**François** : Yannick, bienvenue à Temps d'arrêt.
**Yannick** : Merci de m'avoir invité.
**François** : Ça me fait plaisir, merci de prendre le temps de discuter de sujets importants. Je pense qu'avec toute l'expérience que tu as en encadrement individuel, il y a plein de personnes qui vont pouvoir en retirer des choses et les appliquer concrètement dans le coaching. Juste en pré-conversation, tu me parlais de l'importance du côté humain, de toutes les choses qu'il fallait considérer là-dedans. Mais avant qu'on plonge dans le vif du sujet, j'aime toujours mettre la table puis savoir d'où vient la passion de la personne. Toi, en ce moment, t'es coach à temps plein en cyclisme, au privé, donc à ton compte. Comment t'en es-tu venu à te lancer dans le coaching à temps plein là-dedans?
**Yannick** : C'est quand même une belle histoire que j'aime raconter parce que c'était un peu un concours de circonstances. J'ai fait mon cégep en sciences de la nature puis je savais que je voulais aller un peu vers les sciences de la santé, mais je savais pas trop dans quoi me diriger. La dernière session de mon DEC, j'ai appliqué en physio, en ergo, en chiro. Puis je me suis dit : je vais appliquer aussi en kinésiologie — comme ça, si jamais je ne suis pas pris dans mon plan A, je pourrais faire un an en kin et après ça réappliquer dans les professions qui me pensais à ce moment-là m'intéressaient plus.
L'été entre mon cégep et mon université, l'équipe cycliste de ma région — dans laquelle j'avais déjà fait des compétitions, j'avais déjà fait partie comme athlète à l'époque, avant que je devienne junior et élite — cherchait un entraîneur pour encadrer les jeunes. Parce que dans les années précédentes, c'était beaucoup des parents qui coachaient. Puis là, ils se disaient : « on aimerait ça avoir quelqu'un qui est là, plus neutre, qui peut partager sa passion, son expérience en course aussi. » Donc ils m'ont proposé le poste.
Moi, ça faisait cinq ans que je travaillais ailleurs à ce moment-là. Je me disais : je pense que j'ai besoin d'un peu de changement, j'ai apprécié cette expérience de travail-là. Donc j'ai commencé le coaching. Au début j'étais là aux entraînements deux fois par semaine. J'étais pas nécessairement aux compétitions parce que moi je faisais des compétitions pour moi-même aussi à ce moment-là.
Puis j'ai vraiment aimé cet été-là. J'ai découvert une nouvelle passion — de pouvoir transmettre cette passion-là, de voir un peu l'impact qu'on pouvait avoir sur des athlètes. Puis finalement, au courant de l'été, j'ai appris que je n'avais pas été accepté dans mes premiers choix. C'était correct parce que je me dis que finalement la kinésiologie était devenue mon plan A, parce que j'avais vraiment aimé ce que j'avais vécu dans l'été précédent. Je venais de trouver ma voie et ma carrière.
**François** : C'est fou quand on découvre quelque chose qui nous accroche — la science de l'entraînement au départ — comme, on finit par gratter, et là : « je savais pas qu'on pouvait faire tel protocole, puis ça a donné tel impact, ou après ça tel système énergétique, on pouvait l'entraîner mieux comme ça. » Puis là tu finis par gratter et gratter et tu te rends compte qu'il y a tout le temps comme plus à apprendre. Mais tu me parlais justement de ton premier été — tu dis « ça m'a marqué, l'impact qu'on pouvait avoir. » Y a-tu une histoire, quelque chose qui t'a le plus marqué de cette première expérience en coaching?
**Yannick** : Je pense que c'est de voir l'impact que je pouvais avoir sur le développement des athlètes. De voir que bon, faire quelque chose ou expliquer quelque chose qui était quand même relativement évident pour moi — que je faisais depuis des années — de pouvoir l'expliquer à un athlète plus jeune, puis de voir qu'il l'applique, puis qu'il voit des résultats, qu'il dise « hey, c'est vrai ce que tu m'as dit, ça fonctionne vraiment. » Je pense que c'est ça qui m'a drivé dans ça.
**François** : C'est fou, dans les premières expériences de coaching — parce que moi, c'est aussi ce qui m'avait marqué — de voir à quel point tu partages quelque chose avec un athlète ou une athlète, il l'applique, ça fonctionne, puis là tu vois le progrès. C'est vraiment gratifiant de voir les autres. Puis justement, en pré-conversation, tu me parlais du côté humain, puis tu me disais comment le côté humain, pour toi, c'est important dans le coaching. Qu'est-ce qui t'a fait réaliser ça? Parce qu'en cyclisme généralement, on tombe rapidement dans les watts, puis dans les intervalles, puis dans le kilométrage qu'on peut faire, le volume et tout ça.
**Yannick** : Ce qui m'a aidé d'emblée, c'est une conversation avec une athlète que j'ai eue. On parlait de tout et de rien. À un moment donné, elle s'est vraiment confiée sur quelque chose qui était très personnel, qui la touchait beaucoup. Puis c'est là que j'ai réalisé que si elle me partage ça, il y a vraiment un lien de confiance qui a été créé. Il y a vraiment un désir de partager ça pour pouvoir se faire aider. Je pense que c'est vraiment cet élément-là qui m'a permis de dire : « je peux vraiment avoir un impact plus grand que les performances sportives. »
**François** : Puis avec l'expérience que tu as aujourd'hui — en cyclisme, comme j'ai dit, on tombe souvent dans les watts rapidement — mais à quel point le lien de confiance, ça a un impact? C'est quoi le rôle que ça joue? Comment est-ce que tu intègres ça dans ton coaching, dans l'encadrement que tu vas fournir aux athlètes? Parce que le côté humain, le voulant ou non, c'est la base de la performance — la performance vient d'une personne qui a une vie plus grande que sa performance. Comment est-ce que tu finis par prendre ça en considération?
**Yannick** : Je vois l'athlète comme une personne et un tout. C'est facile en cyclisme particulièrement — on a tellement accès à des données, à des chiffres. Ça peut devenir très très mathématique. Autant que j'ai un côté très analytique et j'adore cet aspect tangible du cyclisme où on peut vraiment analyser des chiffres, on peut pas tout expliquer seulement avec des chiffres non plus. Donc c'est important d'avoir le feedback de l'athlète, de voir comment elle se sent, de voir ce qui se passe dans sa vie et comment ça peut impacter sa récupération ou sa capacité à générer les efforts qu'on veut faire.
*[Discussion sur le déroulement — coupure au montage]*
**François** : Super intéressant. Yannick, là tu me parles de l'encadrement individuel, du suivi d'un athlète individuel. Comment tu vas chercher ce feedback-là? Parce que je travaille avec des coaches de différents sports, c'est pas toujours évident d'aller chercher ce feedback-là et d'être capable de bien juger : est-ce qu'on a besoin de plus de récupération, est-ce qu'on a besoin de se lâcher sur la charge, etc.? Comment tu vas chercher ce feedback-là en général?
**Yannick** : Aussi simple qu'un bon coup de téléphone — le bon vieux téléphone, ça fonctionne encore bien à mon avis. C'est sûr que dans le day-to-day, il y a des échanges par textos, WhatsApp, Messenger, n'importe la plateforme. Mais je pense qu'à un moment donné, oui, ça peut être très bon de utiliser ça pour des questions plus rapides, plus techniques. Mais d'avoir un appel avec les athlètes, de pouvoir leur parler — je pense que c'est bénéfique. D'autant plus que le cyclisme est un sport spécial dans le sens où je ne suis pas nécessairement toujours physiquement avec les athlètes. Des fois, quand je parle avec d'autres entraîneurs, c'est comme une réalité qui est un peu différente. Les athlètes sont en Europe, sont un peu partout dans le monde, s'entraînent de façon individuelle. Des fois, ils ont des projets où ils sont avec leur équipe cycliste, avec leur équipe ou un projet d'équipe nationale par exemple. Donc je suis pas nécessairement physiquement avec eux toujours.
