre matchs,ils vont nous anticiper. Qu'est-ce qu'on peut faire? Est-ce qu'on peut créerune diversion puis aller à gauche à la place? Donc, il faut que je sois capablede jouer avec le profil, de voir qui est susceptible de faire un travailcomparable ou qui m'offre une alternative à gauche. Peut-être un peu moinshaut, peut-être un peu plus bas, peut-être dans le demi-espace. Tout ça, ça mefait vraiment penser à, est-ce que moi, comme entraîneur, je peux me mettredans les souliers d'un peintre? Je vais créer la meilleure plateforme avec lesmeilleurs mix, etc. sur lequel mes joueurs vont venir ajouter leurcontribution. Puis en général, de plus en plus, je joue dans un contexted'entraînement avec mes joueurs. Quand je joue, je joue pour faire jouer. C'estun peu avec le même mindset que je fais la pratique de coach. Je design pourfaire jouer et je vois qu'est-ce qui se passe à partir de ça. J'apprends, c'estitératif, je tire des conclusions comme tu disais tantôt, peut-être ça n'a pasmarché. C'est pas grave, la prochaine fois je vais utiliser mes outils puis jevais recalibrer mon exercice pour que ce soit plus concret, soit à la manièrede travailler, soit par rapport au comportement de certains joueurs dans lejeu. Je vais être capable de vraiment rendre service. C'est ça qui est, jepense, au-delà de tout ce que j'ai pu décrire, c'est cette différence-là enétat d'esprit qui est challengeant quand même.
François : Toutà fait. Puis t'as utilisé le terme peintre, puis moi le terme que je vois plusressortir dans certains travaux puis que j'utilise davantage en ce moment quifait un lien avec le mot plan et d'observer, c'est le terme architecte. On estvraiment, c'est des architectes de l'environnement de performance, l'architectede l'environnement de pratique. Puis je pense que c'est comme, OK, on fait unplan, mais tu vas quand même laisser les joueurs jouer à l'intérieur des piècesque tu vas avoir délimitées en fonction des caractéristiques que tu veux mettrede l'avant pour travailler telle habileté comme on vient de le mentionner.Grégory, on aurait pu continuer pendant une... Avant de terminer, je vaist'envoyer peut-être juste deux questions. La première, bon, on a un entraîneurqui veut commencer à concevoir davantage ses pratiques sous forme jouée, quiveut concevoir ses séances d'entraînement pour qu'il y ait une meilleurerépliquabilité en situation de match. Par où est-ce qu'il commence? Commentest-ce qu'il fait ça? C'est quoi la première étape?
Grégory : Jevais proposer quelque chose qui normalement va à l'encontre de ce que jesoutiens. Je compte les catalogues en général. Les catalogues, j'aime pas çaparce que c'est comme si t'arrives sur Expedia et on te donne 5000 options. Ouimais moi j'ai besoin de 3 options, j'ai pas besoin de 5000 options. Pourcommencer à designer, il faut quand même que t'aies un exemple. Je diraispeut-être, commence par un catalogue. Vestiaire magazine au soccer, va avoirl'équivalent au hockey. Il y a plein de stock sur internet, sur Instagram.C'est des gens qui créent par eux-mêmes des exemples. Au moins pour mettre unvisuel, juste un visuel, c'est de quoi je parle quand je parle de cibles, decorridors, de lignes pointillées, d'organisations, mes trois défenseurs, mes deuxattaquants, etc. De quoi je parle. Il faut quand même avoir un visuel, ça peutaider. À partir du moment où on a le visuel, ben là on décompose, on dissèque,OK, parfait. Mais là je sais que je parle de mes joueurs, je vais changerl'organisation de mes joueurs. Est-ce que je mets deux défenseurs, troisattaquants ou trois défenseurs, deux attaquants? Est-ce que je mets deux butsd'un côté, un but de l'autre? Est-ce que je mets des lignes latérales? Aumoins, je suis capable de me reconnaître dans mon dessin de quoi je parle. Etaprès ça, c'est de se mettre soi-même à la planche de dessin en ayant en têtecomment je veux que mes joueurs se comportent. Donc tu te fais une image, tufermes les yeux, tu vois ton équipe jouer. Là tu vois Jacques qui est à droite,tu vois Alexandre qui est au milieu, puis tu vois un autre qui est à gauche.OK, mais là comment est-ce qu'ils se comportent? Est-ce qu'ils sont tropserrés? Est-ce qu'ils sont très très larges? Est-ce qu'ils font juste courirvers l'avant? Est-ce qu'ils sont tous regroupés parce qu'ils veulent toustoucher le ballon? Là tu vois ça, puis là, à partir de là, t'essaies dedisposer, comme le peintre comme je disais tantôt là, avec ton coffre à outils,t'essaies de changer l'aire de jeu et d'en faire une plateforme qui va obligerces trois joueurs-là, à explorer la largeur, parce que dans mon exemple detantôt, je disais, notre comportement, nous autres, là où est-ce qu'on en estrendu dans notre développement, c'est de jouer en largeur. C'est plutôt que decourir juste vers le but. On va déplacer l'adversaire à droite, déplacerl'adversaire à gauche. Et donc, tu vas mettre tes règles en fonction de ça. Paroù commencer, c'est au moins de se mettre un visuel à quoi ça ressemble, undessin de ce dont je parle, parce que là, ça a été majoritairement audio, maisc'est des mots, comment est-ce que, à quoi ça a l'air. Puis après ça, tudissèques, puis tu es capable de changer ces paramètres-là en fonction de ceque tu as besoin. Il faut que t'aies quand même l'image dans ta tête. L'idée,c'est d'avoir moins l'image dans les yeux pour savoir qu'est-ce que tudessines, mais oublie pas de quoi ça a l'air ton jeu dans ta tête.