Donc de pouvoir avoir un contact audio par téléphone — que ce soit un FaceTime ou peu importe — ça permet de vraiment bien aller chercher les informations que j'ai besoin pour pouvoir faire la suite du plan d'entraînement, par exemple.
**François** : Super intéressant. Ce que j'entends comme principe directeur, c'est un peu : la messagerie pour quelque chose qui est plus technique, plus discret, noir sur blanc si on veut. Discussion au téléphone pour voir plus les nuances de l'entraînement.
Mais tu me parlais de ça, d'avoir des communications régulières. Je sais, pour toutes les conversations qu'on a eues dans le passé, que je pense que c'est une de tes forces — t'es super réactif au niveau de l'encadrement que tu fournis à tes athlètes. Et ça, bravo. Mais je vois le contrecoup des fois où on tombe dans l'ajustement trop rapide, où on est comme trop réactif. Puis je dis pas que c'est ton cas, évidemment — mon but, c'est plus de terminer dans la conversation puis de voir comment est-ce qu'on peut doser l'ajustement de l'entraînement adéquatement.
Voulant dire que, ok, on parle à l'athlète cinq fois par semaine — le mardi elle me dit qu'elle est fatiguée, le jeudi elle me dit que ça va bien. Mais en même temps, des fois c'est normal d'être fatiguée, des fois ça va bien mais il faudrait faire des ajustements. Le point avec ça, c'est que je trouve qu'une des forces des entraîneurs, c'est que souvent ce sont des hommes, des femmes d'action, du monde qui prennent le taureau par les cornes, vont faire des modifications, vont chercher ce dont ils ont besoin. Mais le défaut d'être une personne d'action, c'est aussi des fois qu'on peut être trop réactif et faire des ajustements trop rapidement.
Comment est-ce que tu deales avec ça pour t'assurer qu'on n'est pas tout le temps en train de faire des modifications trop vite? Parce que la moindre fatigue — si on est dans un gros bloc d'entraînement et qu'on a trois séances, le volume est super élevé — ça va arriver. Comment tu deales avec ça?
**Yannick** : Il faut doser, c'est clair. C'est pas parce que l'athlète va me dire qu'elle est fatiguée qu'on va tout changer de plan non plus. Je pense que ça vient justement du lien de confiance — de savoir un peu si l'athlète est vraiment fatiguée ou pas — pas qu'elle est vraiment fatiguée ou pas, mais à quel point ça va devoir impacter un changement dans l'entraînement ou non. Comme tu l'expliquais, c'est sûr que si on est dans un camp d'entraînement et que l'athlète me dit qu'elle est fatiguée, c'est normal. Juste ça, des fois, ça rassure l'athlète aussi de comprendre que c'est normal qu'elle soit fatiguée.
Après ça, est-ce qu'on peut se faire un genre de barème? « Ok, à quel point t'es fatiguée? » Si j'avais prévu que ton niveau de fatigue est tant, mais que t'es au-dessus — ok, qu'est-ce qui explique ça? Est-ce que c'est stressant en ce moment ou pas? Est-ce qu'on suit ça dans une journée, deux jours, trois jours, pour voir si on est revenu sur ce que j'avais anticipé comme fatigue, ou si c'est stable? Ou si c'est en train d'augmenter de façon exponentielle — et là, il faut réagir.
**François** : Et donc là tu me parlais d'anticiper la fatigue. Est-ce que c'est quelque chose que tu planifies de façon explicite dans ton entraînement? Genre, tu te dis : « ok, on arrive à ce moment-là, le niveau de fatigue, je m'attends à ce qu'il soit un 8 sur 10 »?
**Yannick** : Le plus souvent, je l'anticipe — je sais qu'avec ce que je planifie, j'ai une bonne idée de la fatigue prédite ou prévue de l'athlète. Mais il y a certains endroits où, en fin de bloc — où je sais que l'athlète va être très très fatiguée — je l'écris dans le plan : « aujourd'hui, tu risques d'être fatiguée. » Puis à la limite, je peux même écrire : « ok, regarde pas les watts aujourd'hui, on s'en fout des watts, tout ce que je veux c'est de faire la durée en temps. » Donc là, ça rassure. Parce qu'il y a des moments en fin de cycle où les watts sont peut-être plus difficiles à aller chercher, mais on veut aller creuser un peu plus fort en termes de volume pour aller chercher d'autres adaptations physiologiques.
**François** : C'est intéressant. Ce que j'entends dans les choses que tu fais, c'est que tu peux normaliser certains moments — dire « ok, il y a de la fatigue, c'est normal, on s'y attend » — et de l'autre côté, on va le communiquer en avance à l'athlète pour être sûr qu'il est au courant que ça se peut que ce soit tough dans ces moments-là. Puis des fois, si tu vois que c'est exponentiel versus ce que tu avais prévu, ou que c'est plus prononcé que tu avais anticipé — là il va y avoir un ajustement.
Mais ça, c'est vraiment une de tes forces, c'est la raison pour laquelle tu es là aujourd'hui. Ça fait longtemps qu'on avait jeté l'idée sur la table d'avoir une conversation ensemble. Et comme j'ai dit tout le temps : je veux qu'on ait une conversation le jour où il y a un sujet clair, numéro un, puis où on a vraiment quelque chose dans lequel on veut plonger.
La raison pour laquelle tu es là, c'est que je veux parler de l'encadrement individuel, parce que je pense que tu es excellent dans ce que tu offres. Et récemment, je parlais à des coaches de sports plus techniques ou tactiques — le judo, le tennis, la lutte même. Et trop souvent, ce que je remarque, c'est que la planification est faite en réalité en fonction de la dernière performance. « Ah, j'étais au championnat national, l'athlète a manqué telle technique, ben on va améliorer ça. » « Ah, l'athlète t'es passé fort à telle compétition, ben là on va travailler sa force. » Puis pour moi, c'est quelque chose que je pense qu'il faut être un peu plus délibéré. Je ne dirais pas qu'il faut pas prendre en considération la dernière performance, mais je pense qu'il faut aller au-delà de ça. C'est la raison pour laquelle tu es là.
Long préambule pour dire : là, quand un athlète t'approche en préparation de la prochaine saison, comment tu t'y prends au début de l'encadrement pour mettre la table et dire « ok, voici comment on va avancer »?
**Yannick** : La première étape quand j'ai un athlète qui m'appelle pour du coaching, je pense que c'est d'avoir un appel pour voir un peu la philosophie de coaching, s'assurer qu'on est sur la même page là-dessus. Donc j'essaie de leur expliquer comment je fonctionne, c'est quoi les grandes lignes de ma philosophie, puis m'assurer que ça fait du sens pour l'athlète. Parce que si l'athlète est pas capable d'être en confiance avec ce que je propose, ça ira nulle part — dans le sens où, que ce soit bon ou pas, il faut que l'athlète ait confiance avec où on s'en va.
Ensuite, quand cette étape-là est réalisée, puis qu'il commence le processus de suivi officiellement, c'est une première rencontre où on va vraiment apprendre à se connaître. Je pense que c'est important — j'ai comme un... j'ai un [*terme inaudible*], on appelle ça de l'anamnèse, d'avoir comme une série de questions pour pouvoir mieux connaître l'athlète. Donc j'essaie d'aller large quand même — oui, les anciennes performances, mais aussi la nutrition, la récupération, qu'est-ce qu'elle fait à l'école. On veut avoir un portrait global beaucoup plus complet de ce qui peut impacter la qualité d'entraînement dans les semaines, mois — voire, idéalement — années futures. J'ose croire que j'aime pouvoir offrir un encadrement sur plusieurs années qui permettra d'avoir un développement plus grand à long terme.
**François** : Super intéressant. Donc tu parles de nutrition, d'hydratation, de sommeil si j'ai bien compris, et des anciennes performances. Qu'est-ce que tu vas enquêter, étudier, examiner justement dans les anciennes performances de l'athlète?
**Yannick** : Peut-être voir un peu le niveau de l'athlète — bien évidemment, la catégorie dans laquelle il performe. Donc ça va être différent quand je commence à travailler avec un athlète qui est dans le U17 ou junior, versus la personne qui a déjà fait des courses en Europe dans une équipe nationale par exemple. Donc c'est sûr que le background de l'athlète va avoir une influence sur comment je peux orienter l'entraînement, mais aussi son expérience.
Par exemple, une athlète qui a consacré beaucoup d'années au ski de fond et qui veut faire un changement vers le vélo — il y a des choses différentes qu'on va devoir travailler, relativement à quelqu'un qui fait déjà du vélo depuis plusieurs années.
**François** : Comme quoi?
**Yannick** : En termes de volume, des fois il y a des athlètes qui viennent d'un autre sport ou qui ont peut-être un peu de rattrapage à faire par rapport au volume d'entraînement. Même si dans la charte de développement un athlète U23 doit faire tant d'heures de vélo par semaine en moyenne idéalement, si le gap avec ce qu'elle a fait dans les dernières années est trop bas, il faut y aller progressivement. On peut pas nécessairement augmenter le volume de 50 % en un an pour essayer de rattraper trop rapidement.
**François** : Puis la charte de développement, c'est quelque chose que tu as trouvé à l'externe, ou c'est quelque chose que tu as bâti toi-même?
**Yannick** : Je l'ai bâti moi-même. Puis j'ai rien inventé, dans le sens où j'ai pris des données qui étaient disponibles un peu partout. Puis avec mon expérience, des conversations avec d'autres entraîneurs aussi — le fait d'avoir des contacts avec des entraîneurs en Europe permet de voir aussi l'espèce de repère de philosophie qu'on peut avoir. Donc j'ai comme tout mis ça ensemble, puis je me suis créé une charte sur différentes valeurs physiologiques — idéalement, ce que l'évolution théorique d'un athlète devrait être, de U17 jusqu'à un professionnel World Tour. On sait que dans la vraie vie, c'est rare que c'est une belle ligne droite. Mais d'avoir une charte — j'ai un côté très analytique, très rationnel — c'est le fun. Puis pour l'athlète, c'est le fun aussi de dire :
« T'es junior, mais ton 30 secondes est déjà niveau U23, mais que ton FTP, lui, il est niveau junior — ok, voici les gaps qu'on doit aller chercher. »
**François** : Parce que oui, c'est une analyse du développement, mais ça renvoie à ce qui a été partagé dans l'épisode 154, si je m'abuse, avec Chantal Vallée. Où elle parle de prendre en charge un programme universitaire de basketball — sport différent, évidemment — mais elle parle du point de départ comme étant la vision. Et ce que tu viens de dire là, c'est la vision. C'est que là, t'as un athlète qui arrive — on parle d'une fille de 16 ans, on parle d'un gars de 21 ans — peu importe où ils sont dans leur stade de développement, tu as quand même une idée globale de où ils devraient être rendus à chaque étape.
Puis ça, je challengerais plusieurs coaches — parce que ça fait un retour au long préambule que j'ai donné tout à l'heure. Que ce soit en judo, en tennis, en lutte, en coaching des gardiens de but — est-ce qu'on a une vision? La réponse est probablement oui pour la plupart des coaches. Mais est-ce que c'est une vision qui est aussi explicite que ce que tu viens de mentionner?
Parce qu'il y a un des sujets qui était récurrent dans les premiers épisodes du balado — qui vient de mon collègue Pierre Trudel, que je salue d'ailleurs — c'est de dire que les entraîneurs ont beaucoup de connaissances tacites. Tacites, c'est des connaissances que t'as pas mises noir sur blanc, mais que tu as en tête quelque part. Puis on le voit dans les conversations, ça ressort tout le temps. Mais ce qui devient clé pour être un coach qui a du succès et qui est capable de bien prendre en charge ses athlètes, c'est d'avoir des connaissances explicites.
Et c'est là que je reviens à ce que tu m'as dit — t'as explicité une charte de développement selon ton jugement, ton expérience. T'as combiné l'art et la science, puis tu l'as mis sur papier : « ok, Valérie, elle arrive, elle a 17 ans, elle a un FTP de 138 — faut augmenter de 43 son FTP pour le prochain niveau. » C'est fort ça.
Puis dans l'autre élément — on va aller au World Tour aussi dans quelques instants — mais je pense aussi qu'au début de l'encadrement, tu regardes les forces et faiblesses. Quand tu regardes les forces et faiblesses, est-ce que c'est principalement au niveau des tests physiques? Qu'est-ce que tu regardes au niveau des forces et faiblesses de l'athlète quand tu lui parles pour la première fois?
**Yannick** : Absolument, il y a sûrement une composante physiologique importante parce que le vélo, on se le cachera pas, c'est très physiologique — ça a une composante importante. Mais j'essaie de voir aussi pour les questions sur le technique : comment la personne se débrouille? Est-ce qu'elle est capable de se placer correctement dans un peloton? Est-ce qu'elle est capable de prendre un virage dans un groupe sans perdre quatre positions? Comment ça se passe dans les montées, dans les descentes? Plusieurs aspects — là, on est plus dans le technique, j'ai envie de dire. Technique, tactique. J'essaie de tout découvrir, mais c'est sûr que l'aspect physiologique est absolument important aussi.
**François** : Parce que c'est la nature du sport. Puis de là, tu tombes dans une planification annuelle — mais pas tout à fait — plus la planification par blocs. Qu'est-ce que tu veux dire par là? Donc, on a fait l'anamnèse, on a fait le questionnaire de départ, on a regardé les anciennes performances, on regarde où est-ce que l'athlète se situe par rapport à ta charte de développement. Comment tu te lances dans la première année?
**Yannick** : La planification annuelle va commencer par les objectifs de l'athlète — de voir un peu c'est quoi les courses ou les événements les plus importants où ils veulent performer. Par contre, je travaille beaucoup avec des athlètes en développement — je suis pas nécessairement dans une planif où on a une périodisation traditionnelle avec un pic de performance ou deux pics de performance, comme peut-être les athlètes professionnels. Bien qu'éventuellement les professionnels tendent de plus en plus vers la périodisation par blocs aussi.
Mais c'est de voir... Moi, je vois toujours sur le long terme avec les athlètes. Donc on veut — on veut monter des escaliers, des marches, mois par mois, année par année, pour les amener jusqu'au niveau le plus haut qu'ils peuvent se rendre.
Pour revenir à la planification annuelle, on y va avec des blocs avec des objectifs précis de compétition. Mais je suis pas du genre à vouloir planifier un an d'avance, parce qu'en cyclisme, il y a beaucoup de choses — des projets qui arrivent, des projets qui se réalisent pas, des sélections qui peuvent arriver ou ne pas arriver. En fait, la planification annuelle change tout le temps. C'est un peu le message de tout ça.