François : Faitque prendre des exemples et les modifier. Puis en même temps, je pense que,autant je pense que c'est, je dirais pas important, mais ça peut être valabled'avoir été abonné à des catalogues comme The Coaches Site, Vestiaire magazineet tout ça. Mais le défaut, c'est justement qu'on va les prendre et on va pasles adapter à ce qu'on fait pour notre équipe et notre modèle de jeu. C'est làqu'il faut le prendre. Mais en réalité, l'adaptation que tu vas en faire estbeaucoup plus importante. On a déjà dépassé grandement le temps qu'on s'étaitalloué. Pour ça, je vais quand même me permettre de te poser une des troisquestions éclair que j'avais préparées. Si tu pouvais mettre une citation surun Jumbotron dans un stade, ce serait laquelle et qu'est-ce que tu aimerais queles gens comprennent?
Grégory : J'aimebeaucoup. Si nous voulons de meilleurs joueurs, il nous faut de meilleurs jeux.Ça pourrait être mis dans le contrat. Si on veut des meilleurs jeux, on a desmeilleurs joueurs. Mais là, je le vois d'une façon contraire parce qu'on aparlé de plateforme depuis tantôt. Cette plateforme-là sert les joueurs et lesjoueuses. Donc si on veut des meilleurs joueurs et des meilleures joueuses quisoient plus adaptables, qui savent prendre des décisions, qui se basent sur descomportements, puissent répondre à des situations de jeu en fonction de cequ'ils, elles ont comme ressources techniques, mentales, physiques, etc., ilnous faut des bonnes plateformes, c'est ce que je veux dire par jeu. Si on estcapable de composer des meilleurs jeux pour eux et elles, qu'est-ce qui vaarriver, c'est que de fil en aiguille, en reproduisant ça, en en faisantfinalement notre nouvelle habitude, comme on disait tantôt, en en faisant unenouvelle habitude qui soit bienveillante, soit constructive, là on vanécessairement avoir un résultat dans la performance parce qu'on va avoir desparticipants plus adaptables.
François : Doncsi on veut des meilleurs joueurs, il nous faut des meilleurs jeux. Grégory,merci beaucoup pour cette conversation-là. Si les gens ont des questions, ilsveulent te suivre, tu partages beaucoup de contenus super intéressants, commentils peuvent te rejoindre?
Grégory : Jeles invite à procéder via le canal de mon nouveau projet, un projet quis'appelle Game Shaping, qui représente essentiellement tout ce dont on a parléaujourd'hui. On est sur Instagram, ça devient très pratico-pratique pouréchanger par message texte. Il va y avoir aussi beaucoup de choses qu'on vapublier via Instagram et LinkedIn. Malheureusement, notre site, il reste encoreun petit peu de travail à faire dessus, ça va s'en venir. Maisgreg.gameshaping.com, j'invite les gens à écrire. Sinon, il y aurait aussi lesdifférents articles. On pourrait lier aussi à la publication de ce podcast-là,ça pourrait être un lien qu'on pourrait attacher à la conversation.
François : Toutà fait, on va mettre tout ça dans la description de l'épisode. Merci beaucoup,Grégory, pour nous avoir partagé tes réflexions, tes nuances, tes connaissanceset aussi tes exemples. Puis ça, pour moi, c'était une des grandes valeurs oudes choses qui me rendaient stimulé par rapport à la conversation, parce que jepense qu'on pourrait bien lier la science et le terrain en une belleconversation. Donc, merci d'avoir été là. Merci à tout le monde pour votreécoute et on se dit à la prochaine pour un autre épisode de Temps d'arrêt.
Grégory : MerciCoach Frank, à la prochaine tout le monde.
François : Super!