Des fois, je me dis : pourquoi planifierait-on 12 mois d'avance? Oui, c'est clair dans ma tête, j'ai une idée de où je m'en vais pour les 12 prochains mois. Mais j'y vais généralement bloc par bloc pour pouvoir m'adapter en fonction de ce qui arrive réellement dans la vie de l'athlète.
**François** : Je trouve ça intéressant — on a une vision à long terme avec la charte, on a une vision à plus court terme pour la prochaine année, mais tu ne la planifies pas entièrement d'avance parce que tu sais que ça change. T'as trouvé un sweet spot là-dedans? Parce que ça revient un peu au sous-thème depuis tantôt — il est important de planifier mais pas se sur-planifier, et il est important d'ajuster mais pas sur-corriger non plus.
Ce que je me demande tout le temps — et je pense que tu sembles bien faire — c'est l'espèce d'ajustement, de trouver le bon dosage dans l'encadrement qu'on offre à l'athlète. Tu me parlais de tes blocs — t'as trouvé le sweet spot? Tu y vas comme classique mise en cycle, trois à cinq semaines? Tu y vas un peu plus long? Tu y vas par : « ok, on sait qu'il y a un camp de sélection qui s'en vient dans trois mois, on fait une planif claire de ces trois prochains mois jusqu'au camp, puis on verra après »?
Comment tu t'y prends pour trouver le bon dosage là-dedans?
**Yannick** : C'est dur de planifier parce que des fois, quand on parle du temps qu'on a entre chacun des événements, à quel moment on est dans la saison — c'est dur d'avoir une recette classique avec des mésocycles ou des semaines très clés. J'essaie d'y aller selon les disponibilités de l'athlète.
Avec les athlètes plus avancés, élites, c'est facile de dire : même si on est l'hiver, on planifie deux semaines en Californie pour aller faire un bloc de volume, revenir ici, faire un peu d'intensité, [compétition], après ça un autre bloc de volume. D'ailleurs, c'est un peu comme ça que les pros s'entraînent maintenant — ils vont faire deux ou trois semaines en altitude, ils reviennent faire de l'intensité, ils font une course, ils retournent en altitude, ils reviennent. Et on parle des leaders — les équipiers, des fois, ont un programme plus constant.
Donc quand on a la latitude de pouvoir jouer avec le calendrier aussi bien que ça, il n'y a pas de recette miracle où on doit avoir tant de semaines de mésocycle. On peut y aller en fonction de ce qui se passe. Des fois on peut se permettre d'allonger le mésocycle un peu plus parce qu'il y a deux, trois compétitions importantes qui s'en viennent. Après ça, on refait un autre bloc plus axé sur le volume pour remonter le niveau de forme de base, qui a peut-être été un peu diminué parce qu'on a fait beaucoup d'étapes, beaucoup de courses dans les dernières semaines.
J'ai un peu la piste en tête parce que quand on fait une épreuve par étapes sur la route, on s'entend que c'est beaucoup plus de [fatigue] qui va être accumulée. Donc chaque planification annuelle est différente — c'est ça qu'il faut retenir de ce long paragraphe.
**François** : C'est vraiment intéressant parce que tu amènes le côté analytique, comme tu as fait tout à l'heure, mais dans ta réponse, j'entends le côté art vraiment particulièrement.
Tu as fait une allusion au World Tour. Je reviens avec une des premières questions que j'avais prévues. Tu vas en Europe régulièrement — t'as pas vraiment le choix quand on est dans le cyclisme. Lors d'une visite d'études dans les dernières années, t'as fait un séjour avec une équipe du World Tour. Je serais curieux de savoir ce qui t'a le plus marqué de ce séjour-là.
**Yannick** : C'était quand même une belle expérience, puisque ça m'a permis de voir c'est quoi le niveau d'encadrement de ces athlètes-là. J'ai l'habitude d'avoir beaucoup plus d'athlètes que de staff — alors que dans un camp comme ça, c'était pratiquement l'inverse. Il y avait vraiment beaucoup plus de gens qui faisaient des in-and-out juste pour une petite partie ou une petite tâche spécifique du camp. Ça m'a quand même marqué.
Discuter avec ces athlètes-là aussi, de voir un peu leur réalité. Oui, c'est de l'entraînement, mais l'aspect plaisir était quand même présent. Heureusement, j'ai envie de dire. Discuter d'entraînement, surtout de watts avec ces athlètes-là — c'est comme un monde à part complètement de ce que j'ai l'habitude de faire. Les athlètes qui s'en vont de plus en plus vers ça, heureusement, mais des fois c'est fou la différence de watts que ces athlètes-là peuvent générer.
**François** : Parle-moi de ça tout de suite — il y a plusieurs aspects intéressants de ta réponse et on va y revenir. Mais quand tu dis « les watts, c'est complètement un autre monde » — qu'est-ce que tu veux dire? C'est quoi les chiffres qui t'ont marqué?
**Yannick** : Je me souviens d'un athlète qui se préparait pour Milan-Sanremo — c'est la plus longue course d'un jour, on sait qu'à la fin c'est comme 290 km, il y a une grosse montée à la fin, après ça on redescend jusqu'à l'arrivée. C'était dans une des sorties où on avait fait six ou sept heures de vélo. À la fin, il devait faire un effort de cinq minutes à 500 watts. Après avoir fait six heures de vélo — ce qui était complètement stratosphérique pour les gens avec qui je travaille parfois.
**François** : Puis tu sais, c'est 500 watts à pas nécessairement une grosse masse corporelle non plus, si je me rappelle bien — les cyclistes sont très minces. Donc cinq minutes à 500 watts après six heures de vélo. Puis la moyenne de ces six heures de vélo, c'était à combien de watts?
**Yannick** : Ça, c'était quand même en endurance — je ne connais pas les watts exacts des athlètes. Mais c'était quand même de l'endurance. Il faut pas oublier qu'on était en altitude aussi, donc les watts sont un peu affectés par l'altitude évidemment.
**François** : Ben oui. Juste cinq minutes à 500 watts, c'est déjà vraiment impressionnant. Ok, donc plusieurs éléments. Tu parlais de gens qui font des in-and-out pour des tâches spécifiques — t'as-tu un exemple que tu peux nous partager?
**Yannick** : Par exemple, la nutritionniste était passée dans les premiers jours du camp pour s'assurer de bien orienter le chef qui cuisinait pour les athlètes — s'assurer que tout était optimal pour eux. Elle est venue pour cette partie-là, après ça elle est repartie. Je pense qu'elle était sur une autre course ensuite. Elle avait fait ce qu'elle avait à faire, après ça elle était sur un autre projet, parce que je pense qu'elle était pas mal seule comme nutritionniste dans l'équipe. Donc elle se promenait un peu partout pour donner son expertise dans différentes situations.
**François** : C'est intéressant cet exemple-là, parce que ça amène les spécialités là où ça fait du sens — la nutritionniste qui va parler avec le chef, après ça le chef qui s'occupe de tel élément. Et des fois on peut faire ça dans différents programmes. De penser à différentes collaborations comme ça, je pense que c'est important quand on est un coach qui encadre plusieurs athlètes.
Mais il y a aussi d'autres éléments que tu avais ramenés au niveau nutritionnel de cette visite d'études-là.
**Yannick** : Oui, de voir un peu la façon dont la nutrition est gérée avec ces athlètes-là. De voir qu'ils se servent des données d'entraînement de la journée pour orienter les besoins nutritionnels des athlètes au repas qui suit — mais sans être non plus... C'est pas tout pesé, mesuré. C'était vraiment des recommandations globales sur quelle quantité environ de glucides ou de protéines, peu importe les nutriments. Mais c'était pas nécessairement très sévère — ils avaient quand même une certaine latitude sur ce qu'ils pouvaient manger.
**François** : C'est intéressant parce qu'on est au plus haut niveau, la nutrition est super importante dans le cyclisme — surtout quand tu as un volume d'entraînement comme ça — mais il y avait quand même une liberté. C'était vraiment comme : « regarde ce qu'on fait, mais on regarde pas vraiment ce qu'on fait en même temps. »
**Yannick** : Oui. Écoute, je sais pas si c'est comme ça dans toutes les équipes. Je sais qu'en Europe, la mentalité par rapport à la nutrition est vraiment différente de notre philosophie nord-américaine. Donc je peux pas parler pour les autres équipes, mais de ce que j'ai vécu, ça ressemblait à ça.
**François** : Oui. Puis là, je sors sur une tangente — récemment, j'ai assisté à une conférence d'une ancienne invitée du Balado, donc Alexia de Macar, qui parlait des grammes de glucides à l'effort. On se situe à peu près dans quelle quantité? Parce qu'il y a certaines nutritionnistes qui parlent de 90 grammes de glucides à l'heure, d'autres qui vont parler de 120 grammes. On est-tu dans ces mêmes barèmes-là, ou est-ce qu'on commence encore à pousser ça encore plus haut?
**Yannick** : Bien évidemment, je ne suis pas nutritionniste — à quel point je peux répondre précisément à cette question-là. Mais je sais que les équipes professionnelles sont au-dessus de 100 grammes à l'heure à l'effort en course. Je sais qu'ils repoussent de plus en plus ce seuil-là. J'ai lu en triathlon cet automne, quand le record avait été battu sur longue distance, que l'athlète disait qu'il ingérait jusqu'à 200 grammes de glucides à l'heure — ce qui est complètement énorme — et que ça prend aussi un entraînement spécifique pour réussir à gérer toute cette quantité de glucides-là. Donc clairement, c'est un aspect qui est étudié en ce moment et qui est implémenté dans les équipes cyclistes — de pouvoir augmenter l'apport en glucides à l'effort pour augmenter les performances. C'est un lien qui est quand même assez direct.
**François** : Je n'irai pas plus loin que ça. Comme tu dis, t'as bien mis tes limites professionnelles là-dedans — bravo de le faire. Pour moi, c'est un signe de confiance envers la personne qu'on écoute d'être capable de bien cerner ça. Et deux, on veut aussi rendre crédit à l'Institut national du sport du Québec, qui a rendu ça possible. On rappelle que cette visite d'études faisait partie d'un projet de subventions données pour pouvoir faire des voyages ou des activités de formation qui sont riches. Merci à l'INS Québec pour t'avoir soutenu là-dedans.
Mais là, le camp — et ça nous ramène davantage vers l'encadrement individuel des athlètes — dans ta première réponse, tu as parlé de l'aspect plaisir qui était présent. Qu'est-ce que tu voulais dire par là? Parce que je pose la question — on est au plus haut niveau, le World Tour, puis c'est peut-être ma préférence personnelle pour le cyclisme — moi, si j'ai la chance de faire un sprint de 30 secondes ou de faire six heures de vélo, je vais prendre les sprints. Qu'est-ce que tu veux dire par « l'aspect plaisir était très présent »?
**Yannick** : C'est quelque chose que moi et plein de gens se plaisent à dire. Sans rien enlever aux autres sports, le cyclisme c'est un sport très très difficile. C'est beaucoup d'intensité, beaucoup de volume, des chutes à 60 km/h — il y a beaucoup de trucs, j'ai envie de dire, moins le fun dans le cyclisme, ou des conséquences de ce sport-là. Donc moi, je pense qu'il faut avoir du plaisir pour pouvoir réussir à passer par-dessus ça, pour se relever après une chute même si t'es tout ramassé partout. Donc si t'as pas de fun à faire ton vélo et à faire tes longues sorties et tes sprints — c'est quand même la base, en fait.
**François** : Est-ce que c'était plus dans le climat instauré — des activités ou des initiatives délibérées — c'était le directeur sportif qui faisait des blagues? Ou c'était vraiment plus le climat de l'équipe?
**Yannick** : Le contexte c'est de l'entraînement — les coureurs jasaient durant l'entraînement, se contaient des jokes. Au souper, il y avait toujours quelqu'un qui amenait la jasette un peu plus affectée de la journée. Il y a quand même un aspect le fun. Entre ça aussi, ben on se cachera pas que les athlètes se reposaient — restaient souvent à leur chambre — pour profiter des massages et tout, pour être prêts pour le lendemain. Donc j'ai envie de penser que les athlètes avaient quand même du fun à faire ça.
**François** : Puis de rendre ça agréable — on passe tellement de temps dans notre sport principal, que ce soit coaché ou à s'entraîner, qu'il faut avoir du fun. Puis c'est ça — moi, ça m'avait marqué quand je suis parti de la transition du football canadien vers le hockey, puis d'autres sports. Tu te rends compte que tu peux être décontracté et quand même faire ce que t'as à faire. Si tu passes six heures sur le vélo et que tout est sérieux tout le temps, il faut être capable de remplir les temps morts — parce que sur six heures de vélo, surtout si c'est de l'entraînement zone 2 et c'est juste du volume, j'imagine qu'il faut remplir cet espace-là.
Mais là, si on va plus vers ton accompagnement et ce que tu as fait de cette visite-là — tu reviens au Canada dans ton travail quotidien. Je suis curieux de savoir si ça a changé quelque chose dans ta façon d'accompagner les athlètes à ton retour.
**Yannick** : Je pense que de voir un peu... parce qu'ultimement, les athlètes aspirent à ce niveau de cyclisme-là. Ils veulent être World Tour, ils veulent faire des courses professionnelles. Donc de savoir : ok, voici c'est quoi la demande, c'est quoi les watts qu'ils ont besoin de faire pour être à ce niveau-là. Ça me permet de mieux préparer les athlètes. C'est un peu la même réflexion que j'ai eu quand j'ai fait mes premiers projets de compétition en Europe comme entraîneur, où là j'ai pu voir : ok, voici comment ça se passe en Europe, voici c'est quoi le mobilier urbain — c'est complètement différent. Ici, des ronds-points, on n'en voit pas, mais en Europe, c'est très fréquent.
Ce qui est le fun du cyclisme aussi, c'est que le parcours peut être très différent. La course serait complètement différente si on est en Belgique dans des petites routes super étroites que si on est dans des cols en France ou en Espagne. Ça permet de voir comment ça se passe — les courses là-bas — et ça permet assurément de mieux préparer les athlètes que j'encadre.
**François** : Puis ça, bravo — parce que dans les comportements d'un entraîneur innovateur, il y en a un qui est observé : observer ce qui se fait ailleurs, ce qui se passe. De prendre la peine d'aller le voir — pour moi, c'est super important. Puis j'avais pas pensé que le mobilier urbain — c'est la première fois que j'entends ça depuis le début de nos échanges de préparation — mais le mobilier urbain est quand même différent, c'est pas la même lecture de la route d'un pays à l'autre, d'un continent à l'autre.
Ce que tu dis là, ça m'amène justement à la carrière des athlètes. Sur ton site, tu parles des enjeux parallèles qui prennent de plus en plus de place au courant de la carrière d'un athlète. Qu'est-ce que tu vois comme enjeux parallèles qui reviennent le plus souvent pour influencer, impacter l'encadrement que tu vas faire de l'athlète?
**Yannick** : Plus l'athlète va évoluer et progresser dans le cyclisme, il va y avoir de plus en plus d'aspects de sélection pour certains projets. Ça peut commencer des fois avec l'équipe du Québec, après ça l'équipe nationale. Il y a toute la question de la gestion des équipes aussi, parce que souvent pour avoir accès à des grandes compétitions, on n'a pas le choix de faire partie d'une équipe. Donc il y a une question de se faire voir par ces équipes-là, d'avoir des contacts — parce qu'on se le cachera pas, il y a quand même une composante de contacts qui est importante. Des fois, les recruteurs ou les gens qui s'occupent des équipes vont vouloir chercher un type de profil spécifique d'un athlète. Il faut réussir à les mettre en contact.
Personnellement, je vois mon rôle au-delà de mettre des entraînements dans une application de coaching. Il y a aussi ce qui se passe autour — la gestion de l'aspect professionnel du cycliste.
**François** : Qu'est-ce que tu veux dire par la gestion professionnelle?
**Yannick** : Ben, c'est le fun que la fille ou l'athlète ait de très très gros chiffres sur papier, mais si elle n'est pas dans une équipe qui lui permet de faire des courses à un certain niveau, pour avoir des résultats à ce niveau-là, elle ne passera pas nécessairement à l'étape suivante.
**François** : C'est là que d'avoir un entraîneur privé, quelqu'un dans ton coin qui est quand même bien connecté à travers les différentes équipes et les différents niveaux, ça devient important. Pas nécessairement parce qu'il peut faire l'introduction directe, mais parce qu'il peut t'orienter justement à la bonne place.
Puis là, tu me parlais justement de ton rôle, ta position. Où est-ce que tu te positionnes dans ce rôle-là? Parce que principalement dans ton accompagnement, on va dire t'es l'entraîneur privé de l'athlète, mais l'athlète va faire des fois partie d'une équipe — ça peut être une équipe nationale, une équipe professionnelle, une équipe privée. Et je vois ça se propager dans plein de sports — on le voit au hockey, on le voit au football, on le voit dans le tennis.
Je veux savoir comment tu deales avec ça. Un, où est-ce que tu te positionnes toi. Deux, comment tu deales dans ta position — je suis l'entraîneur privé de Valérie, c'est un nom fictif qu'on utilise depuis le début. Valérie fait partie de l'équipe, mais moi j'ai mon rôle à jouer aussi, et là elle doit quand même suivre Johanne, qui est le coach de son équipe nationale sur place.
Je trouve ça quand même délicat, mais en même temps valable. En gymnastique, on a aussi ça — il y a souvent ton personal coach, ton coach de discipline, puis même ton coach d'équipe nationale. Dans tous ces sports-là, il y a cette dynamique d'entraîneur privé. Puis je sens qu'il y a certaines fédérations sportives et certains entraîneurs qui sont pas sûrs de où se placer là-dedans.
Bref, long préambule pour dire : toi, tu te vois où, puis qu'est-ce que tu penses qui est la combinaison optimale?
**Yannick** : La façon que j'aime l'imaginer aux athlètes — parce que j'ai travaillé beaucoup avec des images, j'adore ça — c'est que moi je me vois avec l'athlète en haut d'une certaine pyramide. Donc je ne suis pas au-dessus de l'athlète, je suis vraiment côte à côte avec cette personne-là, pour pouvoir gérer toutes les gens qui sont en dessous.
Parce que là, dans le contexte du cyclisme, c'est ça qui est un peu spécial. Quand l'athlète va aller faire des courses avec son équipe, il va avoir un directeur sportif sur place qui va prendre les décisions de course. C'est pas moi qui vais dire à l'athlète « tu dois attaquer au kilomètre 10 ». C'est le directeur sportif qui est sur la course qui va déterminer une stratégie en fonction des athlètes qu'il y a devant lui. Donc moi, ma job va être de préparer l'athlète pour qu'elle soit en forme pour l'événement. Après ça, c'est pas moi qui décide ce qu'elle va faire ou pas dans la course.
Parfois, les athlètes vont courir sur la route avec un directeur sportif, puis aussi courir avec l'équipe nationale sur la piste. Donc là, il y a un entraîneur de plus qui va être impliqué — pour préparer, par exemple, la Coupe du Monde, cette personne-là qui va gérer la cohésion d'équipe pour la poursuite par équipe, pour préparer les athlètes pour la Coupe du Monde ou les Championnats du Monde.
Ensuite, il y a aussi tous les intervenants externes — que ce soit une nutritionniste que l'athlète va consulter, un consultant en préparation mentale. Des fois, il peut y avoir un préparateur physique pour l'aspect gym. Des gens qui vont travailler avec le positionnement, des gens qui vont travailler avec l'aérodynamisme. Donc il y a beaucoup, beaucoup de monde à gérer en dessous de ça. Puis moi, dans ma tête, c'est d'être avec l'athlète en haut de tout ce beau monde-là, puis de pouvoir prendre les bonnes décisions pour l'athlète.
J'aime aussi responsabiliser l'athlète dans son processus parce qu'ultimement, c'est sa carrière, c'est pas la mienne. Moi, ma job, c'est de l'aider, de la supporter, de donner mon opinion sur les décisions qui peuvent être prises ou pas. Mais ultimement, c'est l'athlète qui choisit ce qu'elle veut faire ou non.
**François** : Donc, espèce de conseiller privé, justement. Est-ce que tu te permets d'intervenir entre les différentes étapes? Genre : une fois que l'athlète est avec l'équipe, comment tu doses cette intervention-là?
Parce que je reviens encore à l'idée de l'entraîneur privé — il y a comme une belle valeur d'avoir ce conseiller personnel-là qui te connaît vraiment bien. Mais des fois, de l'autre côté de la médaille, de la fédération ou de l'équipe nationale, il y a une perception d'interférence là-dedans. Puis je sais qu'il y a beaucoup de personnes qui négocient cette tension-là. Est-ce que tu te permets d'intervenir, si oui comment, et comment tu doses ça quand il y a des événements sur plusieurs jours?
**Yannick** : Évidemment, chaque situation est différente. Mais c'est sûr que je veux créer le moins... En fait, je ne veux pas créer une interférence entre le directeur sportif et l'athlète. Voulant dire, c'est pas mon rôle de dire que le directeur sportif a une stratégie douteuse ou qu'il ne faut pas faire ça. Mon rôle va être plus de supporter l'athlète si elle a eu une mauvaise course. Ma job, ça va être de dire : « ok, voici peut-être pourquoi tu as eu une mauvaise course. Comment on va faire pour que l'étape suivante, ça aille mieux? »
Est-ce qu'elle a mal géré son effort? Est-ce que la nutrition n'était peut-être pas optimale? Ou peut-être que je pourrais référer à la nutritionniste, évidemment. De voir une analyse de ce qui a pas fonctionné, puis d'offrir un genre de support mental, psychologique aussi. Parce que souvent, encore une fois, le but c'est pas de prendre le rôle du psychologue ou du consultant en préparation mentale. Mais des fois, dans le feu de l'action, entre deux jours, c'est pas toujours facile d'avoir accès à ces personnes-là. Donc je peux, au meilleur de mes connaissances — et puis je connais très très bien l'athlète — j'ai quand même des outils qui me permettent de faire un peu de décharge, va-t-on dire.
Après ça, moi je peux prendre des notes et dire : « ah oui, tu vois, ces événements-là qui se sont passés dans telle ou telle course — adresse ça avec ta consultante en préparation mentale. » Parce que là, il y a quelque chose, il y a un pattern qui revient, qu'il faut peut-être creuser davantage avec une personne qui est vraiment qualifiée.
**François** : Oui. Puis l'exemple que tu viens de donner, et les nuances que tu as amenées — ça me ramène à la situation que les Canadiens de Montréal ont vécue durant les séries éliminatoires. Je sais pas si tu t'en souviens ou si tu l'as suivi. Les Canadiens de Montréal avaient le choix de retirer ou de garder Jake Allen dans les buts, après qu'il avait accordé trois buts consécutifs. Le réflexe de l'entraîneur-chef avait été d'appeler l'entraîneur des gardiens de but, et ensemble ils avaient dit : « non, laisse-le là, je pense que c'est ça dont il a besoin. » Puis ultimement, bon, ça les a pas amenés à gagner la Coupe Stanley, mais mon point c'est de dire que ça semblait avoir été la bonne décision sur le coup.
Je vois un peu le même parallèle — l'entraîneur des gardiens de but a un portrait global de l'athlète, il a un accès privilégié de par le temps. C'est là qu'il y a quelque chose de particulier à l'entraîneur individuel, l'entraîneur privé — comme en gymnastique, comme t'es en cyclisme. Parce qu'il y a cette relation-là qui va plus loin que quand t'es l'entraîneur des attaquants qui a 12 attaquants à gérer, ou t'es l'entraîneur-chef d'une équipe nationale qui a 10 cyclistes avec toi. Il y a une proximité qui est là davantage — d'avantage comme le conseiller.
**Yannick** : C'est clair. Oui, c'est un bon exemple dans le sens où oui, le directeur sportif va essayer de connaître les athlètes, de savoir un peu leurs forces et faiblesses, de voir un peu les petites particularités de chaque personne. Mais on a un lien privilégié.
Je me permets de citer un exemple récent — j'ai eu un athlète qui court dans une équipe nationale en France. On a eu une réunion à trois avec le directeur sportif, le coach et l'athlète en début de saison : c'est quoi les objectifs, quel genre de course il prévoit lui faire faire, c'est quoi les attentes du directeur sportif par rapport à l'athlète. Puis il y a eu une rencontre mi-saison il y a deux semaines pour faire le point.
Le directeur sportif soulignait positivement le fait que oui, il était capable d'être un leader dans des courses où il pouvait gagner, mais il se dévouait pour l'équipe à travailler pour d'autres coureurs dans les courses où il savait qu'il y avait peut-être plus de dénivelé et qu'il pouvait jouer un rôle d'équipier. Ça, c'est une belle qualité. Donc de pouvoir avoir ce lien-là entre le directeur sportif, l'entraîneur, l'athlète — tout le monde sur la même page — ça permet vraiment d'amener une composante différente pour les intérêts sportifs.
**François** : Oui, vraiment. Et bravo aux directeurs sportifs de prendre cette initiative-là, parce que je sais pas que c'est tous les directeurs sportifs qui prennent le temps d'aller parler justement aux entraîneurs privés. À moins que tu me dises que c'est répandu et que c'est 100 % du temps.
**Yannick** : Je pense pas que... Assurément, c'est pas 100 % du temps. Et j'ai envie de penser qu'il y a peut-être des entraîneurs aussi qui ont pas envie de faire ça — dans le sens où, moi, je me considère quelqu'un de très ouvert d'esprit, et j'aime ça ces rencontres-là, de pouvoir dire : « ok, on parle, tout le monde travaille en équipe dans la même direction. » Mais je suis pas certain non plus que c'est tous les entraîneurs qui apprécient ce genre de rencontre-là — des fois ça pourrait être perçu négativement. Est-ce que le directeur sportif va dire : « tu devrais faire ça avec cette athlète-là »? Des fois, il y a comme... Il faut qu'on respecte les limites de chaque personne puis s'assurer que tout le monde travaille pour la même raison.
**François** : Oui, ça dépend aussi des personnalités en place. Dernière question avant qu'on tombe dans les questions éclair — parce que je m'en voudrais de t'avoir au micro et de pas te poser cette question-là. Tu dis qu'un bon plan commence par une bonne évaluation, et que tu vas plus loin que le FTP avec un profil de puissance complet. Explique-moi un peu qu'est-ce que tu vas chercher de plus que juste le FTP.
**Yannick** : Là, on va rentrer dans le technique — j'adore ça. Le FTP a été beaucoup mis de l'avant dans les dernières années. Je pense qu'il y a beaucoup de marketing autour du FTP — on a essayé de simplifier un peu l'entraînement, d'offrir des plateformes comme Zwift et tout ça. On fait un test de FTP, on propose des entraînements en fonction de ça. Je pense que c'est un peu simpliste.
Je suis vraiment d'accord avec l'idée que le FTP doit être le plus haut possible — donc si c'est un marqueur important en cyclisme, on se le cachera pas. Par contre, je critique beaucoup la façon que ce FTP est testé. Parce que là, on fait un effort de 20 minutes — c'est la façon qui est généralement proposée. On enlève 5 % à la valeur de watts de la meilleure puissance que l'athlète a été capable de maintenir sur 20 minutes. Ça donne le FTP théorique.
Mais là, avec cette formule-là, on assume que tous les athlètes ont 5 % de différence entre ce qu'ils peuvent tenir en watts sur 20 minutes et 60 minutes. Ce qui fait aucun sens pour moi. Puis là, on va tout baser les entraînements en fonction du FTP — dire : « ok, on veut travailler du VO2 max, on va travailler à 130 % du FTP. » Mais c'est quoi l'affaire si ton FTP est plus loin ou plus proche de ta puissance à VO2 max?
Ça peut être bien pour des gens qui commencent, qui s'initient à un entraînement un peu plus structuré. Moi, avec la clientèle avec laquelle je travaille, honnêtement, je m'éloigne un peu de ça. Je veux avoir un portrait vraiment global. Donc, au lieu de faire seulement un 20 minutes et d'estimer un FTP, je vais faire trois efforts maximaux : un effort de 30 secondes, un effort de 3 minutes et un effort de 12 minutes — pour avoir deux valeurs dans le système aérobie. Donc une valeur de 3 minutes qui est plus au niveau de la puissance du système aérobie, puis une valeur de 12 minutes qui est plus au niveau de la capacité du système aérobie. Donc là, on est capable d'avoir une valeur de puissance et de capacité — on peut tracer une courbe de tendance pour extrapoler mathématiquement le FTP de façon beaucoup plus précise que de mettre seulement un point sur la courbe et assumer que c'est 5 % de différence.
Ça, c'est une particularité importante à mon avis. J'ajoute même un 30 secondes pour avoir une valeur dans le système anaérobie — pour voir si le système anaérobie limite le développement du système aérobie. Puis tous ces beaux chiffres-là peuvent être tracés sur une courbe de puissance pour pouvoir mieux planifier les intensités d'entraînement.
Donc plutôt que l'approche FTP — dire « on va faire des intervalles à 130 % du FTP »... et là c'est facile pour les entraîneurs qui font ça, ils font juste copier-coller les entraînements, les pourcentages sont faits pour tout le monde — moi, ce que j'utilise à la place, c'est que si je veux travailler sur le VO2 max, je vais pas dire 130 % du FTP. Je vais travailler en fonction du CP5 ou CP6 — c'est la Critical Power sur 5 ou 6 minutes. Eux savent c'est quoi leur CP5, leur CP6 — qui est la meilleure puissance qu'ils peuvent maintenir sur 5 minutes, déterminée en fonction de la courbe de tendance. Donc ils savent que si on travaille ça, c'est vraiment quelque chose qui est personnalisé à l'athlète — c'est vraiment sa valeur de 5 minutes.
Est-ce que c'est 130, 125, 134 % de son FTP? Ça dépend d'une personne à l'autre. Mais on va vraiment aller travailler sur cette valeur-là. Donc ça rend, à mon avis, l'entraînement beaucoup plus précis, beaucoup plus individualisé à chacun des athlètes, et j'ai envie de penser que ça donne de bons résultats.
**François** : Certainement. C'est super instructif. Puis c'est là que des fois — je pense que l'ère dans laquelle on vit actuellement, avec l'abondance d'informations par rapport à l'entraînement — ça amène des effets pervers, où on simplifie des choses qui, en réalité, sont très complexes. Puis on veut pas les complexifier juste pour glorifier notre rôle d'entraîneur. Mais en même temps, il faut faire attention de ne pas faire des raccourcis qui vont avoir des effets indésirables sur l'entraînement.
**Yannick** : Si je peux enchaîner là-dessus — parce que là on a parlé beaucoup de technique cycliste — j'ai eu cette discussion-là avec un coach de natation, justement, dans le contexte de l'Accélérateur d'apprentissage de l'INS Québec. Je lui expliquais un petit peu ma philosophie — c'était comme un game changer un peu pour lui, parce qu'il était comme : « ah, j'avais jamais pensé à faire ça. » Eux, ils font souvent des séquences avec des chronomètres — c'est toujours all out. Mais c'est très possible de faire un profil d'athlètes avec des records sur des distances en natation, ou ça pourrait se faire avec des distances en course à pied aussi. Donc ce concept-là peut s'appliquer en différents sports. Personnellement, je trouve que ça peut changer un peu la façon de planifier l'entraînement.
**François** : Certainement. Pour moi, ça ramène à ta charte de développement dans le sens que d'avoir une vision claire de ce que tu veux accomplir dans le développement des athlètes et de prendre le temps de le faire — ça devient super important. Puis les tests initiaux que tu fais, que tu viens de mentionner, je suis sûr que c'est grandement arrimé avec la vision de où tu vas amener l'athlète ultimement.
**Yannick** : En ayant un profil vraiment complet, on peut aussi facilement voir si les athlètes évoluent au fil de la saison. Si dans telles ou telles courses, on voit qu'il a fait mieux sur un effort de 6 minutes, 10 minutes, 20 minutes que ce qui était prévu par l'évaluation — on peut dire : « ok, il y a quelque chose qui s'est passé, il y a une amélioration très tangible. » Donc on peut après ça décider de retester ou d'ajuster et de modifier l'entraînement qui suit.
**François** : Super intéressant, Yannick. Je sais que tu pourrais plonger abondamment dans tous les aspects wattage — mais c'était moins le but de la conversation d'aujourd'hui, parce qu'encore une fois on parle de l'encadrement individuel. Merci d'avoir partagé ça.
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### Questions éclair
**François** : Si on va dans les questions éclair pour que les gens apprennent à mieux te connaître et qu'on retire quelques apprentissages rapidement en fin de conversation — ma première question : si tu pouvais retourner en arrière et donner un conseil à toi-même, peut-être comme coureur à 22 ans, ce serait quoi le conseil que tu te donnerais?
**Yannick** : Être patient, faire confiance au processus, je dirais. Le cyclisme c'est un sport quand même de développement tardif. Il faut être capable d'accumuler tout le volume, toutes les charges d'entraînement pour pouvoir nous amener progressivement à être capable de faire la charge qu'on a besoin pour être au plus haut niveau. Donc patience, faire ses devoirs au day-to-day et faire confiance au processus.
**François** : Super, merci pour ça. Qu'est-ce qui va devenir un avantage compétitif en sport individuel dans 10 ans?
**Yannick** : Il y a beaucoup de choses qui se font en ce moment, beaucoup de recherches. L'altitude a été quand même très utilisée par les cyclistes dernièrement. Là, on entend beaucoup parler de l'entraînement à la chaleur. Il y a toujours quelque chose de nouveau qui s'en vient — toujours une question de ce qu'on peut faire pour optimiser encore plus. Je pense que la science est loin d'être au bout de ses surprises. Donc je pense qu'il y a beaucoup de choses qui s'en viennent pour le futur.
**François** : Super. Dernière question : est-ce que t'as une croyance répandue sur l'entraînement en endurance que tu juges carrément fausse?
**Yannick** : Je crois que ça s'améliore, mais je pense honnêtement qu'en 2026, un athlète sérieux qui n'intègre pas du travail de force dans sa préparation passe à côté de beaucoup de choses. Ça fait des années que j'y crois beaucoup. Je proviens un peu d'une philosophie — quand j'étais athlète moi-même — de travailler la force, le développement de la force maximale, dans le but d'améliorer les performances. Ça faisait partie de mon entraînement. Puis j'ai gardé ça comme coach aussi. Et la littérature scientifique en ce moment est peut-être plus claire que jamais que le développement de la force maximale donne des résultats non négligeables pour les sportifs d'endurance. Donc je pense qu'il faut intégrer ça.
**François** : Moi, si les gens retiennent une seule chose de la conversation, c'est qu'il faut faire plus de deadlifts, plus de squats — moi, je suis un gars heureux. Je suis content que tu l'aies amené sans fin de conversation — le deadlift étant mon lever de prédilection quand je vais au gym.
Donc juste en terminant, merci de ta participation, merci de ta présence, merci de tes commentaires sur plein d'aspects, autant au niveau de l'art que de la science. Pour les gens qui veulent te suivre ou travailler avec toi, comment est-ce qu'ils peuvent te rejoindre?
**Yannick** : Mon site web est quand même très simple à retenir : cibleperformance.com. J'ai pris la peine d'y écrire un peu ma philosophie, voir comment je travaille, un peu mon expérience et mes compétences. Donc toutes mes coordonnées sont là — c'est vraiment, je pense, la façon la plus facile de me joindre.
**François** : Super, on va mettre ça dans la description de l'épisode. Merci à tous d'avoir été à l'écoute d'un autre épisode de Temps d'arrêt.
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## Corrections notables
**Noms propres corrigés**
- « Alexis de Macar » → **Alexia de Macar**
- « Tendary », « Tent à l'Arrée », « ligne » → **Temps d'arrêt**
- « l'accélérateur d'entraîneur » → **l'Accélérateur d'apprentissage de l'INS Québec**
- « Milan Sarremo » → **Milan-Sanremo**
- « Jacob de Bech » → **Jake Allen** (gardien des Canadiens de Montréal — référence aux séries éliminatoires)
- « coïncider » → **coincer**
- « game 17 ou junior » → **U17 ou junior**
- « namnèse » → **anamnèse**
- « les directeurs sportifs » (corrigé depuis « les auteurs sportifs »)
- « CP5/CP6 » : développé en **Critical Power sur 5 ou 6 minutes** à la première occurrence
**Terme à valider**
- **[WAP]** : terme mentionné une fois en début de conversation (« on parle de WAP, puis de technique »). Origine et orthographe inconnues — à confirmer avec Yannick.
- **[terme inaudible]** : passage « j'ai un haut bac, on appelle ça de l'anamnèse » — le premier élément est clairement une erreur de transcription Riverside. Pourrait être « bilan initial », « outil de base », « formulaire » ou autre. À confirmer.
- **[fatigue]** : « beaucoup plus de [fatigue] qui va être accumulée » — le mot original transcrit par Riverside (« apathie ») ne tient pas dans le contexte d'une épreuve par étapes. « Fatigue » ou « dette physiologique » sont vraisemblables. À confirmer.
**Passages omis**
- Deux courtes exclamations isolées inaudibles/hors contexte (dont « Muscler » et un segment coupé)
- Quelques échanges méta sur le déroulement de l'entrevue ont été regroupés sous la balise *[Discussion sur le déroulement — coupure au montage]* plutôt qu'omis, pour que tu puisses décider au montage